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Amortalité: une nouvelle vision de la vieillesse

08/03/2016 10:45 EST | Actualisé 09/03/2017 05:12 EST

Amortality: The pleasures and perils of living agessly. Voilà le titre du livre de l'auteur Catherine Mayer, du magazine Time. C'est en lisant de nombreux extraits de ce livre et de plusieurs textes de philosophes et de chercheurs qui se sont penchés sur le sujet que j'ai cru bon de l'aborder à ma façon dans à peine quelques lignes. Un sujet pouvant noircir les pages d'un livre: «Amortalité» ! Loin de moi l'idée d'associer ce nouveau mot à «immortalité», comme le font certains.

Ce terme d'amortalité me semble davantage issu du nouveau phénomène de la récente longévité des êtres humains. Quelles en seront les limites ? Napoléon est mort très jeune. Depuis le début du 20e siècle, on a ajouté une trentaine d'années à l'espérance de vie. Les statistiques démontrent qu'actuellement l'âge moyen pour les hommes en Amérique est de 80 ans et de 84 ans pour les femmes. En 1950, il y avait quelques milliers de centenaires sur la planète alors qu'on en dénombrait 340 000 en 2010. Le segment démographique des plus vieux s'accélère à une grande vitesse. Les vieux vivent de plus en plus vieux, et en meilleure forme. Que ce soit le père Benoît Lacroix, qui vient de décéder à 100 ans, ou tous ces centenaires en belle forme que l'on interviewe à la télé. Jeanne Calment, la plus vieille personne officiellement répertoriée, est morte à 122 ans. La science et l'hygiène reculent les années butoirs de la mortalité. À tel point que nos gouvernements légifèrent sur des données qui deviennent rapidement périmées. Il suffit d'envisager le sort des pensions devant cet accroissement. Comment croire à une retraite d'une durée de 50 ans ? Un non-sens.

On ne veut plus vieillir. Les vieux sont de plus en plus actifs à un âge avancé. Après 65 ans, on aborde de nouvelles carrières, on entreprend de nouvelles entreprises, on court des marathons, on convole en de nouvelles relations conjugales, on continue à performer au travail. On refuse de se voir vieux.

L'industrie de la vieillesse est déjà florissante, que soit pour la mode, les pilules et les crèmes anti-âge. À tel point que la mort est de moins en moins une préoccupation. On choisit de l'ignorer. On aspire à vivre actifs le plus longtemps possible. Ce qu'on appelle l'amortalité.

De nombreux chercheurs s'affairent à reculer l'âge de la mort et augmenter le nombre d'années à la vie. Ils sont plusieurs qui croient que la limite se situera à 125 ans. Pendant ce temps, certains travaillent sur des «atomes» qui répareront sur les êtres humains les ravages du temps. D'autres parlent d'une enzyme appelée «télomérase» qui, réactivée, permet au corps de se rajeunir. Quelques théories scientistes invoquent une durée telle que le mot immortalité surgit. Est-ce que le corps survivra à une telle éventualité ? Et quelle vie ?

On ne peut évoquer la longévité sans souligner la qualité de la vie et tous les obstacles qui l'interrompront. Comme les cancers, l'Alzheimer et autres. A-t-on pensé à ces êtres éclopés de la vie qui souffrent et souffriront plus longtemps ? Soulignons les êtres atteints de sclérose en plaques, les paraplégiques, ceux qui sont atteints de rhumatisme, d'arthrose ou d'arthrite. Ajoutons les maladies mentales, la sénilité et la démence. Pourquoi allonger la vie d'un schizophrène et celle d'un pauvre misérable ? Le suicide assisté devra faire partie du vocabulaire populaire.

Plutôt que d'insister sur la longueur de la vie, nous devrions concentrer nos recherches à guérir toutes ces maladies qui s'acharnent à la rendre difficile et douloureuse. Que ce soit celles mentionnées ci-haut ou toute la panoplie des autres. Diminuons d'abord la fréquentation des hôpitaux, plutôt que de l'augmenter. Parlons davantage de l'amélioration et de la longévité de la santé pour que la vieillesse soit moins pénible et même plus heureuse.

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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