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La décennie de la mode du tout en noir

11/06/2013 12:35 EDT | Actualisé 11/08/2013 05:12 EDT

Noir. Tout est noir. Tout le monde est noir. La mode du noir est à son summum et très généralisée, presque mur-à-mur. La personnalité de chacun trouve son compte dans le noir. L'arc-en-ciel de couleurs peut prendre un repos, tout est noir. Sans oublier le jean bleu foncé délavé et même troué. Tous supposés dévoiler le caractère de tout un chacun. Et une touche de tatouage. Le noir, le jean et le tatouage sont à la mode.

À mon retour au pays en 2006, après une absence de huit ans, vous ne pouvez imaginer le choc. Je me serais contenté d'un appareil de télévision en blanc et noir, car tous les artistes et les invités portaient, et portent encore le noir, avec une touche de denim délabré et des Adidas blanc et noir. Veston, chemise ou chandail noirs et rares cravates noires itou! Dans les galas, on s'imaginerait assister à une cérémonie funéraire. Ou avec l'impression que certains artistes venaient de changer l'huile du moteur de leur auto. La couleur est tellement rare qu'elle fait briller celui ou celle qui ose la porter. À ce noir, s'ajoutent parfois les couleurs terre, éteintes et sans éclats. Au-delà des artistes, il en est de même dans la vie quotidienne de la population. Cette mode représente-t-elle une période généralisée de morosité, de tristesse, de dépression? Je veux bien admettre qu'un vêtement noir évoque un aspect chic, mais quand tous le portent, on ressemble plus à une colonie de pingouins.

Pour des raisons professionnelles, j'ai assisté en une année à une quarantaine de spectacles. Je peux affirmer que la presque totalité de nos artistes est habillée en noir. Imaginez un chanteur vêtu de noir et au denim délavé devant un orchestre où les musiciens arborent des chandails noirs et devant un grand rideau noir. On cherche l'artiste. Je ne blague pas. Comment est-ce possible que nos artistes craignent de se différencier et de porter des habits ou costumes de scène?

Je n'exagère pas quand je dis que «la presque majorité» porte le noir comme si c'était un costume de groupe. Ne serait-ce normal et une simple politesse qu'un artiste mette ses plus beaux atours assortis à ses couleurs personnelles pour rencontrer son public. Les plus grands artistes ont tous porté des habits de scènes qui les rendaient uniques. Le public aime admirer un artiste qui scintille sur la scène, non celui qui se confond avec le décor. Outre le costume identitaire, «tous en noir» signifie un manque d'imagination et que l'effort créatif de nos artistes est fort minimal au Québec. Sur scène et la télé, on s'habille comme à la ville.

Il me semble que cette insistance du port du noir et du denim délavé et souvent troué ne contribue pas au besoin ou au désir de mettre en évidence l'individualité de celui ou celle qui le porte.

Bien sûr qu'à mon âge, j'ai traversé de nombreuses modes éphémères qui ne sont qu'une tendance transitoire dans le temps: le temps d'une décennie. Est-ce nécessaire de rappeler que j'ai vécu la période colorée de la mode. J'ai même porté des souliers verts en lieu et place des actuels Adidas délacés, des vestons de toutes couleurs et tissus, des pantalons à pattes d'éléphant soit plus larges au bas de la jambe, des cravates aux motifs les plus divers, des vestes sous les vestons Est-il aussi nécessaire de souligner que nous ne portions pas tous la même couleur? Les femmes ont même porté des «jump-suits», des jupes extracourtes et même très longues. Et que dire de la période des cheveux longs pour les hommes durant les années 70. Je me souviens de tous les ministres aux cheveux longs. En somme, chaque décennie a connu sa mode, son élan costumier. Le Moyen-âge a connu ses accoutrements frou-frou et ses perruques.

En observant les quelques audaces récentes, il est tentant de prédire la réapparition des couleurs vers 2014 ou 2015 avec les cheveux courts. La décennie de l'engouement du noir et du denim qui tire à sa fin démontre notre prédilection à adhérer à l'uniformité, comme le désir de porter un costume qui nous identifie à la communauté. Tout à l'encontre de notre prétention d'insister pour afficher notre singularité, notre individualité et notre personnalité.

Qu'en pensez-vous? Quels sont les indices qui décrivent la prochaine décennie?

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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