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<em>Flic et confidences</em>: un vol qualifié avorté

03/08/2013 10:39 EDT | Actualisé 03/10/2013 05:12 EDT

De retour à Flic et confidences. Je réitère pour certains lecteurs que les affaires présentées sur ce blogue sont réelles et documentées. Certaines d'entre elles sont tirées de mon livre La Main gauche du Diable, paru en 2003.

1988.

Un vendredi de février, un informateur que je connais bien nous avertit qu'un vol à main armé sera commis par quatre jeunes. Nous avons les noms, une adresse et la possibilité d'une camionnette volée. Mes patrons ne semblent pas très chauds à l'idée qu'il y aurait du temps supplémentaire à payer. Finalement la gravité du crime réussit à l'emporter sur le budget*. Je dois monter tout ça en catastrophe.

En quelques heures, tout est prêt. Les huit hommes de la section filature de mon ami Serge se positionnent face à l'adresse. L'affaire se présente mal, l'appartement semble désert et pas de véhicule autour. Ma source fait tout ce qui est en son pouvoir pour les retracer sans trop attirer l'attention. Par bonheur, un des jeunes arrive avec une camionnette plutôt usée et grimpe à l'adresse.

Surprise, quelques minutes plus tard, notre quatuor monte rapidement à bord et nous voilà en filature. Il nous reste maintenant à savoir s'ils sont armés ou s'ils ne font que chercher une proie. Tout le monde est sur le qui-vive. Si les quatre mousquetaires descendent armés vers un dépanneur, il faudra agir en vitesse, tout en étant conscient des dangers pour le commerçant et les clients.

Après seulement quelques minutes de filature, la chance nous sourit. Les quatre jeunes décident de rendre visite à Geoff C., le chef d'un gang de rue. Un des malfrats est amoureux de la petite sœur de celui-ci et j'imagine qu'il veut impressionner le grand frère. C'est le moment que je choisis pour me glisser dans la camionnette et vérifier l'état des lieux. Mes hommes sont autour et si d'aventure les jeunes reviennent, nous aviserons. En fouillant bien l'arrière du véhicule, je trouve trois armes à feu chargées et quelques cagoules. Je vide rapidement les armes des cartouches qu'elles contiennent et je sors en vitesse. S'ils ne vérifient pas, nous aurons la partie plus facile.

J'ai une décision à prendre: les arrêter rapidement ou les laisser faire le vol avant d'intervenir.

Voilà que le quatuor repart. Nous laissons les jeunes s'éloigner de chez Geoff puis, je décide de stopper tout ça. Sur la rue Sherbrooke, à une centaine de mètres d'un dépanneur, je donne alors l'ordre d'intervenir. Je ne pourrai pas les accuser de vol qualifié, mais il y le recel du camion, la possession des armes et le déguisement. Ce sera assez pour nous.

La visite dans le camion était un peu illégale, la décision était la mienne. J'ai préféré cette méthode à une autre qui aurait été d'attendre de les voir débarquer masqués et armés, au risque de faire éclater une fusillade**.

Et vous, qu'auriez-vous fait?

*Une semaine plus tard, notre source me donnait une autre affaire de vol qualifié aux limites de mon secteur. Le directeur ne voulant pas crever son budget fera mettre une voiture de police face au commerce. Les malfrats iront frapper un même commerce quelques rues plus loin. Ce n'était plus de son ressort. Grâce à ma source, quelques jours plus tard, je ferai quand même l'arrestation de ces voleurs. Mes patrons devront quand même faire face à du temps supplémentaire, car entre temps, ils avaient visité un autre commerce.

** Il est arrivé que lors d'un vol à main armée, des suspects tirent sur des policiers et sur des passants. Même avec le SWAT, il est difficile de prévoir comment va se terminer ce genre d'intervention.

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