Claude Bérubé

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Sommes-nous un peuple de vengeurs, d'intimidateurs et de lyncheurs?

Publication: 15/02/2013 12:18

On a beau se targuer d'être un peuple civilisé, vivant en démocratie et sous un régime de droit. Pourtant, nous sommes vite sur la gâchette, vite pour monter aux barricades, pour condamner et pour lyncher les réputations. Comme au temps du Far West et de l'inquisition. Nous avons, bien sûr, des armes plus sophistiquées comme les journaux, la radio, la télévision, l'internet, tous les réseaux sociaux et nos grandes gueules bien rémunérées à l'instar des mercenaires.

À moins de laisser les révolvers, couteaux, haches et massues au vestiaire, notre bonne conscience et réputation irréprochable de peuple civilisé sont saines et sauves. Les analyseurs publics décriront les excès du lynchage populaire comme une juste colère populaire.

Il a suffi de quelques allégations non prouvées, mais potentielles par un témoin de la commission Charbonneau pour avoir la tête du maire Gérald Tremblay. Je veux bien qu'il soit accablé d'opprobre, mais seulement à la suite d'un jugement et d'une condamnation en bonne et due forme. On a lynché un homme encore innocent.

Il a suffi que onze jurés issus de notre communauté décident d'acquitter pour non-responsabilité le meurtrier de ses deux enfants pour provoquer ainsi un tsunami de protestations inimaginables. Quelle audace et quelle probité ont fait preuve ces onze jurés! Aurait-il fallu un sondage populaire pour suggérer le verdict aux jurés et éviter cette indignation publique? Grâce aux gourous de l'information, le médecin acquitté a été traqué jusque dans se derniers retranchements. Comme des paparazzis, nous étions des milliers à suivre devant notre écran la sortie d'un homme libéré. Seul objectif : lui gâcher sa liberté pour satisfaire l'instinct vengeur.

D'autre part, l'intimidation de la mafia et de certains syndicats alimente la corruption dans la construction. Les menaces, avertissements, semonces, dissuasions, la terreur, le chantage et la violence perturbent les règles honnêtes. Des arguments de taille pour faire respecter la loi criminelle! La liberté d'action et d'entreprise censée être un fleuron de notre société en prend pour son rhume.

Pendant ce temps, Jasmin Roy fait la tournée des écoles primaires et secondaires pour contrer l'intimidation, depuis qu'un suicide et quelques dénonciations avaient soulevé l'opprobre populaire. Ironiquement, lors de la grève des étudiants cégépiens et universitaires, les pseudo-réformateurs de la société utilisaient cette même intimidation pour sortir des classes ceux qui voulaient étudier. Sous une autre forme, c'était la raillerie qui sévissait dans les assemblées générales pour le vote. La démocratie étudiante laisse perplexe quand une minorité conduit une majorité sous la terreur et l'intimidation. La liberté des opinions ne serait-elle qu'un vœu? Que les institutions de la majorité seront inaptes à faire respecter?

Le maire de Saguenay, qui n'a pas la langue dans sa poche et n'a pas la langue de bois non plus, utilise cette liberté d'opinion pour défendre ses convictions religieuses. Sous l'impulsion des gourous de l'information qui montent facilement aux barricades, tout le Québec s'élève pour le brûler au bûcher de la rectitude. La droite religieuse catholique est devenue un idéal à proscrire. Il suffit de se remémorer le cardinal Marc Ouellet victime des foudres de la foule des athées, les apôtres de la liberté d'expression. Mais pas pour eux.

Ajoutons que la pédophilie et l'agression sexuelle sont des sujets provocants. Il suffit qu'un enfant allègue erronément un tel comportement pour voir se soulever le volcan. Combien de professeurs, innocentés par la suite, ont vu leur vie détruite par la vox populi ? Coupable d'être innocent parce que l'on condamne sur allégations au pays de la rectitude.

Vous souvenez-vous du monstre de St-Éloi, innocenté à la suite du parjure de sa fausse victime? Il est toujours banni du bar de son village. Le barbier lui coupe les cheveux après la fermeture. Il doit vivre reclus en permanence dans la petite maison que sa mère ne veut pas quitter.

Comment est-ce possible que, bien assis dans notre salon, nous devenions les fossoyeurs de réputations et les justiciers de la vengeance? «Réagissez», tonitruent nos médias. La lapidation verbale s'insinue dans nos mœurs. La culpabilisation et la condamnation sont sur le bout des lèvres. Instantanément. N'y aurait-il pas avantage à laisser couler un peu d'eau avant de porter un jugement ?

Nos ancêtres ont pourtant bâti, de longue haleine, une justice de droit qui, quoiqu'imparfaite, fait honneur à l'intelligence humaine.

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