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Pourquoi charge-t-on PKP?

02/11/2014 11:43 EST | Actualisé 02/01/2015 05:12 EST

PKP est dans la mire un peu partout pour divers motifs, dont le principal serait qu'il est en conflit d'intérêts quand il pose des questions à l'Assemblée nationale sur des sujets qui ont des incidences sur les propriétés qu'il détient. Aussi, plutôt que de faire valoir qu'il doit placer ses actions dans une fiducie, ce qui est le mécanisme en la matière permettant de respecter les libertés fondamentales des citoyens, une majorité de députés et de journalistes soutiennent qu'il doit choisir entre Québecor et la politique.

Un problème analogue est apparu lorsque Michael Rubens Bloomberg, aussi propriétaire d'une entreprise du même genre, est devenu maire de New York, ville d'un pays où le respect de la liberté d'expression est un fondement incontournable du droit. La solution trouvée fut qu'il place ses avoirs en fiducie tout en conservant un droit d'avis sur les ventes éventuelles par les fiduciaires.

Selon les députés qui ont appuyé la motion de la CAQ, y compris le président de la Fédération des journalistes, cette solution n'en est pas une dans le cas de PKP. Sur la base de présomptions, ils estiment que ce cas dépasse l'entendement et que ce citoyen n'a pas sa place à l'Assemblée nationale comme député, chef de l'opposition et premier ministre s'il ne se départit pas de ses actions.

Pourquoi une fiducie n'est pas suffisante ? Parce que PKP exige qu'elle ne puisse pas liquider son patrimoine ? Aucunement. Pour les élus de la CAQ, du PLQ et de QS, la liquidation s'impose. Sans elle, PKP n'a pas sa place à l'Assemblée nationale. Point à la ligne.

Depuis l'adoption de cette motion, je cherche ce qui les motive à faire fi des droits et libertés des individus, dont ils bénéficient tout autant que les journalistes et les autres citoyens. À date, je n'ai pas trouvé un argument convainquant au point de douter qu'il y en ait pour obliger PKP à vendre ses actions dans Québécor s'il demeure député, est candidat à la direction du PQ, devient chef de l'opposition et un jour premier ministre.

Par contre, j'en ai plutôt trouvé plusieurs à contenu politique. Entre autres, deux m'ont fait rire. Le premier, de Lysiane Gagnon (La Presse, 7 octobre 2014), soutient qu'avec PKP les tuques des Patriotes et les « archéo-indépendantistes » reprennent du service. L'autre, de son collègue Alain Dubuc (La Presse, 27 octobre 2014), avance qu'en dénigrant le rapatriement de la constitution et en rappelant le pouvoir exercé par les Anglo-saxons, PKP n'a rejoint que les convaincus, la société québécoise refusant d'aborder ce débat.

Oui. J'ai ri parce que, pour ces chroniqueurs chevronnés, PKP serait un guignol loufoque dont les propos sont sans intérêt. Si c'est le cas, me suis-je dit, pourquoi tant de députés veulent le dénuder de son patrimoine familial ? Réflexion faite, je me suis dit que ces chroniqueurs présentent ainsi PKP précisément parce qu'il n'a rien d'un guignol loufoque, ni d'un « parlotteux » déphasé mais tout d'un Québécois qui dit clairement les choses.

À moins que leur cerveau ait été reprogrammé par électrochocs, ces chroniqueurs savent bien que référer aux Patriotes, aux Anglo-saxons et au rapatriement de la constitution, c'est faire écho à des événements marquants du Québec, chacun témoignant de la volonté de ses habitants d'avoir un droit de regard sur les décisions qui les concernent et du refus des autorités britanniques et canadiennes qu'ils en aient un.

Il y a des relents de tout ça dans la charge sur PKP, notamment dans l'obligation qui lui serait faite de vendre ses actifs, aussi dans le refus évident des députés d'envisager des modalités qui respectent les droits fondamentaux des Québécois. Aussi m'est-il apparu important de rappeler certains faits en relation avec ces moments marquants, car c'est peut-être là que se trouvent leurs motifs.

