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Le PLQ, un parti confisqué?

03/08/2012 11:58 EDT | Actualisé 03/10/2012 05:12 EDT
CP

Jean Charest a commencé à marteler ses lignes de campagne : « Il s'agira de faire un choix entre deux visions de société », déclarait-il mardi dernier à Sherbrooke à l'occasion de la soirée d'investiture qui le confirmait comme candidat de cette circonscription.

Pour les non-initiés cela signifie que les Québécois auront le choix entre la vision libérale et celle du Parti québécois. Or plusieurs indicateurs montrent que, sous Jean Charest, ancien ministre conservateur au fédéral, le Parti libéral du Québec est devenu depuis quelques années une succursale non officielle du parti de conservateur canadien et de son chef Stephen Harper sur le plan idéologique.

C'est donc à un glissement de la doxa libérale vers l'idéologie conservatrice qui nous sera donné en spectacle au cours des quatre prochaines semaines qui précéderont les élections du 4 septembre.

Exit les idéaux centristes, voire de centre-gauche, qui sont traditionnellement associés au parti de Jean Lesage, René Lévesque et autres Claude Castonguay, le « père de l'assurance maladie », et place à la droite déguisée.

Wedge politics

Dès qu'il a obstinément refusé de rencontrer les étudiants au début du conflit que l'on sait, pour ensuite se moquer d'eux à la conférence sur le Plan Nord, il devenait clair que la stratégie du gouvernement serait celle de la wedge issue. C'est-à-dire la politique de la pomme de discorde qui a pour objectif de diviser l'électorat sur un enjeu émotif (avortement, armes à feu, peine de mort?) et ainsi mieux stigmatiser l'Autre.

Cette façon de faire de la politique, chère aux républicains aux États-Unis et au Reform Party devenu Conservative Party au Canada, n'était pas encore véritablement entrée dans nos mœurs québécoises auparavant.

Un exemple parmi d'autres de cette stratégie de la fissure sociale est cristallisé dans le film La conquête, où l'on voit clairement comment Nicolas Sarkozy a alimenté de toutes pièces la crise des banlieues en France pour se poser en redresseur de torts.

En déclarant devant les caméras qu'il fallait « nettoyer la racaille au Kärcher », l'ancien président conservateur savait, en évoquant ainsi la jeunesse issue de l'immigration maghrébine, qu'il embraserait les cités et que cela nécessiterait ensuite une intervention musclée. Ce que l'on pourrait aussi qualifier de stratégie du pyromane pompier. Une approche très efficace auprès des personnes vulnérables ou xénophobes.

Au Québec, terreau fertile de l'anti-intellectualisme triomphant, ce sont les étudiants qui jouent à merveille le rôle de l'Autre. Eux qui - quelle aubaine! - arborent en plus un symbole rouge habilement amalgamé à l'arnacho-communisme, synonyme de chaos. Il fallait compter ensuite sur le premier ministre pour habilement entretenir le climat de confrontation, notamment par la répression, les offres dérisoires et le mépris tactique.

Il semble opportun de rappeler qu'il existe un lien direct entre Sarkozy et Charest, qui se nomme Paul Desmarais. En effet, le PDG de Power Corporation du Canada est en partie responsable du retour en politique du premier et du passage de la scène fédérale à la scène provinciale du second.

Discours

Si sa stratégie de la wedge issue emprunte au populisme de droite (elle est également fort prisée par l'extrême droite tel le Front national en France), Jean Charest puise également dans les valeurs conservatrices traditionnelles.

Déjà, mardi dernier, à son assemblée d'investiture, il employait les mots « bon père de famille » et parlait de la « juste part » que chacun des cinq enfants de sa famille devait fournir lorsqu'il était gamin, comme de rapporter son assiette à la fin du repas. Ce qui, on en conviendra, est une volonté de séduire l'électorat plus âgé par les valeurs que sont le travail et la famille. Même chose pour l'association systématique de Pauline Marois à... la rue. Un effet de sens puissant, qui n'est pas sans évoquer l'image de la femme de petite vertu dans l'inconscient collectif. Ce qui peut signifier également, pour un certain électorat, les syndicats dans la rue, le trouble, etc.

Mais cette campagne conservatrice qui s'amorce, idée « grotesque » disait le Premier ministre il y a encore quelques semaines, a véritablement commencée avec l'adoption de la Loi 78 (devenue loi 12).

Dénoncée de toutes parts, notamment par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse parce qu'elle ne respecte pas les libertés individuelles, cette loi répressive qui sert aussi à baliser les déplacements du chef du PLQ pendant l'actuelle campagne n'est certainement pas une loi libérale dans son essence, mais plutôt une loi crypto-réactionnaire que l'on peut, encore une fois, associée davantage à la droite qu'au centre.

Et si la droite joue habituellement la carte de l'identité nationale et des symboles qui rappellent l'ordre et la tradition (on n'a qu'à penser aux tableaux de la reine de Harper), Charest, qui a absolument besoin de l'électorat anglophone et allophone, ne peut instrumentaliser à son avantage lesdits symboles dans leurs déclinaisons québécoises.

Qu'à cela ne tienne, il s'emploiera, comme il a d'ailleurs commencé à le faire, à se vautrer dans la légitimité de l'État afin d'éviter le discrédit et l'opprobre inhérents à son bilan désastreux. Cet État, arbitre du bien et du mal qui transcende les luttes partisanes, en guise de vernis moral. « Je représentais la loi et l'ordre face au bruit et à la fureur de la foule assoiffée de sang », nous dira-t-il en substance entre deux recours à la prosopopée. C'est-à-dire cette figure rhétorique, cette manière de parler au nom de la personne absente, morte ou disparue. En la présente, c'est la prétendue « majorité silencieuse » qui permet de susciter un consensus en empruntant à l'alchimie de l'oracle (lire, de l'ecclésiastique), soit celui qui parle au nom de tous en sa qualité de représentant de l'universel.

Finalement, le dévoilement de trois nouveaux candidats libéraux, le 29 juillet dernier, qui sont en fait d'anciens élus de l'ADQ du raz-de-marée de 2007, vient ajouter à cette forte tendance droitiste sans compter la présence de trois policiers parmi les candidats. Law and order...

Et nous n'avons pas parlé ici, ce sera pour une prochaine fois, des politiques économiques idéologiquement de droite appliquées par le gouvernement Charest, dont celle de l'utilisateur/payeur qu'il tente tant bien que mal de faire avaliser par la population québécoise.

Qu'on se le dise une fois pour toutes : un vote pour le PLQ sera de facto un vote pour un parti confisqué par un irréductible conservateur plus sensible aux idées libertariennes qui prônent un retrait de l'État dans l'économie que de celles des interventionnistes à la Adam Smith ou John Maynard Keynes. Des grands penseurs qui ont construit les fondements du véritable libéralisme.

Vous avez dit imposture?

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