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«Flic et confidences» : Histoire de police

31/08/2013 11:15 EDT | Actualisé 31/10/2013 05:12 EDT

Plusieurs personnes semblent croire, que les policiers issus des années 50 sortaient tout droit des cavernes néandertaliennes, pour devenir des brutes avinées de sang. Alors, dans les prochaines semaines, je vais tenter de vous décrire quelques flics de cette époque. Des policiers qui, par l'exemple, m'ont formé et forgé.

Cette semaine à flic et confidences, je vais vous raconter une vieille police.

Paul L.

Paul, mon premier partenaire était un gars dans la fin quarantaine, les cheveux gris presque rasés, un peu comme nos jeunes aujourd'hui. À l'époque, on appelait ça une brosse. Ex-fumeur, ce vieux routier piquait une éternelle allumette au coin de sa bouche. Le bonhomme n'avait pas son pareil pour dépister un voleur, il possédait des yeux rayons X et un radar dans le nez. Mais par-dessus tout, l'homme était un flic ouvert et totalement dévoué.

Lors d'une intervention armée, Paul fut blessé gravement. Ne voulant pas utiliser son arme, il s'était élancé vers un homme ivre et armé d'un couteau. Tous les deux déboulèrent un escalier d'une trentaine de marches. Malheureusement, dans la chute, le forcené se rompit le cou. Paul vivrait péniblement avec sa décision et des déchirures ligamentaires aux genoux. Donc voici Paul!

Rue Anderson

Une nuit de février 72, nous roulions lentement dans le vieux Montréal. La chaufferette et le ronron du moteur me rendaient somnolant. Paul s'en foutait, il était insomniaque. Je le deviendrai plus tard. Le périple nous conduisit sur la rue Anderson, un petit chemin sur moins de deux pâtés de maisons. Tout à coup, l'auto s'arrêta sec. Nous nous trouvions devant une bicoque lézardée d'ou s'échappaient de longues flammes rougeâtres.

Le temps d'aviser le studio, nous voici courants comme des malades vers le brasier. Mon job fut de faire sortir les gens du premier étage et mon partenaire choisit le plus difficile, grimper l'escalier intérieur vers le deuxième. Le vieux Paul ne voulait pas céder sa place. Quelques secondes plus tard, je l'entendis appeler. Je grimpai donc à mon tour. L'escalier commençait à brûler et nous avions deux vieillards hébétés à descendre. Pire, le mari étant cardiaque, nous devions le transporter sur une chaise.

La vieille dame morte de peur, trébuchait à chaque pas, la descente se fit au pas de l'escargot. Les flammes sortaient maintenant entre les marches et léchaient les murs des deux côtés du couloir. Je commençai à trouver la tâche difficile, car une fumée dense nous brûlait les poumons. Je jetai un œil inquiet à Paul qui me fit un sourire complice et apaisant . Au palier, devant les dernières marches, je poussai la dame pétrifiée. Tout à coup, devant nous à la porte, la silhouette d'un pompier vint nous rassurer.

Je me revois dans la voiture, les cheveux roussis, le manteau fumant et Paul assis à mes côtés :

-On est du pour un café ti-gars!

Nous avions fait le travail, on en parlait plus.

Monsieur Gingras

Quelques semaines plus tard, nous roulions sur la rue Plessis, quand un citoyen vint nous dire qu'un homme était armé. Le vieux Gingras ! Tout le monde connaissait ce vieux bonhomme qui se saoulait la gueule les fins de semaine. Cet ancien débardeur possédait une force presque herculéenne, tout autant qu'un caractère de chien.

Avant d'avoir pu finir la conversation, voilà que le bonhomme se dresse devant nous avec une carabine et il nous pointe. Paul sourit.

-À trois. On saute, on roule. On court, on le couche.

Tout ça se dit sans même lâcher l'allumette. Nous voilà en roulé-boulé dans la neige molle et sale. Le bonhomme ne sait plus sur lequel de nous deux, il va jeter son dévolu. En moins de quelques secondes, l'homme se retrouve cul par-dessus tête et la carabine prend le bord.

Tout le monde autour applaudit, en fait ce n'est pas totalement vrai. On a reçu trois bouteilles vides sur le capot. Mais ça, ce n'est rien. Sans écouter mon partenaire, je mets le vieil homme dans la voiture sans menottes, le pauvre pleure comme un enfant. Erreur! Le vieux Gingras en profite pour me fracturer l'os de la mâchoire. Paul vient à ma rescousse, maitrise la bête et pique une colère monstre. Je n'aurai plus envie pour un sacré bout de temps, de passer outre ses directives.

L'appel terminé, on en parlait plus. Les psychologues auraient fait des affaires d'or avec nous. Mais nous, les psy, on s'en tenait loin. Nous préférions nous jouer des tours et rire comme des idiots. C'était notre thérapie.

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