LES BLOGUES

Les enfants post-texto

28/07/2013 11:51 EDT | Actualisé 27/09/2013 05:12 EDT

Juin 2006. Je reviens au pays après une absence de huit ans. À mon départ, en 1998, le cellulaire n'était qu'un gros appareil commercial qu'on installait dans la voiture pour travailler. À mon retour au pays, même des enfants à la maternelle avaient le leur. C'est sans dire combien il sévissait déjà dans toutes les strates de la société. Loin de n'être qu'un appareil de communication, il était déjà devenu un facteur de changement social. Désormais, il fallait être toujours à l'affut prêt à répondre, souvent au détriment de la personne en face de vous. La jeunesse avait déjà adopté «le tout de suite, l'immédiat» en toutes circonstances.

De même, à mon départ du pays, l'Internet s'avérait un outil de travail. À mon retour, il était devenu l'adresse personnelle de chacun. Une évolution technologique qui a transformé profondément bien des sociétés en huit ans dont la nôtre. À peine, la durée d'une nouvelle génération, la durée d'un séjour en pays tiers-mondiste.

Quel choc ce fut pour l'homme de 65 ans que j'étais qui avait vu naître la télévision à l'âge de 11 ans, sa première grande découverte technologique! C'est ce qu'on appelle le choc du retour.

Juillet 2013. Aujourd'hui, nous sommes rendus aux textos, au Twitter, le téléphone cellulaire est surtout devenu un nouvel ordinateur portatif et élaboré. La révolution technologique se traduit par la victoire marketing de grandes sociétés commerciales qui ont réussi à implanter un gadget comme un besoin essentiel. D'un seul coup, en si peu de temps, plusieurs générations en sont devenues dépendantes en se demandant comment les générations précédentes, depuis des millénaires, ont pu s'en passer.

Comment moi, le p'tit vieux de 71 ans, presque 72, a pu évoluer sans l'aide de cette technologie? Cette fois, c'est ce qu'on appelle le choc culturel.

Je n'en vois pas l'utilité. Je ne vois pas l'Homme grandir. Je le vois changer. Je le vois devenir accro à tous ces gadgets comme à une drogue. J'ai peine à imaginer ce que sera la nouvelle invention technologique à la mode dans une décennie. On aura déjà délaissé les textos pour une nouvelle dépendance à naître, à inventer.

Et moi, j'aurai vieilli de 10 ans. Comment me comporterai-je à cette époque? J'avoue que mon ordinateur a facilité mes écrits et mes recherches. Que l'internet a réussi à simplifier mes communications comme m'exprimer par ce blogue. J'avoue que ma bibliothèque musicale se niche dans un iPod.

J'ai conservé mon téléphone traditionnel avec un répondeur. Et je lis mes journaux papier, mes livres bien reliés. Je sais qu'on m'obligera bientôt à posséder un cellulaire, en éliminant le téléphone traditionnel. Je sais que je lirai mes livres sur la tablette parce que les livres imprimés deviendront une espèce rare, en voie d'extinction. Je n'aurai même plus le choix. Surement au détriment financier de ma pension de vieillesse! Je remplacerai à mon corps défendant mes vieilles habitudes de l'âge de pierre en devenant un simple utilisateur mineur toujours affolé devant les complexités du monde des logiciels. J'admets volontiers les progrès de la science et je les admire, mais pas à cette vitesse. La téléphonie, l'électricité, l'automobile ont mis le temps. L'Humain a besoin de temps pour assimiler sainement la nouveauté. Ça, c'est la vie qui me l'a appris. Ces leçons qui prennent racine dans un savoir millénaire. L'Homme n'a pas changé fondamentalement, mais son environnement et ses connaissances bien sûr.

Il serait intéressant de mieux comprendre l'interaction, les vicissitudes et les écueils que l'Homme doit vivre aujourd'hui à cause de cet environnement qui galope trop en accéléré. L'essoufflement provoque bien des ratés. Chaque époque connait et a connu ses avatars. Celle d'aujourd'hui aussi. L'Homme en sort-il grandi ou balafré?

Alors que les générations raccourcissent de plus en plus, la vie devient de plus en plus longue. De 65 ans à 85 ans et même plus. Ce qui donne à l'Homme accès à un plus grand nombre de générations courtes, donc, à plus d'adaptations rapides par conséquent. Ce qui complique la vie de ceux qui comme moi ont accumulé les décennies et les transformations inhérentes. Ceux qui ont connu le téléphone manuel et à cadran aimeraient bien se reposer un petit moment, mais ils doivent continuer, le cellulaire et l'internet auront encore bien des vies différentes. De nouveaux besoins surgiront. La chaine des inventions n'a pas atteint encore sa limite. Au détriment de quoi? De qui? Et quels seront les jouets électroniques des enfants à naître quand les textos feront partie de la petite histoire et des musées?

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les meilleurs moyens de déconnecter