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<em>Flic et confidences</em>: un cas de conscience

20/07/2013 09:40 EDT | Actualisé 19/09/2013 05:12 EDT

Nous voici de retour aux enquêtes réelles. Cette semaine, je vous raconte une autre affaire afin de vous faire réagir. Comme les autres, celle-ci est tirée de mon livre La Main gauche du Diable, paru en 2003.

1987

Il est près de 19h. Nous sommes au poste de police de Notre-Dame-de-Grâce. Depuis un certain temps, je forme une équipe anti gang de rue. Ce soir, Vincent, un informateur, un jeune sorti de la drogue, vient me donner un tuyau de première. Une cache ou se trouve pour plus de 280 000$ de stupéfiants en pilules. Ce sont ce que l'on nomme des amphétamines, propriété des motards. La cache est à l'autre bout de la ville, donc pas du tout dans notre secteur, mais pour moi, ce n'est qu'un détail.

Après avoir pris les informations nécessaires, je contacte Gaston et Mario, mes amis de la section stupéfiants, deux bons flics ayant travaillés sous mes ordres dans le centre ville. Ces deux lascars sont prêts à investir la place, sauf que nous devons posséder un mandat de perquisition et pour ce faire, il faut soit avoir un échantillon et pour cela, tenter des achats avec un agent double, ce qui peut prendre des semaines; soit posséder un informateur qu'il faut mentionner sur le mandat*. Si je cite l'informateur, il risque quelques ennuis, comme la mort ou quelques autres tracasseries de ce genre. Ces mandats sont lus autant par les juges que par les avocats de la défense. Donc, je me dois d'être terriblement créatif.

Je prends finalement la décision d'aller voir de quoi il en retourne. Je parsème mes hommes tout autour et accompagné de ma source, je m'approche de l'appartement en question. Tout semble désert, je demande à Vincent s'il est prêt à prendre le risque, c'est aussi sa tête qu'il joue ce bonhomme. Nous pénétrons rapidement et surtout sans mandat à l'intérieur du logement. Nous trouvons dans un garde-robe une grande boite de carton remplie de sacs de pilules rondes et blanches. À l'extérieur, mes hommes restent en contact permanent. C'est risqué, mais je ne vois pas comment faire autrement. Nous ramassons vivement un sac contenant un millier de ces bonbons blancs, que je m'empresse de remettre à mes amis des stupéfiants.

Le reste, c'est de la police normale. Perquisition et saisie des milliers de pilules, de quelques babioles pour en fabriquer et de plusieurs étuis à revolvers.

Vous comprenez que malgré le mandat, tout ça est complètement illégal. La première saisie ayant été faite dans la plus grande illégalité, en cas de procès, le reste est totalement illégal à la cour.

Quelques jours plus tard, je dois passer devant mon lieutenant-détective et mon directeur. Les deux hommes en sont à décider s'ils doivent me suspendre et m'accuser au criminel. Après tout, j'ai commis une entrée par effraction et saisi des objets sans mandat.

Ce que j'aurais dû faire

Écrire un rapport et l'envoyer à la section des stupéfiants. Ainsi, ce rapport serait resté lettre morte, faute de preuves, et les pilules auraient disparu dans la nature. Par contre, j'aurais respecté à la lettre les lois et directives qui font que cette société fonctionne.

La décision que j'ai prise se basait sur le fait que c'était illégal, mais pas immoral. Je ne pouvais me résigner à laisser pour plus d'un quart de million de dollars de drogue se retrouver dans la rue. Je trouvais cette idée tout simplement obscène.

Heureusement, mes deux officiers ont eu la sagesse de ne pas procéder. Pas qu'ils n'en avaient pas le goût, mais c'est aussi une question d'image. Ils n'étaient pas très chauds à l'idée d'une controverse médiatique, c'est mauvais pour l'avancement. J'ai du promettre de ne plus recommencer, pieux mensonge.

Et vous quel serait votre réaction?

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