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Délais irraisonnables: la honte et le dégoût

03/12/2016 08:14 EST | Actualisé 03/12/2016 08:14 EST

Je ne suis certainement pas le seul qui n'arrive même plus à comptabiliser le nombre de criminels ayant été relâchés par l'administration de la justice. Non pas par faute de preuves, mais pour des délais irraisonnables. Nous parlons ici de plusieurs centaines de criminels et d'autres sont à venir. J'aurais aimé dire « République de banane », mais je ne suis même pas sûr qu'elles fonctionnent aussi peu efficacement.

L'affaire Coretti n'est qu'un cas de plus. L'homme avait quand même été accusé d'une fraude de 19 millions, ce n'est pas rien. Il retourne dans ses terres, sourire en coin, comme tout un tas d'autres avant lui et si la ministre Vallée a raison, un tas d'autres après lui.

Réalisez-vous que nous avons collectivement dépensé des centaines de millions de dollars en services policiers, judiciaires et correctionnels pour en arriver à cette farce grotesque, aberrante et infamante. Cet état de fait ridiculise non seulement nos institutions, mais aussi les gens qui y travaillent et ceux qui les payent. Non seulement dans certains cas, nous avons payé les avocats de ces criminels, mais nous avons aussi décidé collectivement de les relâcher.

Il aurait peut-être mieux valu ne pas y toucher. Plusieurs seraient déjà morts sans procès. Juste avec la guerre des motards qui dure depuis les années 60, nous aurions tant économisé. Jamais je ne croirai que l'État, faute de moyens, décide de tout arrêter. Si je vous donne le chiffre de plus de 120 millions, vous n'allez pas le croire et je n'inclus pas le méga palais de justice du boulevard Gouin, vous savez l'éléphant blanc. « La justice n'a pas de prix. » Quelle belle phrase de perdants. Bien sûr qu'elle a un prix cette justice, mais pas au bon endroit. Si nous avons des structures et des bâtiments, nous manquons grandement de main-d'œuvre.

Les avocats de la Couronne se débattent avec ce qu'ils ont. Imaginez s'ils avaient reçu les millions donnés à la défense. Non, ils sont salariés et assez mal payés. Pas de moyens ou très peu, de l'équipement vétuste et une police qui souvent devient brouillonne. Comment voulez-vous que ça fonctionne? Qui ne veut pas que ça fonctionne?

Puis les politiciens nous servent des phrases creuses et vides de sens. Ils font comme en Santé et en Éducation. La Sécurité publique et la Justice, quelle farce incroyable. La ministre Vallée tout comme le premier ministre ont un plan... Ils ne le connaissent pas encore, mais d'ici les cinq prochaines années, la cour comme les urgences seront désengorgées.

C'est très joli de dépenser quelques millions pour rendre un palais de justice sécuritaire. Des cubes de ciment au cas où... Des portails d'aéroports un peu partout, des agents de fouille et une paranoïa omniprésente. Pourtant, rendez-vous dans un palais de Justice comme celui de Montréal, vous aurez l'impression d'une bâtisse vide. Vous pouvez chuchoter et l'on vous entend. Où sont donc les files de prévenus des années 80 et 90. Car oui, il y avait foule à l'époque. Devons-nous comprendre que le crime est tellement à la baisse qu'un seul étage serait suffisant pour les salles de cour. Alors, louons le reste, au moins nous rentabiliserons l'investissement.

J'ai honte, je suis découragé par cette ineptie et cette incurie crasse de plus en plus criante. On aura beau en parler dans les médias, ce scandale comme tous les autres ne restera pas la Une des journaux plus d'une journée. Les avocats de la défense peuvent bien rire, ils ont devant eux un lion édenté qui miaule sans rugir. Le système de justice ne fonctionne plus, sauf bien sûr si vous volez un livre ou une voiture. Faut bien donner l'exemple : 54 jours de prison pour un homme ayant trop de chats (Journal de Montréal du 26 novembre 2016). Ça me rassure, la Justice fonctionne.

Avec l'arrêt Jordan, la Cour suprême du Canada a clairement mis des balises pour les délais irraisonnables. Donc on n'a pas fini de voir tomber les causes, les unes après les autres. La justice s'est traîné les pieds, en bons citoyens nous avons bien payé, les bandits s'en sortent avec les honneurs de la guerre et la vie continue.

Honte et dégoût, voilà ce que je ressens et ce que devraient ressentir tous les membres impliqués dans ce système de justice. J'irai plus loin, c'est ce que nous devrions tous collectivement ressentir, car nous devrions faire confiance au système de justice. Bien, pour ma part... il ne me reste que déception, cynisme et un pessimisme sans nom.

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