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Le capitalisme en perte de vitesse devant le profitalisme

23/03/2014 09:04 EDT | Actualisé 23/05/2014 05:12 EDT

En 1973, un livre, intitulé Small is beautiful, écrit par E.F.Schumacher, a connu un tel succès de librairie qu'il fut traduit en plus de 100 langues. Une deuxième édition fut imprimée en 1999. L'auteur recommande aux leaders d'entreprises de faire les choses à l'échelle humaine. Des opérations à petite échelle sont toujours moins nuisibles à l'environnement naturel que les opérations à grande échelle. Il y a de la sagesse dans la petitesse, écrit-il.

Parallèlement, la mondialisation et l'exploitation outrancière des ressources gagnent du gallon. L'auteur souligne que l'industrie doit répondre à des critères d'exploitation qui ne sont pas exclusivement économique et que le profit est devenu, à tort, le barème ultime pour la pérennité des entreprises. D'un point de vue économique, le noyau central de la sagesse est la pérennité. Autant pour la petite et grande industrie !

Selon Gandhi : la terre produit assez pour satisfaire les besoins de chacun, mais pas assez pour satisfaire la cupidité de bien des gens d'affaires. La pérennité devient donc l'antithèse de la sagesse, par conséquent de la liberté et de la paix.

Il y affirme que la route de la paix dans le monde suit la route de la richesse tandis que la pauvreté est source de guerre. Il y aura toujours des « laissés pour compte » qui ne peuvent s'intégrer à la société tant que la richesse et le pouvoir seront concentrés exagérément entre les mains de quelques rares privilégiés. Il y a de la richesse pour tout le monde. Où sont la société ou les gens d'affaires qui crieront : halte ! Nous en avons assez. Tandis que les pauvres manquent de bien des choses, les riches sont en train de s'enrichir en spoliant nos réservoirs en combustibles, en énergie non renouvelable, irremplaçable. Ce ne sont pas les pauvres qui ont les moyens de faire ces gâchis. Le matérialisme ne connait aucun principe de limitation alors que les ressources elles sont limitées.

La politique du « davantage, toujours davantage » doit être remis en question. L'amour de l'argent est méprisable, si on revient à des principes religieux. L'amour des profits exagérés est aussi méprisable. Faire les choses à l'échelle humaine, une invitation qui revient sans cesse. Sinon les ouvriers deviennent des masses de simples surveillants de machines quand celles-ci ne volent pas leurs emplois.

Il y a grand intérêt à lire ce bouquin paru il y a 40 ans déjà écrit par celui qui fut le PDG d'une association de charbonnerie. Il a vécu parmi le pouvoir et les riches, les exploiteurs de richesses naturelles. Il rappelle souvent que le capital est la ressource à protéger tandis qu'un grand nombre la considère comme un revenu jusqu'à extinction. Small is beautiful, ou faire les choses à l'échelle humaine.

Et pourquoi n'en est-il pas ainsi ? On a tous pris connaissance de cette entreprise canadienne qui, à la suite et malgré des profits records, décida d'éliminer des emplois et congédier une centaine d'employés pour engranger encore plus de profits. N'est-ce pas là un comportement immoral que nous devrions tous fustiger ? Un comportement qui donne mauvaise presse au capitalisme et à l'entreprise privée ! Le capitalisme connait une baisse de popularité à cause de ce genre de leaders qui souhaite augmenter leur richesse personnelle en priorité.

Une entreprise n'existe pas pour servir les spéculateurs, mais pour le bien- être des êtres humains comme le décrit Small is beautiful. D'autre part, les chefs d'entreprise qui utiliseront les profits supplémentaires pour donner plus de travail aux employés apportent des lettres de noblesse au capitalisme. Malheureusement, le capitalisme humain est en train de baisser pavillon devant le profitalisme. Ce dernier doit satisfaire les profits gourmands et trimestriels exigés par les boursicoteurs et les actionnaires. La croissance des profits à court terme devient une fin en soi. La spéculation sur les gains est devenue l'investissement le plus lucratif sans rien apporter au succès de l'entreprise sinon qu'en soutirer les bénéfices... et que les bénéfices.

Plusieurs gens d'affaires avisés remettent en question la nécessaire existence de la Bourse pour le développement harmonieux des entreprises. Bourse qui fluctue aux humeurs et rumeurs sans tenir compte de la réalité. L'enrichissement outrancier de ces individus est en train de créer une nouvelle classe aristocratique.

Pourquoi faut-il toujours grossir pour réussir. Devant une difficulté, pourquoi une entreprise ne trouve-t-elle sa solution que dans la fusion ou l'acquisition ? Et grossir. Une industrie peut être facilement rentable avec 100 employés et surtout le demeurer si elle peaufine son produit pour répondre adéquatement aux besoins du consommateur. C'est la croissance au-delà de ces besoins qui génère les problèmes souvent insolubles. Leur trouvaille : créer de nouveaux besoins pour satisfaire une production plus grande que nécessaire. Small is beautiful, c'est l'échelle humaine.

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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