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Découvrir des êtres merveilleux en CHSLD

19/02/2014 10:17 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

Mon épouse et moi avons vécu une expérience merveilleuse dans notre vie. Nous avons navigué sur toute la mer des Caraïbes avec notre voilier pendant 8 ans. Une aventure qui a nourri nos vies depuis lors et certainement pour toujours. Depuis notre retour, nous avons été sollicités à maintes reprises pour donner des conférences. C'est toujours un plaisir de raconter la réalisation d'un rêve.

Un jour, la responsable d'un CHSLD nous invite à venir faire le récit de notre périple devant les patients de cet établissement. Nous avons accepté de nous y investir bénévolement. La conférence s'est tenue après le souper dans une grande salle. Les patients du CHSLD étaient installés devant nous, devant notre table. Plusieurs dans un fauteuil roulant, d'autres couchés sur des civières, d'autres plus autonomes, sur de simples chaises. Ils étaient une trentaine, les yeux baissés par la gêne. Ce trouble nous traversait tout autant, mais notre regard se posait sur chacun d'eux, en tentant d'évaluer le handicap de chacun. En fait, nous avons toujours été mal à l'aise en présence d'handicapés. Pourquoi?

Tout en leur révélant les péripéties de notre voyage de huit ans et en confiant notre choc du retour, ils avaient les yeux fixés sur nous et réagissaient à nos moindres blagues. À quelques reprises, intérieurement, nous nous sommes interrogés sur la pertinence de notre exposé devant eux. Comment était-ce possible, surtout moral, de livrer un grand rêve éclaté à des êtres privés de leur membre ou anxieux dans leurs têtes. Par moment, nous nous sentions comme des imposteurs qui leur désignaient leurs propres handicaps et leur impossibilité de voyager, même dans leur quartier. Pourtant, le sourire dans leur face, les yeux qui nous suivaient dans nos déplacements, l'intérêt était bien au poste. La conférence dura une heure.

Après la causerie, à notre surprise, plusieurs d'entre eux restèrent sur place dans l'espoir de nous saluer et de nous parler. À notre grand étonnement, une vieille dame nous raconta, les yeux mouillés, qu'elle avait fait le tour du monde à la voile, il y a trente, ans. Dans des conditions difficiles ! Un souvenir dont elle nourrit sa nostalgie. Elle nous remercia chaleureusement. Puis, cet homme qui avait présidé sa compagnie de métaux, pleins de souvenirs dans sa tête, nous serra les mains si fort, en nous disant qu'il n'a personne à qui raconter ses souvenirs. Une vie de bénévolat ! Il nous tint les mains pour que nous l'écoutions. Puis cette madame, avec une difficulté d'élocutions, nous relata qu'elle avait eu 12 enfants dont un fut député. Elle était si fière d'eux, mais déplora qu'ils ne la visitent pas. Et cette autre qui voulait en savoir davantage sur notre périple. Et cette rencontre avec notre auditoire continua de longs moments.

Et notre réflexion survécut de longues semaines. Nous ne serons plus gênés devant les handicapés. Ils souhaitent seulement qu'on leur dise quelques mots et qu'on les écoute. Ils ont tant de souvenirs dans leurs têtes. Il ne faut surtout pas croire que ces gens sont démunis, car plusieurs d'entre eux ont connu des vies fascinantes. Souvent plus fascinantes que la nôtre ! Visiter ses vieux dans les CHSLD est un impératif et un bel investissement. Un jour, ce sera notre tour et on aimera sûrement recevoir des visites pour raconter nos souvenirs.

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com