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Retour de Chine : Notes extraites du calepin

04/01/2014 05:29 EST | Actualisé 06/03/2014 05:12 EST

Je reviens de Chine. Un deuxième séjour. Loin de moi l'idée de vous livrer un récit de voyage. Je souhaite vous raconter des impressions et observations que j'ai notées dans mon calepin. Bien sûr que j'avais des attentes. Je voulais voir la Chine de Mme Butterfly. Il en reste encore des parcelles, mais j'ai vu une Chine différente et plus moderne.

NOTE. Première constatation : une population de 1 milliard 400 millions d'habitants. Cela veut dire qu'il y a du monde, beaucoup monde et du monde partout, partout. Un Festival de jazz en plus nombreux et en tout temps. C'est la congestion continuelle. Imaginez que les États-Unis ne comptent que 300 millions d'habitants sur un même territoire ! Shanghai tout comme Pékin compte chacune environ 20 millions de citoyens. Les villes de 5 millions et plus pullulent. Une ville de moins de 1 million devient presque un petit village.

NOTE : En arrivant à Shanghai, notre premier choc nous fit découvrir une ville aux innombrables et beaux gratte-ciel modernes, à nous faire rougir. Shanghai, tout comme Pékin, est un immense chantier avec l'omni présence des grues. Les Chinois travaillent. Un trafic constant de voitures luxueuses, des milliers de motocyclettes avec piles (les moteurs au gaz sont interdits) et autant de bicyclettes. Pour traverser une rue, il faut fermer les yeux et se lancer. Et leur laisser le soin de vous éviter. Sinon, vous ne traverserez pas.

NOTE : Oubliez l'image traditionnelle du pousse-pousse tiré par un homme, la loi les interdit aujourd'hui. Ils sont maintenant mus par un moteur électrique.

NOTE : Le coût de la vie est élevé. Plus qu'au Québec. Il y a donc beaucoup de riches, de milliardaires aussi. Ils sont très nombreux, mais ils représentent un faible pourcentage au sein d'une population si importante. Ils sont 1000 à avoir une fortune de plus de 150 millions $ (ils étaient 6 en 2003). Et 64 milliardaires (28 en 2003). Les ultras privilégiés de la Chine se sont classés seconds au monde en 2009 parmi les pays qui ont dépensé le plus en produits de luxe.

NOTE : On y supprimerait la totalité des enseignes et panneaux réclames au lettrage chinois, que l'architecture de Shanghai ressemblerait à n'importe quelle ville occidentale. Avec des Chinois habillés à l'Occidentale. Et des chansons américaines traduites en chinois. En se rappelant que ce peuple a malgré tout une histoire de 24 siècles dans ses gènes.

NOTE : Pour restreindre l'augmentation de la population, on a proclamé l'enfant unique. Les familles nombreuses ont donné naissance en une seule génération à des enfants-rois, uniques, sans frères ni sœurs, sans vie familiale. Des enfants éduqués qui gagnent bien leur vie, mais qui profitent de la générosité des parents. La nouvelle génération est en train de chambouler toutes les traditions. Du collectif, on est passé à l'individualisme. Le respect des parents et des aînés se dissipe. La discipline et l'ardeur au travail s'amenuisent. Privilégiés à outrance par les parents permissifs, on est passés au « tout et tout de suite ». Un peu comme chez nous, où on fait appel, au contraire, à l'immigration pour combler les lacunes de l'enfant aussi unique, mais par choix. Deux mondes ! On se rend bien compte que les Chinois ne sont pas dépassés et savent prendre les décisions qui s'imposent.

NOTE : Ça ne ressemble pas à un pays communiste, mais capitaliste. Comme nous racontait un guide, les villes sont capitalistes et la campagne est socialiste. Il évoquait un œuf socialiste avec une coquille capitaliste.

