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Drôle de soirée

Pour la période estivale, je reviens à mes premiers amours : Flic et confidences. De petites histoires de police.

09/09/2017 08:00 EDT | Actualisé 09/09/2017 08:00 EDT
Getty Images/iStockphoto

L'hiver est bien entamé et dehors on voit bien que les gens ont encore tendance à s'enfermer. Mes équipes se tiennent sur la Main, c'est encore l'endroit ou tout se passe dans le secteur.

Il est près de vingt-deux heures et les clubs commencent lentement à se remplir. Une de mes équipes me demande de passer au chic Montréal Pool Room. Ils croient reconnaître deux gars qui font des vols dans le secteur.

Quand j'arrive, j'ai déjà quatre flics qui m'attendent.

-Regarde Claude... Les deux gars qui mangent au bout du comptoir, on n'est pas sur, mais ils ressemblent à nos gars.

Je jette un coup d'œil rapide. Le meilleur moyen de savoir, c'est de les enquêter. Moi je vais en profiter pour prendre un café.

Je vais donc m'installer sur un des vieux stools déchirés, pendant que mes gars s'approchent des deux bonshommes. Tout à coup, ça se met à parler un peu fort et les gars se ramassent la face contre le mur tout gras du resto. Juste à mes côtés, se trouve un bonhomme qui commence à pester contre mes flics. Alors je me penche vers lui pour lui murmurer :

-T'en mêles pas, c'est des flics !

Mais, il décide quand même de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Pauvre lui, il se ramasse la face, en plein dans ce qui reste de sa pizza.

-Je viens de te dire de ne pas t'en mêler...

Notre novice, le jeune Pierre B. Il me regarde retenant l'homme par les cheveux. Il ne l'avait jamais vu celle-là !

Finalement, les deux suspects sont les bons et ils sont transportés au poste. Mon café fini, je fixe mon voisin qui essuie la sauce tomate sur son visage.

-T'es pas du coin toi !

-Non...

-Tu vois, ici c'est la jungle, alors quand on te dit, ne va pas t'en mêler, prends ça comme un conseil d'ami.

Je lui enlève un peu de sauce qu'il avait oubliée.

-Alors, salut !

Le jeune homme me regarde tout étonné. J'imagine qu'il ne va pas oublier cette affaire, pour le reste de ses jours.

Me voici dehors, il neige un peu, trois de mes gars ne restent pas très loin, en fait on ne fait que flâner un peu, c'est comme à la pêche, on laisse filer la ligne et on attend.

Tout à coup, je reconnais un gros bonhomme que j'ai rencontré il y a quelques semaines au poste. À ce moment. J'étais encore officier de poste en uniforme. Ce monstre d'imbécillité était entré au poste de police en criant :

-Tes osties de sales, m'ont donné un ticket... Les caliss de chiens !

Ça commençait mal une conversation. Je m'étais approché de lui pour lui donner le fond de ma pensée. Bon, ça ressemblait à :

-Sors d'ici, ou tu vas faire un tour de cellules.

Et l'engueulade qui s'en suivit n'arrangeait pas les choses,

Denis, mon lieutenant , était sorti de son bureau pour me sermonner bêtement, puis avait invité cette grosse merde dans son bureau, histoire de le calmer un peu. À sa sortie, l'autre m'avait envoyé chier avec beaucoup de cœur. Moi aussi d'ailleurs ! Puis, Denis m'avait fait passer à son bureau à mon tour.

-C'est un citoyen, un payeur de taxes, il a droit aux mêmes égards que - tout le monde.

-Non Denis, c'est une grosse merde, ça fait cinq fois qu'il se pointe pour se plaindre. Il fait chier tout le monde dans le secteur. Ben, pas moi !

Alors, ce soir, il est là devant moi, en pleine conversation avec une de mes amies putes, comme il ne fait pas attention à moi, j'en profite pour écouter.

-T'es juste une chienne... une salope !

Je vois bien que la jeune femme aimerait qu'il la laisse tranquille, mais pas facile de se libérer d'un couillon de cent cinquante kilos ! Tout à coup, il la pousse durement contre le mur du club et c'est là que j'interviens.

-Hey la grosse merde, ça ne te tente pas de t'en prendre à un gars de ta taille ?

L'autre me regarde, en fait il me toise. Il doit se dire, hein, un gars qui ne fait pas la moitié de ma pesanteur et qui me cherche ?

-Allez le gros boudin... Tu veux jouer aux tapes sur la gueule...

Les trois gars de mon équipe s'avancent lentement, mais je fais signe que non, pas tout de suite. Une voiture de police passe lentement, je leur fais signe de s'arrêter...

-Salut Claude !

-Salut les gars... Ho vous voulez me rendre service ? Vous voyez la grosse Lincoln blanche devant la borne-fontaine... donnez-lui un billet.

Le gros me regarde.

-Hey c'est mon char !

-Je sais !

-Mon ostie de chien, j'ai mon meilleur ami le lieutenant Denis L. au poste icitte. Tu vas perdre ta job !

-Là j'ai peur !

Tout à coup, j'allume, je ne sais pas pourquoi je n'y avais pas pensé avant.

-Les gars, mettez-moi ça en état d'arrestation immédiatement. C'est notre suspect de viol !

Bien oui... j'avais vu les plaintes, mais je n'avais pas fait la connexion. Le suspect s'attaquait aux prostituées du secteur. Il les battait puis les laissait toutes nues dans la neige.

Une fois poste, quand Denis arriva pour son quart de travail, j'irai le retrouver avec un air contrit.

-J'ai dû arrêter un bonhomme qui dit être ton grand ami, je suis vraiment désolé !

Sans attendre, Denis va aux cellules. Quand il en sort, il me regarde tout déçu. Jamais plus, il ne m'en parlera.

Et pour l'histoire, mon gros idiot ira faire quelques années de réflexion, dans un centre correctionnel. Comme quoi, s'il s'était fermé la gueule, je n'aurais peut-être jamais su ! C'est la vie...

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