Claude Aubin

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Claude Aubin
 

Flic et confidences: faut-il aller si loin?

Publication: 28/09/2013 10:42

De retour à Flic et confidences. Je réitère pour certains lecteurs que les affaires présentées sur ce blogue sont réelles et documentées. Certaines d'entre elles sont tirées de mon livre La Main gauche du Diable, paru en 2003 et que vous pouvez commander sur mon site web claudeaubin.com.

J'étais enquêteur à Notre-Dame-de-Grâce quand cette aventure est arrivée.

Je tentais de terminer quelques enquêtes et j'en étais aux photocopies, quand j'aperçus ce qui me semblait une femme tapie sur une chaise attendant que quelqu'un s'intéresse à elle. La dame était toute chétive, le dos courbé, les yeux rivés au sol. Je jetai un œil interrogatif au policier de service qui haussa les épaules. J'allai donc m'asseoir à ses côtés.

Pour faire simple, elle me raconte que son mari possède une arme à feu. Mais moi, je regarde ses yeux bleuis et son nez cassé. Après quelques longues minutes d'interrogation, elle s'ouvre enfin. Son homme, lui a cassé le nez d'un coup de poing puis, il lui a mis un revolver chargé dans la bouche tout en tirant le chien de l'arme. Cette façon de faire était devenue une dangereuse routine, à laquelle il l'astreignait.

De peine et misère, je réussis à la convaincre de porter plainte. J'ai dû promettre de tout faire pour qu'il demeure détenu. Il y avait deux raisons à cela, il était plutôt dangereux et il avait juré de retourner dans son pays avec leurs deux petites filles.

L'arrestation se fera de façon musclée. Je déteste me faire traiter de merde! Une fois l'homme derrière les barreaux, je retourne prestement avec la dame fouiller l'appartement. Surprise! À part le revolver, je découvre une batte de baseball d'ou dépassent une centaine de clous acérés, des gants de cuir entourés de chaines et quelques coutelas dignes de films de pirates.

Deux jours plus tard, à la cour pour «l'enquête caution», j'exhibe fièrement mes trophées, revolver, batte, gants et couteaux, persuadé qu'il n'a pas la moindre chance de sortir. Mais l'incroyable se produit. Le juge se plaint de l'absence de la victime ... Ce qui n'arrive jamais au moment de l'enquête en cautionnement *. Pire, il annonce. «Comme madame est en maison d'accueil, il n'y a plus de raison pour une détention.»**

Cette fois j'éclate et lance d'un seul trait: «Tu manques une criss de belle game». Le juge me regarde et je l'entends réfléchir... Me détenir ou pas? Les médias ou pas? Je me rendais parfaitement compte du danger de ma démarche, mais l'injustice était trop grande. Finalement, le magistrat émettra des conditions usuelles : «Ne pas communiquer.» Il me restait à l'annoncer à la plaignante.

A partir de ce moment, j'exercerai ce que l'on appellerait, une forme de harcèlement. Jusqu'au procès, j'irai me poster régulièrement devant sa porte et je le suivrai même dans le métro. Je voulais qu'il me voie. J'avais donné ma parole, il fallait que je la respecte.

Finalement, quelques mois plus tard, notre homme plaidera coupable. Son avocat viendra me supplier de lui laisser un peu de répit.

Ce qui me fit le plus plaisir fut de voir cette femme toute frêle, regarder son bourreau droit dans les yeux. Elle s'était affranchie. Je n'entendrai plus jamais parler de lui.

Devais-je aller aussi loin? C'est à vous de juger.

* Lors d'enquêtes caution, la présence de la victime est rarissime, pour ne pas dire inutile. Si d'aventure elle se pointe, c'est pour dire des trucs comme: «Il ne m'a pas touché, c'est un mensonge et je l'aime.» Ou : «Je me suis donné des coups de casserole moi-même.»

** À cette époque, un homme venait tout juste de tuer sa conjointe, cachée dans un abri pour femme battue. Les lois se resserreront par la suite et quelques juges misogynes prendront une retraite méritée.


VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Loading Slideshow...
  • À la retraite

    Ma photo de retraite: on m'avait demandé une cravate, j'ai mis mon foulard palestinien, c'est un tissu noué autour du cou... c'est comme une cravate

  • <strong>1969.</strong> Un mariage en uniforme: Violette, la belle mère de Claude Aubin, était fière...

  • <strong>1973:</strong> Claude Aubin avec sa fille. Papa ressemblait à un des criminels qu'il poursuivait.

  • <strong>1998.</strong> Homophobie sur la piste cyclable: un pauvre gars venait de se faire poser une plaque de métal, l'autre était dans le coma.

  • Un dessin de Fred Serre qui illustre la difficulté parfois d'être flic...

  • Mes patrons me voulaient en veston.

  • Petite fabrique à pot, rue Notre Dame, à Montréal!

  • Démonstration de boîte à voler.

  • L'oeil de verre du jeune homme que je connaissais traînait quelques mètres plus loin.

  • Opération Notre Dame de Grâce chez les <em>Rebels</em>, gang de rue influant dans l'Ouest de la ville

  • L'homme qui fut mon ombre pandant des années Nick Sobol, un génie!

  • Un autre de mes mauvais tours: le père Noël est un sympathisant Hell's qui me doit une faveur. Le pauvre se retrouve entouré par près de 100 policiers. Il n'aura jamais été aussi mal à son aise.

  • Préparation d'une perquisition avec John Parker

  • <em>The Rebels</em>: un gang de rues anglophone. Meurtres, tentatives de meurtres, prises d'otages, vol de camions bancaires, drogues, armes, prostitution. Ils ont fait plus!

  • Ma façon de porter une cravate et un veston.

  • Article sur des fraudes de cellulaires

  • Au coin de Berri et Notre dame, je marchais sur la cervelle de la personne accidentée.

  • Une caricature de Fred Serre sur un événement documenté dans un journal, qui nous fait rire et... réfléchir

  • Opération à Laval: fausse monnaie, hash, héroïne, cocaïne et armes à feu.

  • Le poste 33: plus de 300 hommes y travaillent, policiers en uniforme et hommes de la sûreté.

  • Ma source venait d'appeler quand la nouvelle est sortie. J'ai fait arrêter le suspect caché à Toronto. Il a demandé aux enquêteurs s'ils travaillaient pour moi... Quelle insulte pour les gars des Homicides.

  • Pour les journaux... des montres à faire identifier par les victimes. Je faisais ça régulièrement, ça faisait suer mes patrons car je monopolisais la salle de conférence, qu'ils ne se servaient qu'en de rares occasions.

  • La piste cyclable... 3 hommes battus dont un dans un coma profond pour plus d'un mois, il se suicidera plus tard.

  • Le poste 25: vétuste mais possédant une âme.

  • La chef présumée d'un groupe de la mafia russe à Montréal, ce groupe tentera de me faire disparaitre.

  • Il fallait faire attention, donc nous avons intercepté Robert alors qu'il urinait dans une toilette publique. Pas facile de sortir son arme quand tu as les maims occupées.

  • Ce bébé avait été oublié. Il a fini au poste

  • Autre perquisition de stupéfiants à moins de cent mètres du palais de justice.

  • À la fin d'une longue filature, je dormais debout.

  • Il fallait bien s'ammuser un peu entre les meurtres, les viols et les over-doses.

  • m

    Hôpital de Montréal pour enfants. Les policiers y vont à tous les Noël porter des cadeaux. Cette année là, j'en étais à mon deuxième contrat sur ma vie par la mafia russe. Il y a des causes pour lesquelles on doit oublier nos petits problèmes.

  • Des heures et des heures passées au téléphone...

  • J'ai assisté à une circoncision avec mes amis de la communauté juive.

  • Les policiers ont aussi marché beaucoup.

  • Ces deux cyclistes étaient à l'avant de la parade

  • Les joyeux motards

  • Et le Che!

  • Des gens en noir?

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.



 

Suivre Claude Aubin sur Twitter: www.twitter.com/@claudeaubin

Suivre Le HuffPost Québec