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Trois ambassadeurs qui savent célébrer la vieillesse

23/05/2013 01:49 EDT | Actualisé 23/07/2013 05:12 EDT
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« C'est un privilège de vieillir ». Ces paroles ont été prononcées par le comédien Claude Legault au moment de recevoir sa statue Artis pour le proclamer personnalité artistique de l'année. Voici ses paroles: « Cette année, je m'en vais sur mes 50 ans. J'ai hâte d'avoir 50 ans maintenant. Réal et moi, nous avons perdu un ami de 48 ans. Il aurait aimé ça atteindre 50 ans. Ça m'a réveillé un peu. C'est un privilège de vieillir. Et j'espère vieillir devant vous comme un bon vieil acteur, comme un bon Philippe Noiret. Non pas comme un Depardieu! Merci beaucoup ».

Quel beau témoignage envers la vieillesse, alors que les jeunes et même ceux de sa génération ont plutôt une opinion négative du troisième âge de la vie. Comment peut-on devenir un bon vieux et aspirer à jouir de cette saison de la vie si elle représente une dégénérescence, une décrépitude ou l'antichambre de la fin. L'envolée de cet acteur si aimé des téléspectateurs arrive alors à point et exhale un vent de fraicheur dans un climat morose.

Comment est-ce possible à Claude Legault de rêver devenir vieux et d'aspirer à vivre les années de la vieillesse sereinement? Il faut qu'il ait de ces années une vision positive prémonitoire? Comment comprendre dans sa phase adulte ce qu'elle sera et quelle béatitude elle apportera? À moins de la vivre? Comment flairer à l'avance le bien-être que murmure la sagesse, soit tout le savoir que récolte une longue vie, et la nostalgie apaisante des souvenirs qui pavoisent le sentier parcouru? Et pourtant, combien de rares jeunes et d'adultes rêvent d'atteindre la cime de l'existence?

Pour ce faire, il faut écouter les vieux et croire que ce qu'ils racontent n'est pas du radotage, mais plutôt l'apprentissage accumulé de 50 ans et plus. Vaut-il la peine de vivre toute une vie si ce qu'elle nous apprend n'est que balivernes et propos dépassés? On ne peut biffer, rayer de son existence la moisson d'une vie, ses déboires et ses succès, ses joies et ses peines, ses amours et ses haines, la compassion, la droiture et ses trahisons, sans en soutirer une compréhension de la nature humaine et une vision du futur. 50 ans, c'est déjà un âge respectable qui apporte une écoute plus subtile à celui qui veut rêver de jours meilleurs.

Puis, la semaine suivante, un reportage intitulé Vieillir en beauté mettait en vedette Andrée Lachapelle, 80 ans, avec beaucoup de beaux propos sur la belle vieillesse et sur le regard des autres. Elle dira: « Aujourd'hui, je suis plus sereine dans la vie et sur la scène. Le bagage d'une vie nourrit une âme. Et dire qu'on a peur de vieillir, on a peur des rides. Il faut apprendre à les lire. Elles racontent tout le vécu d'une personne, tout ce qui l'a construite. Souvent, ce qu'on apprend des rides, c'est touchant ».

Puis. ce fut la mort de la comédienne Huguette Oligny à 91 ans. Pascal Gélinas a réalisé un documentaire Le goût de vivre en la suivant au jour le jour en fin de vie. Même à l'article de la mort, elle était belle comme un album de prestige sur la vie. Ses rides témoignaient de la vie heureuse et du bonheur de cette femme. Ce furent-là ses dernières paroles: « Le bonheur, je suis convaincue que malgré tout ce m'est arrivé dans la vie, les plus grandes douleurs, je suis devenue... Ça n'a pas de bons sens de dire cela à l'âge que j'aie, un âge respectable quand même... Je suis la femme la plus heureuse du monde. Je suis complètement heureuse. Je nage dans le bonheur. L'âge me convient parfaitement ».

Trois ambassadeurs qui savent célébrer la vieillesse.

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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