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Les mains liées des policiers

Il n'y a pas un policier au Québec, qui se lève le matin en se disant : belle journée pour tuer quelqu'un.

30/09/2017 08:00 EDT | Actualisé 30/09/2017 08:00 EDT
Marc Bruxelle via Getty Images
Quand j'écris que la moyenne de vie est de 59,7 ans, qu'il nous arrive de nous faire pointer une arme à feu, un couteau, une barre de fer ou même de l'acide en pleine figure, je me fais répondre que c'était notre choix de vie.

Cette semaine, une juge a pris la décision de déclarer coupable un policier qui, sentant sa vie en danger, a fait feu sur un jeune voleur de voiture qui tentait de le renverser.

Je ne vais pas commenter le jugement, le tout ira en appel. Mais ceci nous rappelle comment le travail simple de policier est aussi des plus compliqués. Nous demandons à nos policiers de prendre des décisions en nanosecondes, tout comme le battement de l'aile du papillon, et qui auront des répercussions potentielles sur une série d'événements et de vies humaines.

Si le voleur panique et frappe des gens, qui sera blâmé pour cette mauvaise décision?

Imaginons que ce policier décide de tenter de tirer, mais dans un bras ou le bord de l'oreille ou même juste sur la voiture. C'est joli dans un film, mais dans la vraie vie ça ne fonctionne pas. Si le voleur panique et frappe des gens, qui sera blâmé pour cette mauvaise décision? Maintenant, s'il décide de ne pas tirer et laisse filer le voleur de voiture. Il ne pourra entamer de poursuite, car il est dangereux de poursuivre un véhicule à vive allure et s'il passe outre, il sera blâmé pour sa mauvaise décision. Donc il prônera le laisser-faire et ce laisser-faire sera tout aussi dangereux pour le citoyen.

Mais s'il prône le laisser-faire, à quoi sert-il? Donner des billets, prendre un rapport, donner des indications aux touristes? Bien, on n'a pas besoin d'arme pour cela. Oubliez de courir après les voleurs ou tout ce qui peut devenir dangereux pour sa vie et celle des autres. Alors, pourquoi ne pas donner le contrat à une agence de sécurité, cela coûterait bien moins cher.

Il n'y a pas un policier au Québec, qui se lève le matin en se disant : belle journée pour tuer quelqu'un.

En fin 1988, la cour accusait Allan Gosset d'avoir négligemment tiré un jeune délinquant. À l'époque, ma Fraternité ne voulait pas soutenir Allan et j'avais demandé à tous mes confrères d'aller porter leur arme de service au Q.G. de la police. Oui, il y avait eu mort d'homme et oui, c'était totalement accidentel. Et comme dans tous les accidents, les proches ont eu droit à des recours civils. Il n'y a pas un policier au Québec, qui se lève le matin en se disant : belle journée pour tuer quelqu'un.

Pourtant, une partie de la population semble intransigeante face à son service de police. Nous ne sommes pas aux É.-U. ou parfois, des fous de la gâchette courent les rues en uniforme.

Je sais... Ils sont trop payés, ils ont trop d'avantages sociaux, trop de vacances, trop de tout. Et quand j'écris que la moyenne de vie est de 59,7 ans, qu'il nous arrive de nous faire pointer une arme à feu, un couteau, une barre de fer ou même de l'acide en pleine figure, je me fais répondre que c'était notre choix de vie. Ceci va pour tout le monde, de fermier à médecin.

Souvenez-vous d'il y a trois ans, le policier qui disait à l'itinérant: «Je vais t'attacher à un poteau». Ce pseudo-scandale aura coûté plus de 20 000$ à ce policier. À l'époque, une foule colérique s'était levée à la défense d'un homme, qu'elle ignorait ostensiblement alors qu'il quêtait agressivement devant le métro. J'avais posé la question aux lecteurs prêts à lyncher ce brutal représentant de l'ordre: dans les trente dernières années, combien avez-vous vu d'hommes attachés à des poteaux par des policiers? Les mots n'étaient pas dans la rectitude politique, mais ils avaient eu l'effet escompté.

Il aurait peut-être été plus sage d'arrêter l'homme, le conduire en cellule à 6 kilomètres de là, perdre plus de deux heures en transport et paperasse. L'accuser de flânage, démarrer la machine judiciaire, qui lui aurait donné une amende qu'il n'aurait pas payée... Mais les règles auraient été respectées.

Et nous, en tant que citoyens, nous nous attendons à une certaine protection de la part des hommes en uniforme. J'entends trop souvent : ils ne font rien, ils ne prennent pas de décision, ils ne s'impliquent pas assez. Alors quand ils le font, de grâce supportons-les quand même un peu.

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