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<em>Flic et confidences</em>: mon multiculturalisme à moi!

02/11/2013 09:51 EDT | Actualisé 02/01/2014 05:12 EST

De retour à Flic et confidences. Je réitère pour certains lecteurs que les affaires présentées sur ce blogue sont réelles et documentées. Certaines d'entre elles proviennent de mon livre La Main gauche du Diable, paru en 2003 et que vous commandez sur mon site web claudeaubin.com, d'autres sont tirées du livre à paraître : Le Lansquenet solitaire.

Mai 1987. Mon directeur de poste venait de s'apercevoir qu'il y avait des vols par taxage autour des métros du secteur. Il était le dernier à lire les statistiques. Comme j'étais le spécialiste, c'est-à-dire celui à qui on fait tout faire, j'eu droit au dossier Vols par gangs et à une équipe de trois hommes, de vrais limiers agrémentés du policier spécial de Shawbridge.

Dès les premiers jours, nous avions en cellules une brochette multicolore de détenus. Des jeunes Philippins, Jamaïcains, Iraniens, des Juifs, des Italiens, des Irlandais qui avaient un dénominateur commun, celui d'être taxeurs. Il faut comprendre que plus de 73 ethnies fréquentent encore les écoles de ce quartier. Notre équipe roulait assez rondement.

Un après-midi, Nick, mon inséparable partenaire, vint me parler d'une jeune suspecte. La belle travaillait en solo, braquant des dépanneurs avec un fusil tronçonné. Nous avions de l'information et quelques heures plus tard, celle-ci se retrouvait en cellule.

Je ne connaissais pas la jeune femme, mais tout ça allait changer. Ce monstre de moins de 1,60 m avait tout du Diable de Tasmanie. Notre premier contact fut à l'image de sa personnalité. Cette Jamaïcaine à la peau ébène nous accueillit d'une pluie de crachat et quelques coups de poing. Au bureau, je dus lui empoigner le visage fortement pour la photo d'usage, ce geste démontrant à la fois ma détermination et ma domination. Le reste fut très mécanique, la petite continua à cracher tel un félin en cage, mais plus de coups de griffes. Malgré tout, je lui laissai ma carte au cas où...

Quelques jours plus tard, notre sauvageonne s'évadait de Shawbridge, un centre de détention pour jeunes. Malheureusement pour elle, ses amis jamaïcains vendeurs de stupéfiants ne voulant plus être harcelés par mon équipe lui firent comprendre d'aller se faire voir ailleurs. Perdue, abandonnée par ses amis, la jeune évadée ne se laissera ramasser que par moi seul. Appelons ça un début de confiance.

À partir de ce jour, la jeune femme devint une de mes protégées. À sa sortie de détention, il m'a fallu me battre avec le Black Community Center pour qu'elle reçoive un peu d'aide. Pour eux, c'était une criminelle, drôle de façon de penser pour des gens qui aident les gens. Puis avec Marty, le policier de Shawbridge, nous lui avons trouvé des meubles usagés dans un centre juif, transportés par un Polonais pas très net et un autre ami criminalisé de couleur. Le camion me fut prêté par un de mes flics. Ce camion, il me le prêtera régulièrement pour des trucs semblables.

Quelque temps plus tard, peu de temps après l'affaire Griffith *, des membres de ce même Black Community Center viendront, avec l'aval de nos patrons, nous dire combien nous étions des gens racistes.

Personne d'autre que moi n'avait répondu à leurs remarques déplacées. Je n'avais pas à hausser le ton, juste décrire ce que nous faisions régulièrement dans le secteur, en amenant des cas qu'ils ne voulaient pas traiter. Ceci parce qu'ils étaient soit criminalisés, Haïtiens ou nés au Canada. À la fin de la discussion, les pauvres partirent la tête basse, mes patrons ne connaissant pas notre implication s'en trouvèrent surpris et même un peu confus. Cette sortie fera quelques vagues à la direction. Je venais de démolir l'image repentante du département.

Décidément, je n'aurais jamais la cote avec les organismes sociaux.

* Affaire Griffith (1987) : un jeune noir proche d'un gang se fait tirer dessus par un malheureux accident. Ceci entrainera un changement dans la manipulation de l'arme de service.

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