En 1834, les Patriotes prônent le contrôle du pouvoir exécutif par l'Assemblée législative, ce qui vexe les dirigeants britanniques. Ils abolissent l'Assemblée législative. Après une radicalisation provoquée, ils votent l'Acte d'Union (1840) avec l'aval d'élites consentantes.

En clair, la lutte des Patriotes a conduit à l'éradication de tout pouvoir au Bas-Canada. Un procédé analogue eut cours lors de la création du Dominion of Canada. Les élus qui s'y opposent sont exclus des délibérations et les dirigeants de l'Union, ayant l'aval de la Grande-Bretagne, refusent une consultation des résidants du Bas-Canada.

C'est aussi ce qui s'est produit en 1982. La défaite au référendum de 1980 devint, par magie, le signal de départ d'un processus menant au rapatriement de la constitution et à sa modification. Comme il était inconcevable d'abolir l'Assemblée nationale ou d'empêcher ses élus de s'afficher contre les modifications envisagées, il fallait trouver autre chose. La cour suprême s'y pencha et décréta que les élus de l'Assemblée nationale étaient des sujets constitutionnellement subordonnés aux dirigeants canadiens.

Les coups de force de 1836, de 1840 et de 1867 purent alors se reproduire. Ces moments révèlent tous que les Britanniques, les pères de la Confédération et les dirigeants canadiens furent tous des brasseurs de vraies affaires après avoir bâillonné les habitants du Québec et leurs représentants.

Ce n'était pas fini. Après le « beau risque » de René Lévesque, les Canadiens ont dit qu'ils n'entendent pas revoir leur constitution. Leur refus conduisit au référendum de 1995. Perdu de justesse, au Canada, il fallait juguler ce recours, car, s'il avait pu empêcher la création du Canada, il pouvait le faire éclater.

De nouveau sollicitée, la Cour suprême signa un avis qui, pour l'essentiel, donne sa bénédiction à l'adoption de la loi de clarification. Depuis, les Canadiens et leurs honorables dirigeants, ronronnent comme ronronnèrent ceux, aussi honorables, qui appuyèrent l'Acte d'Union et votèrent en faveur de la création du Dominion of Canada.

De cela, une seule constante ressort : le peuple québécois, d'hier et d'aujourd'hui, n'a pas eu un mot à dire sur la création des institutions politiques au sein desquelles il s'active. Quant aux élus qui ont la responsabilité de défendre leurs intérêts, seuls ceux qui chaussent des souliers canadiens peuvent parler en leur nom, pas les autres.

Or, comme PKP porte des pointures québécoises et entend les conserver, il crée un remous. S'il reprend l'idée de Lincoln d'un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, et prône une réforme du régime parlementaire en conséquence, ce remous se changera en cyclone. Si, en outre, il préconise une démarche autre qu'un référendum piégé pour accéder à l'indépendance, ce sera un cataclysme.

Les propos acides de Lysiane Gagnon et les entourloupettes d'Alain Dubuc laissent clairement entendre que l'entrée en scène de PKP est un danger pour le Canada, aussi grand, peut-être plus, que l'implication de Jacques Parizeau au PQ.

Comme PKP référa à des évènements ayant conduit à la subordination des habitants du Québec, ils le ridiculisent parce qu'ils devinent, comme moi, qu'il n'acceptera pas d'œuvrer dans un régime politique que René Lévesque qualifia d'abject et ne se lancera pas dans un référendum sans chercher à contrer les pièges de la loi de clarification en s'inspirant de ce qu'ont fait les pays baltes et ce que feront les Catalans et les Écossais.

Est-ce pour ces motifs que PKP subit un procès d'intention et est l'objet d'une motion d'éviction même s'il accepte de placer ses avoirs en fiducie avec un droit de regard sur la vente de ses actifs ?

Le laissent entendre autant la hardiesse du chef de la CAQ et les insinuations du ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes. Si les députés de la CAQ, du PLQ et de QS persistent, ils devront expulser PKP de l'Assemblée nationale. Non en vertu des pratiques en la matière à l'échelle internationale, plutôt parce qu'à leurs yeux, PKP peut provoquer un cataclysme politique au Canada.

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