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Les quêteux montés à cheval

Vous avez l'immense chance de vivre dans une démocratie, ou le laisser-faire, l'ignorance, l'indifférence sont devenus l'apanage d'une civilisation de «selfistes» et de désabusés chroniques.

16/09/2017 08:00 EDT
Getty Images/iStockphoto
Oui, vous les élus, vous vivez déconnectés du reste de la population.

Ma belle-mère, une femme pleine de bon sens, se servait de ce dicton pour décrire ceux qui vivaient au-dessus de leurs moyens.

Il a quelques jours, le gouvernement du Québec achetait une bâtisse à Paris. Pour ceux qui n'ont pas suivi, nous parlons ici de trente-trois millions de dollars. Ceci sans compter les petites améliorations que notre digne représentante, l'ex-ministre Beauchamp de l'ère Charest voudra bien y apporter. Notre premier ministre n'a rien eu d'autre à dire, qu'on y incorpore une salle de spectacle, ajoutant que l'ancienne bâtisse aurait coûté trop cher en rénovations. Selon notre premier ministre, un puits sans fond. Alors, pouvez-vous m'expliquer quel génie a fait ce premier achat lamentable?

Trente-trois millions de dollars en plus des salaires et des banquets, j'espère seulement que ça rapporte et pas juste à la délégation du Québec.

Alors, pour mettre en vitrine le Québec en France, nous avons besoin d'un petit château au cœur de Paris. Il faut croire que les investisseurs français ont besoin d'une carte du monde pour nous situer. Trente-trois millions de dollars en plus des salaires et des banquets, j'espère seulement que ça rapporte et pas juste à la délégation du Québec.

Dans un autre ordre d'idée, au cours de la même semaine, les médias annonçaient que 4 fonctionnaires de l'ARTM. recevraient des augmentations entre 47 et 59 pour cent d'augmentation de salaire. Les maires ont signé et Québec s'est bouché le nez. Mieux, le président a tout simplement répliqué : les critiques des citoyens ne m'intéressent pas. Il a bien raison, ce n'est que nous qui payons après tout. Mieux encore, nous avons payé une firme privée pour faire ce brillant travail de comptabilité.

Ceci n'est pas sans rappeler l'affaire Bombardier, où tous les amis des amis ont été choyés, bichonnés, louangés et surtout agrémentés d'augmentations de salaire sans commune mesure avec le reste des pecnots que nous sommes. Mais bon, quand il y a moins de monde pour protester contre ces orgies que pour défendre les pitbulls.

Et mercredi, une enquête nous apprenait que Justin 1er a dépensé un petit 127 000$ de plus qu'il avait admis, pour ses vacances à nos frais. Admettez qu'il est loin derrière les autres dépensiers.

Il aurait été plus sage de trouver une autre réponse, je ne sais pas quelque chose comme: «Nous allons devoir retrousser nos manches, il en est de notre responsabilité».

Pendant ce temps, dans notre beau pays, le Québec est maintenant bon avant-dernier dans le revenu des ménages et notre premier ministre Couillard répond: «La bonne nouvelle est que ça va s'améliorer». Il aurait été plus sage de trouver une autre réponse, je ne sais pas quelque chose comme: «Nous allons devoir retrousser nos manches, il en est de notre responsabilité».

J'aimerais savoir combien parmi nous, les travailleurs, avons eu des augmentations de 10% cette année? Allons-y plus modestement, de 5%. La grande majorité aura probablement reçu 1,5 ou 2%. Je connais personnellement des gens qui ont reçu cette année entre 20 et 40 cents de l'heure d'augmentation, et des retraités .50 par mois de plus à dépenser. Ce sont ces mêmes personnes, qui comme nous contribuent à toutes ces dépenses pharaoniques et à qui on dit: vous devez comprendre, nous ne voulons pas perdre cette belle expertise. Cette phrase répétée ad nauseam et qui me répugne de plus en plus.

Vous avez l'immense chance de vivre dans une démocratie, ou le laisser-faire, l'ignorance, l'indifférence sont devenus l'apanage d'une civilisation de «selfistes» et de désabusés chroniques.

Oui, vous les élus, vous vivez déconnectés du reste de la population. Vous n'êtes en principe que nos serviteurs, nos larbins, pas nos seigneurs ni notre noblesse. Dans d'autres pays, vous seriez mis à la porte à coups de pied dans le derrière. Vous avez l'immense chance de vivre dans une démocratie, ou le laisser-faire, l'ignorance, l'indifférence sont devenus l'apanage d'une civilisation de «selfistes» et de désabusés chroniques.

Ceci me rappelle une phrase créditée à Marie Antoinette : ils n'ont plus de pain, qu'ils mangent de la galette. Nous connaissons la suite.

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