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<em>Flic et confidences</em>: une section de gros égo (la suite)

30/11/2013 10:09 EST | Actualisé 30/01/2014 05:12 EST

Je réitère pour certains lecteurs que les affaires présentées sur ce blogue sont réelles et documentées. Certaines d'entre elles sont tirées de mon livre La Main gauche du Diable (que vous pouvez commander sur mon site web claudeaubin.com), d'autres composent la trame de mon prochain roman Le Lansquenet solitaire.

Ce billet fait suite à la prise d'otages duFlic et confidences de la semaine dernière.

Le lundi suivant, à mon arrivée au poste de police, un agent de faction me tend un message. Une jeune femme aimerait me rencontrer pour me parler de la prise d'otages.

J'ai n'ai pas terminé la lecture que Céline, une policière de mon groupe d'intervention, m'annonce qu'une victime de vol attend mon arrivée avec impatience. Par un incroyable hasard, Garry, un fraudeur de mes connaissances, vient se plaindre d'un vol d'une grande violence commis par Andrew Collie, ce même mauvais garçon recherché pour meurtre. Garry s'était rendu dans un motel pensant coucher avec une prostituée. Malheureusement piégé par Andrew, il se retrouva battu à coups de barre de fer. J'ai donc deux bonnes raisons de retracer ce monstre.

Plus tard dans la soirée, la jeune femme du message, connaissant bien les suspects de la prise d'otages, sent le besoin de se confier. Pendant la conversation, je passe en revue quelques photos, dont celles d'Andrew Collie et de Goeff Carvery membre influent des Rebels*. La jeune femme semble les connaitre, mais demeure évasive. Au même moment, le téléphone résonne. Autre heureux hasard, Andrew Collie est au bout du fil.

La jolie brunette reste sans voix. Andrew, de son côté, est terriblement en verve. Le jeune malfrat me met au défi de le rattraper, puis me passe Geoff qui est aussi recherché. Tout en discutant avec eux, je pointe la photo des deux hommes à ma nouvelle amie, tout en lui tendant le téléphone. Morte de peur, elle simule un geste de recul. La conversation terminée, la jeune femme me regarde longuement avant d'avouer savoir où les deux hommes se terrent.

En moins de cinq minutes, l'équipe est au complet et nous filons vers l'Ouest de l'île. L'arrestation se fait comme dans un film d'action. Se sentant surs d'eux, nos jeunes bandits ont oublié de verrouiller la porte arrière de la maison. Je m'y glisse furtivement à l'intérieur, suivi de mes hommes et lance un petit:

- «Salut les copains!»

- «Shit, Aubin»

Après une descente d'escalier en rampant, les deux mauvais garçons se retrouvent avec les menottes aux poings.

La perquisition qui suit est fructueuse. Nous découvrons un fusil canon tronçonné et une barre de fer maculée de sang, ayant servi à Collie pour frapper la victime du motel. Quelques minutes plus tard, Mike M., un troisième complice, entre dans la maison et se retrouve en cage.

De retour au bureau, il me reste à aviser les experts des homicides. Je communique avec le lieutenant-détective qui avisera ses hommes.

Trente minutes plus tard, le téléphone sonne. C'est mon corpulent sergent au bras d'honneur. Pas le temps de dire bonjour, l'homme lance tout de go:

- «Tu n'avais pas à y toucher, on savait où il était.»

Je me rends compte, très vite, que c'est un mensonge éhonté. Comment peut-on ne pas vouloir perdre la face à ce point?

Plus tard, bien plus tard dans la soirée, le gros homme arrive avec un partenaire. Voulant toujours sauver l'honneur, le bedonnant cerbère demande sèchement si j'ai procédé au donné des droits.

- «Hein? Il fallait lui donner ses droits?»

L'autre ne sait plus quoi penser. Il regarde autour de lui, mes hommes se tordent de rire.

- «Désolé, je n'ai pas l'habitude de faire des arrestations, ce n'est pas comme vous les pros.»

Rouge de colère, le mastodonte ne m'adressera plus jamais la parole. Son lieutenant non plus**.

Pour l'histoire...

Collie sera accusé de vol qualifié et fera trois ans. Pour le meurtre, mes super enquêteurs se feront rouler dans la farine dans une entente avec T.D., le premier détenu de l'affaire sera déporté aux États-Unis sans témoigner contre Andrew.

Mike M., arrêté avec Andrew et Goeff, trouvera la mort au centre-ville, la gorge tranchée.

Le sergent ventru deviendra lieutenant et en 1998, Andrew tuera une autre fois et fera de la prison.

*The Rebels : Un gang de rue de plus de cent cinquante jeunes. Ils auront commis des vols de banques, de camions bancaires, des ventes de stupéfiants, de la prostitution, des meurtres, des assauts et un tas d'autres petites jolies choses.

**En 1997, les Russes tenteront de me faire disparaitre, ce lieutenant trouvera l'histoire bien drôle. Selon mon commandant de l'époque, j'aurais dû quémander son aide. C'est mal me connaitre, j'ai moi aussi un peu d'orgueil.

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