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Faut pas perdre la tête pour une fille!

Pour la période estivale, je reviens à mes premiers amours : Flic et confidences. De petites histoires de police.

02/09/2017 08:00 EDT
Chalabala via Getty Images
Nous serons plus de deux ans ensemble et jamais il ne finira par comprendre ni mon humour ni ma façon de superviser les gars !

Quatre de mes gars sont en train de maîtriser une fille qui a pris un coup. Ça, c'est du normal dans le secteur. Pour une fois, je les regarde faire. Ils n'ont pas besoin de leur sergent pour la rentrer dans l'auto de police, ils font ça comme des pros. Robert me montre son pouce qui porte des marques de dents. Rien de bien dangereux, mais si ça saigne, on va à l'hôpital, c'est un peu la règle.

-La criss de folle, elle m'a mordu !

-Tu vas être correct ?

-Oui, oui !

L'auto radio repart en trombe, avec la dame qui lance des jets de pisse un peu partout sur le banc. C'est comme ça dans le secteur. De mon côté, il serait temps que j'arrête prendre un café. Ça fait déjà trois heures que je roule comme un malade. Certains soirs, c'est plus tranquille, mais là, c'est fin du mois.

Comme je m'apprête débarquer, le répartiteur me demande de me rendre au métro Papineau pour une mort suspecte. Ça urge !

Me voilà encore en course sur Sainte-Catherine malgré mes gyrophares et la sirène, on dirait que le monde n'a pas envie de se tasser. J'enfile une partie sur le trottoir, vieille mauvaise habitude que j'ai gardée. Ça fait toujours sursauter le monde, mais au moins j'avance.

Comme j'arrive au coin de Cartier, une petite dame dans sa petite bulle, décide que même avec mon arbre de Noël, c'est à elle à passer. Ça y est, je viens de lui friper l'aile. Comme je suis devant le métro, je sors et je vais vers elle.

-Vous ne m'avez pas vu ?

-J'étais sur la verte !

-Hum...

Je ne vais pas répondre, ce serait impoli ! Alors, la laisse en plan et j'entre au pas de course dans le métro. Le changeur me laisse passer en me faisant un petit signe d'amitié.

-Tes chums sont en bas !

J'imagine oui, devant le métro, il y avait deux autres voitures avec les gyrophares encore en marche.

Sur le quai, les constables sont là avec un superviseur des transports, à constater les dégâts.

-Viens voir ça sarg !

Dans la cabine arrière du dernier wagon, par la porte ouverte, je vois un corps sans tête couché par terre et une rivière de sang ressemblant un peu à un mélange de pâte tomate et de mélasse.

-Penses-tu qu'on a tiré dessus ?

Rapidement, je fais le tour visuellement de la cabine. Je me penche un peu pour regarder le corps. Mystère.

-Non, il n'a pas été tiré ! Ça aurait pris un fusil de chasse et tu aurais des trous de plomb partout.

-Alors, c'est quoi ?

-Sais pas...

Ce qui m'intrigue le plus, c'est la traînée de sang sur le tableau de bord. Je décide donc d'aller de l'autre côté. Surprise, il y a une longue traînée sang à l'extérieur du wagon. Le superviseur des transports vient me retrouver. Il me montre le sang sur le wagon.

-Il y a du monde qui ont appelé pour dire ça ! Ils étaient à Pie IX.

-Ok... Donc ça fait un bout. Il fallait qu'il ait la tête dehors !

Le superviseur attend un peu avant de continuer. Il semble un peu mal à l'aise.

-Il y a autre chose.

-Comme ?

Je le vois hésiter un peu, c'est quand même un de ses gars et il se sent responsable.

-Il y a une femme qui s'est plainte qu'un chauffeur l'a harcelée pendant une partie de son trajet.

-Et ?

-Ben, il me semble que c'est lui ! Il aurait demandé son téléphone, puis il ne l'aurait pas lâché une minute.

-C'est arrivé où ?

-Entre la station Honoré et Viau.

On se regarde tristement, le drame commence à prendre forme.

-Les poteaux sont à quelle distance des trains ?

-Cinq pieds... sauf à Viau ou c'est bien plus proche. Pas mal plus proche !

-Si tu faisais vérifier là-bas, on risque de retrouver une tête.

-Hum !

Je retourne de l'autre côté, le gars de l'identité a commencé à prendre les photos. Je lui demande quelques clichés de l'autre côté du train.

-Comme d'habitude Claude.

Les gars de la morgue arrivent sur les lieux, ils devront attendre. Si ça se confirme, c'est un stupide accident, sinon, ce sera les enquêtes criminelles qui feront le travail.

Le superviseur revient au bout de quelques longues minutes.

-Ben... On a retrouvé ce qui reste de la tête juste où sont les poteaux. Tu ne le croiras pas... Il est monté sur le tableau de bord pour se sortir la tête, la femme l'a confirmé. Il lui criait des trucs comme t'es tellement belle... on va se revoir !

-Autrement dit, il a perdu la tête pour une fille !

L'autre me regarde tristement, il n'apprécie que très modérément, mon sens de l'humour.

-Faut que j'aille prévenir le prêtre, on va aller voir sa femme. Ça ne fait pas un an qu'il est marié.

Je hausse les épaules, j'aime mieux que ce soit lui qui aille. J'ai eu mon lot de visite pour les mauvaises nouvelles. Bon, il nous reste à ramasser le corps, envoyer l'identité à l'autre métro. Pour le reste, les gars de l'entretien feront disparaître la rivière pourpre.

Denis, mon lieutenant préféré, arrive en trombe. C'est une vieille habitude qu'il n'a pas encore laissée.

-Il y a une femme dehors qui dit que tu as fait un délit de fuite et que tu t'es sauvé dans le métro !

-Elle a raison.. Tu vois bien, je me cache !

Denis me regarde comme si j'étais un extra terrestre. Nous serons plus de deux ans ensemble et jamais il ne finira par comprendre ni mon humour ni ma façon de superviser les gars ! Par chance, j'étais sur la liste pour devenir Sergent détective. J'allais le libérer bientôt.

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