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L'entreprenariat, un facteur de richesse à la baisse (1/2)

11/10/2014 09:22 EDT | Actualisé 11/12/2014 05:12 EST

Je viens de publier un livre, un essai, « À 72 ans, moi aussi j'ai un mot à dire » (Québec-Livres). Certains sujets sont d'actualité. Je vous en livre quelques extraits (les statistiques proviennent d'organismes officiels et de plusieurs journalistes de grands médias).

L'entrepreneuriat m'a toujours titillé. J'ai vécu de longues années au milieu de son effervescence. La célèbre Révolution tranquille a vibré au diapason de la fibre entrepreneuriale et a profité du facteur de croissance économique qui y est rattaché. À mon retour au pays en 2006, je ne sentais plus la vibration de l'entrepreneuriat dont le pays a profité durant huit longues années. La création d'entreprises est un puissant facteur d'innovation, de productivité, de création d'emplois et de croissance économique. Les pays qui affichent un haut degré d'activités entrepreneuriales sont plus susceptibles d'être solides sur le plan économique. Et voilà qu'il n'est déjà plus au cœur des aspirations de la société québécoise. La culture confortable du salaire garanti a pris pied et racine. Les jeunes étaient et sont toujours plus à la recherche de la grosse job bien payante qui privilégie la stabilité, le temps libre et le fonds de pension plutôt que l'audace et l'ambition. Ces deux vertus signifient être motivés à mettre sur pied une entreprise, à élaborer un projet et à s'investir corps et âme à le réaliser. C'était pourtant gratifiant à l'époque de la Révolution tranquille de faire partie de la cohorte des bâtisseurs. Ils étaient nombreux. On parlait du Québec Inc.

Pour bien comprendre ce phénomène, pourquoi ne pas consacrer un paragraphe aux statistiques ? Les statistiques démontrent qu'en 2011, le taux de nouvelles entreprises au Québec atteint seulement la moitié du taux ontarien et même du Canada. Soit 15,1% en 1991 et 11,2% en 2006 pour le Québec. Une baisse importante. Tandis qu'en Ontario ce fut 13,9% en 1991 et 15,1% en 2006. Une belle augmentation pour eux. Et dire qu'en 1991, nous avions un pourcentage supérieur à l'Ontario pour ensuite atteindre un déficit en 2006. Toujours au Québec, 17% d'Anglophones possèdent une entreprise contre 8% chez les Francophones. Est-ce un phénomène de culture et de langue ? Pourtant 15 % des Francos hors du Québec possèdent une entreprise. Perdons-nous nos entrepreneurs ?

Côté É.U, contrairement à ce que les gens pensent, la grande majorité des super riches de ce monde ont eux-mêmes bâti leur fortune et sont des entrepreneurs à succès. 70 % des multimilliardaires américains ont lancé leur propre affaire. On n'en retrouve que 4 qui ont hérité parmi les

20 nouveaux venus au classement de cette année. En 1982, sur les 400 Américains les plus riches, on comptait 13 milliardaires. Avec un petit magot de 75 millions de dollars, on siégeait au bas de la liste. 30 ans plus tard, on se retrouve à la fin du peloton avec 1,1 milliard de dollars. Une misère ! Gates est toujours sur son piédestal avec 66 milliards comme l'image modèle d'un entrepreneur qui a bâti lui-même cette fortune. Comme quoi, souvent les plus riches sont des entrepreneurs qui suscitent la richesse. Comme quoi, il faut valoriser la richesse pour emmener les entrepreneurs à entreprendre. Que la richesse de Paul Desmarais fasse saliver tous les indépendantistes m'apparaît exagéré quand on connaît les débuts de cet homme et sa philanthropie. Son défaut majeur est d'être dans le clan fédéraliste. Comment peut-on lui reprocher d'être riche sinon que d'étendre ce reproche à tous nos entrepreneurs qui réussissent ?

Comme on le voit, contrairement au reste du Canada, on remarque au Québec une désaffection qui ne peut que paver la voie à un appauvrissement. Pourtant, des bâtisseurs ont joué un rôle fondamental dans l'histoire économique du Québec. De grandes entreprises comme Jean Coutu, Canam, Bombardier, Québecor, Vidéotron, Molson, Desjardins, Power Corporation, Cascades, le canal V, l'Impact, Transcontinental, le Cirque du Soleil, les Productions René Angélil, et d'autres milliers moins connues sont toutes issues de cet entrepreneuriat brut. Elles n'existeraient pas sans nos champions et nos héros. Il faut toujours un homme ou une femme pour créer et démarrer des compagnies, petites, moyennes et grandes. En « glamourisant » la libre entreprise et ceux qui l'imaginent, en vantant l'apport à notre vie économique de ceux qui y contribuent, nous créerons un terreau fertile à l'éclosion de créateurs et de bâtisseurs. Ceux-là qui ont des idées et qui sont capables de les réaliser.

L'Histoire a démontré qu'il faut prendre les moyens adéquats pour générer des entreprises, sinon le Québec va devenir plus pauvre. Cette lueur pâle qui semble apparaître à l'horizon. Nous avions en 1987 un taux de 3,4 % d'entrepreneurs et nous avons lentement dégringolé à 2,9 % en 2008. Chiffres éloquents ! Tant qu'à y être, poussons un peu plus dans cette veine : des études démontrent qu'en 2018, 30% de nos entrepreneurs prendront leur retraite. On en prévoit l'arrivée de seulement 16,5 % pour les remplacer. Peu de jeunes veulent économiser et sacrifier la voiture de luxe et les gadgets électroniques pour investir argent, temps et efforts.

Dans une lettre ouverte publiée dans La Presse, Sylvie Bovet, l'héritière de la célèbre chaîne de boutiques de vêtements pour hommes, et qui fait progresser l'entreprise à bout de bras, affirme que « les jeunes ont perdu le sens de l'audace et le goût du risque. Ma génération manque parfois d'énergie ou de volonté pour foncer », dit-elle. « Avant, les gens d'affaires démarraient des entreprises à partir de rien... Ils se relevaient les manches et travaillaient... C'était l'époque des bâtisseurs... Aujourd'hui, les jeunes attendent des subventions... Ils ne risquent pas leur chemise... On ne travaille pas pour léguer un héritage à ses successeurs, ou pour participer à la croissance économique de sa société et créer de l'emploi... On travaille pour assurer son propre bien-être, point. On veut le gros poste, beaucoup de responsabilités, un gros salaire, mais nous ne sommes pas nécessairement prêts à faire les sacrifices que cela implique, écrit-elle. Quand vient le temps de mettre l'épaule à la roue, nous répondons la plupart du temps : absent. C'est comme si le sens du devoir et des responsabilités nous échappait. Le but est de s'offrir le plus de confort possible...»

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