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La Suède, un pays audacieux, pragmatique et à l'avant-garde

23/02/2014 07:24 EST | Actualisé 25/04/2014 05:12 EDT

Lorsque j'avais 20 ans, j'entendais constamment des propos concernant l'idéal de la social-démocratie de la Suède. Déjà, à cette époque, le PQ et ses partisans la présentaient comme le modèle à suivre et à imiter. Le Québec devait devenir la Suède de l'Amérique. Depuis la Suède est toujours demeurée parmi les pays en haut des palmarès pour la qualité de vie et celle de ses finances.

52 ans plus tard, malgré bien des réformes, la Suède est restée une social-démocratie. Elle en respecte les principes fondamentaux que sont le plein emploi, la poursuite de l'égalité des chances pour tous, des services de santé et d'éducation universels et accessibles à tous. J'ai mis la main, tout à fait par hasard, sur un texte écrit en 2011 dans Le Devoir par l'économiste Diane Bellemare, PhD, économiste, fellow associée au CIRANO et professeur d'université. Je l'ai trouvé pertinent et je vous invite à le lire... avec moi.

«Je reviens de Suède, écrit-elle, impressionnée une autre fois par le pragmatisme scandinave. La social-démocratie suédoise n'est pas figée dans un modèle préconçu. Elle s'adapte aux changements de son environnement économique, et ce, de manière continue.»

La question du plein est toujours au cœur de la politique économique. Le système du « bon » en éducation est encore en vigueur. Le privé fait partie de la structure en santé. «L'objectif du plein emploi transcende toujours la politique publique suédoise, relate Diane Bellemare, car cette politique budgétaire maintient sa priorité.

Faisant l'objet d'ententes réciproques avec les personnes en chômage, voilà une politique qui s'adapte à la conjoncture. Plutôt que sur le soutien passif du revenu, on y privilégie les mesures actives. L'économiste du CIRANO explique que «le gouvernement poursuit le principe du « work-first principle » qui rend le travail rémunéré toujours plus alléchant que les mesures passives de soutien du revenu.»

La réduction de l'exclusion par des mesures directes est priorisée. À la politique de l'emploi-intégration, on y ajoute aussi une stratégie de programmes spéciaux visant la formation, l'éducation et la reconnaissance des acquis. Diane Bellemare souligne que «le système d'éducation suédois est complètement accessible et gratuit. En même temps, il vise l'efficacité dans la livraison des services éducatifs».

En effet, dans ce pays, les programmes universitaires sont contingentés. Le dossier scolaire détermine les places attribuées. Ce qui motive les étudiants pré universitaires à rechercher de bons résultats. En contrepartie, les études universitaires sont gratuites et accompagnées d'un système de prêt universel. Au primaire et au secondaire, c'est la liberté du choix de l'école qui prévaut, favorisant ainsi la concurrence dans le système. Toutes les écoles, privées et publiques offrent leurs services gratuitement et un système de « bons » les financent.

Diane Bellemare fait remarquer que «depuis quelques années, le gouvernement a entrepris d'ouvrir davantage la porte aux écoles privées. Ainsi, certaines écoles sont gérées par des collectifs de professeurs, d'autres par des entreprises privées et commerciales. Pour assurer le bon fonctionnement de ce système et la prise en compte des besoins de tous les élèves, le gouvernement a mis en place un système d'inspection qui assure la qualité des services et qui s'appuie sur l'internet».

À vrai dire, nous savons tous depuis longtemps que le « ticket modérateur » est implanté dans le système de santé suédois, système de santé gratuit et financé par l'État! On a adopté un financement qui suit le patient. Les hôpitaux suédois sont rémunérés en fonction de la délivrance des soins. À l'instar de l'éducation, la Suède privatise les hôpitaux. La livraison des services hospitaliers est ouverte aux entreprises privées. La santé est accessible à tous. Un beau dossier à mettre dans le collimateur.

À l'évidence, la Suède demeure une social-démocratie tout en respectant cette ligne de pensée. «Ma petite enquête informelle m'a permis de constater que ces réformes semblent généralement bien acceptées. Le recours au privé est considéré comme un moyen d'assurer la pérennité de la social-démocratie. J'ai demandé pourquoi les syndicats du secteur public n'ont pas saboté ces réformes. On m'a répondu que c'était socialement mal vu pour eux de s'opposer aux réformes gouvernementales. À vérifier. Enfin, tout n'est pas parfait et il y a des débats, mais cela n'empêche pas la Suède d'évoluer en fonction des impératifs du XXIe siècle», termine ainsi Diane Bellemare.

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J'ajoute que ce pays a connu bien des soubresauts dernièrement avec les communautés musulmanes où la jeunesse s'est révoltée en manifestant bruyamment et mettant à feu de nombreuses voitures et bien d'autres choses. Une de mes chroniques en a fait état.

Un aspect politique mérite d'être souligné. Pour un pays socialiste, il est dirigé par une coalition de partis de droite depuis deux mandats. Pendant cette période, la Suède est passée haut la main à travers la crise financière.

Autre particularité, le pays a fermé quatre prisons par manque de détenu. Les condamnés profitent davantage de sentences probatoires. Un condamné en liberté probatoire, encadré, coûte 13 fois moins cher à l'état. La criminalité est faible dans ce pays de 9 millions et demi de citoyens. J'y reviendrai, car le sujet est pertinent. Ce n'est pas le paradis et le pays connait ses crises comme ailleurs, mais la Suède est audacieuse et à l'avant garde. Bravo!

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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