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<em>Flic et confidences</em>: je me suis posé la question

29/06/2013 10:11 EDT | Actualisé 29/08/2013 05:12 EDT

J'ai longtemps rédigé une chronique au Photo Police ayant comme titre: Flic et confidences. Quelques mots relatant une pléiade d'enquêtes drôles ou tristes, auxquelles j'ai été confronté. Plusieurs de ces enquêtes sont tirées de mon livre La Main gauche du Diable, paru en 2003, et du prochain Le Lansquenet Solitaire, présentement en correction.

La question étant, les lecteurs vont-ils aimer?

Cette façon de faire sera assez inusitée. Raconter une enquête, les liens tissés entre enquêteurs, victimes, voleurs et avocats c'est une chose. Mais recevoir de vous des réflexions suite à ces billets sera toute une entreprise. Et si d'aventure vous aimez les textes, vous n'aurez qu'à demander pour mes livres.

Commençons donc par une toute petite enquête facile.

1992

Je travaillais au centre-ville au poste de police 25, à titre de sergent détective. Les patrons m'avaient mis en charge d'un groupe d'intervention. En fait, je dirigeais 10 jeunes policiers en civil, pour une période de quatre mois.

Un après-midi de février, le gérant d'une salle de cinéma nous appelle en toute urgence. Un employé venait de fouiller un sac à dos oublié par un client. Jusque-là, pas de soucis. Mais dans ce sac, se cachait un pistolet automatique 9mm de marque Zvor56. L'arme était chargée de neuf projectiles et prête à faire feu. Le gérant était au bord de la panique, car le client venait d'appeler pour reprendre le sac en question.

En moins de 10 minutes, l'équipe se mit à l'affut à l'intérieur du cinéma. L'attente fut de courte durée. Quelques minutes plus tard, un jeune homme tout frêle passe juste à mes côtés en direction du bureau du gérant. C'est notre homme. En moins de deux, nous sommes cinq flics autour de lui, le pauvre garçon devient livide. Pour le reste, cellules, enquête et entrevue.

L'affaire semble simple: le jeune homme, étudiant à l'UQAM, ayant déjà été battu par des voyous, croyait pouvoir se protéger en achetant ce pistolet chez un marchand. C'est tout bête, tout simple! Le jeune homme aurait pu utiliser cette arme et tuer quelqu'un. En transportant ce pistolet, il se met dans la plus grande illégalité. Les accusations sont: Code criminel 88/89/90 - Port d'arme dans un endroit public, cc 95 arme prohibée. Des accusations passibles de 10 ans de prison.

Mais là, vous voilà enquêteur avec une certaine latitude. Vous avez à décider si vous accusez ce jeune homme. Ce faisant, il aura un casier judiciaire pour une partie de sa vie. Si vous ne le faites pas, avez-vous une idée de rechange?

De mon côté, je n'ai pas accusé le jeune homme. Une claque sur les doigts, geste qui se veut plus drôle que punitif. Un échange: poivre de Cayenne pour animal contre l'arme et un «Ne fais plus jamais ça!»

Le jeune homme continuerait donc à fréquenter l'université et il deviendrait un atout pour la société. Du moins c'est ce que j'espère.

Tous les enquêteurs sont différents, tout dépend de ce qu'ils sont. Certains sont plus sévères que d'autres, c'est la nature humaine.

Mais vous, qu'en pensez-vous?

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