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Des tableaux volés

17/01/2015 09:19 EST | Actualisé 19/03/2015 05:12 EDT

Cette histoire est tirée de mon dernier livre Le Lansquenet solitaire.

Je venais d'être affecté au poste de police 25, celui du centre-ville. Je laissais à regret celui de Notre-Dame-de-Grâce, Nick, Marty et un tas d'amis. J'y laissais aussi mes ennemis, pas les bandits, pas les revendeurs, mais des officiers tentant de me faire rentrer dans le rang et qui, malgré mes succès, se faisaient un grand plaisir de tout faire pour m'écraser. L'un d'eux s'était vanté d'étaler ma tête sur le manteau de son foyer. Il faut dire qu'il en avait déjà toute une collection.

Donc, j'en suis à ma deuxième semaine de travail, et ici, tout va rondement. Un tas de plaintes s'accumule déjà sur mon bureau et je bosse. Je ne sais pas pourquoi, une bribe de conversation vient titiller mon oreille. Mon lieutenant détective explique à un nouvel enquêteur qu'un individu vient d'offrir à un restaurateur deux toiles qu'il dit volées.

- Le suspect s'appelle Dave et selon le restaurateur, il doit peser plus de 150 kilos.

Je cesse d'écrire et me mêle immédiatement de ce qui ne me regarde pas.

- Je crois connaitre votre voleur. C'est Dave R.

Jacques, le nouvel enquêteur, ne semble pas priser mon intervention. Mon lieutenant sourit.

- Claude, tu vas assister Jacques dans le dossier.

À voir l'air renfrogné qu'il prend, je me sens immédiatement désiré. Alors je le laisse prendre l'initiative. Quelques minutes plus tard, j'ai les gens de la filature au bureau et nous organisons une rencontre de vente de tableaux. Les gars de la filature sont heureux de me revoir. Habituellement, quand je suis dans les parages, ça roule. Je présente tout de suite Jacques comme étant l'enquêteur principal, ce qui le rassure un peu. Et en moins d'une heure, nous sommes en place.

Il ne faut que quelques minutes pour qu'une voiture conduite par deux mastodontes se rende chez le restaurateur. Petite discussion, surtout pas d'achat. Puis notre acheteur nous fait signe qu'il a vu les toiles.

- C'est parti!

En quelques minutes, les deux hommes sont épinglés. Dave regarde en ma direction avant de lancer.

- Hi monsieur Aubin.

- ll te connait?

- Ça ressemble à ça.

Jacques vient de comprendre que je ne blague pas. Plus encore quand le gros Dave me suit pas à pas.

- Tu ne lui mets pas les menottes?

- Pourquoi?

À partir de ce moment, nous aurons une confession complète. Ces deux idiots avaient fracassé une vitrine de galerie d'art, ramassant quelques toiles du début 19e siècle. Ils croyaient dur comme fer pouvoir les revendre à des amateurs d'art.

Quand j'ai posé la question « Qu'avez-vous fait des cadres? », ces deux idiots patentés répondirent qu'ils les avaient mis en pièces. Ces cadres travaillés à la feuille d'or valaient presque autant que les toiles elles-mêmes.

- On peut peut-être les retrouver dans le ''container'', mais ils sont en morceaux.

Je ne m'attends pas à autre chose. J'ai devant moi des prix Nobel d'imbécilité.

Finalement, l'affaire permit à Jacques d'avoir son moment de gloire médiatique, il était heureux. Le propriétaire de la galerie l'était moins, assurance oblige. De mon côté, je venais d'établir une crédibilité que l'on s'était si bien efforcé de détruire. C'est aussi comme ça la police.