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La société n'aime pas les vieux

13/01/2016 11:04 EST | Actualisé 13/01/2017 05:12 EST

L'autre jour, on m'a félicité parce que je ne parais pas mon âge. Donc, je parais plus jeune. Quel compliment futile ! Comme si seulement paraître plus jeune était un compliment pour un vieux. Pour ceux qui s'y accrochent, peut-être ? Qu'on me dise que je vieillis bien. Qu'on me dise que je fais un beau vieux. Qu'on me dise que j'ai l'air serein.

Qu'on me demande ce que je pense de certaines choses. Cela m'honore. En quoi le fait de dire à quelqu'un qu'il a l'air plus jeune est un compliment ? C'est quoi cette obsession de rajeunir son aspect extérieur ? D'avoir l'air plus jeune ? Depuis quand vieillir est-il laid ? Je connais tellement de jeunes... laids. La beauté n'a rien à voir avec l'âge. Elle est d'ailleurs toujours imparfaite. On appelle ça le syndrome du «jeunisme». Encore un mot inventé !

Notre société n'aime pas les vieux qui ont l'air vieux. Et ça, ce n'est pas un jeu de mots. On me dira qu'il faut avoir le cœur jeune. Quelle imbécilité ! Mon cœur est aussi vieux que ma peau. Même les vieux sont gênés d'être vieux.

Le symptôme de ce sentiment de la société envers les aînés réside dans ce qu'elle devrait consacrer par tête de pipe aux plus pauvres et aux plus blessés chez les vieux le même montant qu'on alloue per capita aux prisonniers. Mais non, on aime mieux les prisonniers.

On a sorti du chapeau du magicien deux milliards de dollars pour les garderies. Mais on a perdu le chapeau pour les vieux. Un autre milliard pour les avortements, mais la caisse est vide pour les vieux. Un autre milliard pour les congés parentaux des pères. Le gouvernement oublie les vieux papas. On a déniché ipso facto, de nulle part, des millions de dollars pour recevoir les réfugiés. Ne pourrions pas en trouver quelques-uns pour aimer les vieux ?

Quelle belle société nous sommes, nous qui aimons si peu nos vieux. Il suffit de consacrer une pensée à la piètre condition des vieux dans les CHSLD. Il suffit de se rappeler que les pensions si généreuses n'existaient pas à l'époque où ils ont bâti le Québec. La génération d'avant les baby boomers se contente d'une prestation de pauvre. Des associations d'anciens retraités tentent de sensibiliser nos dirigeants et ne reçoivent qu'une fin de non-recevoir. Nous manquons d'argent, disent-ils ?

Quand j'écris que la société n'aime pas ses vieux, je pense aussi aux soins que l'on coupe. C'était pour les garder à la maison. On coupe pour les vieux et on trouve des milliards de dollars quand on le veut bien. Nous aimons si bien nos médecins et tant d'autres.

Je suis pourtant si fier de ma vieillesse et de tous ces souvenirs qu'elle apporte. Je prétends à cette sagesse qui colle à mon âge. Je revendique le droit d'exprimer ce que la vie m'a appris. Je réclame le droit de vieillir dans la dignité. La dignité du vieil âge, cela doit bien exister !

Félix Leclerc ne disait-il pas que «Vieillir, c'est embêtant. Mais c'est la seule façon de vivre longtemps».

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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