NOTE : Le gouvernement socialiste détient le pouvoir avec une main une main de fer sans permettre les contestations. Il a la hantise du désordre social. C'est la seule façon de gouverner plus d'un milliard de Chinois. S'il fallait écouter les protestataires, ça n'aboutirait jamais. La démocratie à l'Occidental n'y ferait peut-être pas long feu. Le parti communiste est le seul syndicat pour tout le pays. C'est avec plaisir que les proprios des 100 magasins Wal-Mart ont accepté une syndicalisation avantageuse.

NOTE : En 2020, Shanghai veut devenir une capitale financière mondiale au même titre que Londres et New York. Cette ruche d'abeilles est en voie de réaliser cette ambition. Le chantier est en branle depuis 20 ans. Il faut être sur place pour le croire. En 2010, l'Exposition universelle de Shanghai regroupait 165 pays. Quand le succès de l'Expo de Montréal en 1967 avait atteint un record avec 62 pays, imaginez le succès de l'événement en Chine.

NOTE : En 2020, Pékin veut devenir la destination touristique numéro un. Ils ont déjà le pied dans l'étrier quand on jette un coup d'œil sur le prix des forfaits.21 jours équivalant 14 jours dans le Sud. Inimaginable, mais vrai ! Nous en avons profité. Le succès des Jeux olympiques de 2008 a démontré leur habileté.

NOTE : En 2009, les autorités chinoises ont inauguré le plus grand barrage électrique au monde sur le fleuve Yangtsé après 15 ans de travaux complexes. Elles ont déplacé plus d'un million et demi de Chinois. 153 villes et 1352 villages ont été expropriés pour laisser le fleuve tout recouvrir. Soit 570 acres de terres. Créant ainsi un bassin immense de 600 kilomètres.

NOTE : Ils ont commencé la construction du barrage des Trois Gorges en 1994, l'ont terminé en 2006 et mis en opération en 2009. Produisant l'équivalent de 18 centrales nucléaires. 185 mètres de haut, 2335 mètres de long, soit plus de 2 kilomètres. Des entreprises spécialisées de 16 pays, dont le Canada, ont participé à l'élaboration et la construction. Une facture de 70 milliards $. Jamais une construction n'a été aussi critiquée. En fait, 4 millions de personnes furent touchées d'une façon ou d'une autre par ce barrage. Par comparaison, au Québec, nous sommes un peu plus de 7 millions. Dans ce pays surdimensionné, rien ne peut être petit et tout est hors de proportion.

NOTE : Le Yangtsé est un fleuve important dont les crues depuis toujours ont inondé les terres riveraines jusqu'à Shanghai. Déjà, en 1909, on discutait d'un barrage pour régulariser son débit et contenir les crues. Puis, en 1990, face à l'expansion de la Chine, il fallait éviter d'ouvrir de nouvelles mines de charbon pour électrifier le pays. Le barrage devait fournir 20% de l'énergie hydroélectrique. En fait, devant le développement accéléré, il réussit à peine à produire 5%, de telle sorte qu'on creuse encore de nouvelles mines de charbon à deux pas du barrage. Face à cette pollution croissante, un barrage devint une nécessité incontournable pour endiguer les crues et produire de l'électricité propre. La Chine voulant aussi devenir en 2020 la destination touristique no 1, le barrage des Trois Gorges contribuait à résoudre les trois problèmes d'un coup. Il donnera une nouvelle vocation à ce secteur.

NOTE : La hausse de l'eau autour des montagnes a créé de nombreuses rivières entourées de pics montagneux majestueux, de falaises abruptes qui laissent apparaître près de sommets des trous où les ancêtres lointains déposaient les tombes. Une nouvelle destination superbe.

NOTE : Subséquemment, la densité de la population sur les rives ne pouvait que créer des effets collatéraux obligatoires. Fort de sa puissance, le gouvernement imposa ce projet. En écoutant les nombreux opposants, ce monument hydro-électrique n'aurait pas vu le jour.

Il me faudrait des pages et des pages supplémentaires pour aborder l'aspect touristique et historique de la Chine. Avec ce riche pan intéressant et interminable, même les cartes postales ne suffisent pas à la tâche.

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