Jean Charest a commencé à marteler ses lignes de campagne : « Il s'agira de faire un choix entre deux visions de société », déclarait-il mardi dernier à Sherbrooke à l'occasion de la soirée d'investiture qui le confirmait comme candidat de cette circonscription.
Pour les non-initiés cela signifie que les Québécois auront le choix entre la vision libérale et celle du Parti québécois. Or plusieurs indicateurs montrent que, sous Jean Charest, ancien ministre conservateur au fédéral, le Parti libéral du Québec est devenu depuis quelques années une succursale non officielle du parti de conservateur canadien et de son chef Stephen Harper sur le plan idéologique.
C'est donc à un glissement de la doxa libérale vers l'idéologie conservatrice qui nous sera donné en spectacle au cours des quatre prochaines semaines qui précéderont les élections du 4 septembre.
Exit les idéaux centristes, voire de centre-gauche, qui sont traditionnellement associés au parti de Jean Lesage, René Lévesque et autres Claude Castonguay, le « père de l'assurance maladie », et place à la droite déguisée.
Wedge politics
Dès qu'il a obstinément refusé de rencontrer les étudiants au début du conflit que l'on sait, pour ensuite se moquer d'eux à la conférence sur le Plan Nord, il devenait clair que la stratégie du gouvernement serait celle de la wedge issue. C'est-à-dire la politique de la pomme de discorde qui a pour objectif de diviser l'électorat sur un enjeu émotif (avortement, armes à feu, peine de mort?) et ainsi mieux stigmatiser l'Autre.
Cette façon de faire de la politique, chère aux républicains aux États-Unis et au Reform Party devenu Conservative Party au Canada, n'était pas encore véritablement entrée dans nos mœurs québécoises auparavant.
Un exemple parmi d'autres de cette stratégie de la fissure sociale est cristallisé dans le film La conquête, où l'on voit clairement comment Nicolas Sarkozy a alimenté de toutes pièces la crise des banlieues en France pour se poser en redresseur de torts.
En déclarant devant les caméras qu'il fallait « nettoyer la racaille au Kärcher », l'ancien président conservateur savait, en évoquant ainsi la jeunesse issue de l'immigration maghrébine, qu'il embraserait les cités et que cela nécessiterait ensuite une intervention musclée. Ce que l'on pourrait aussi qualifier de stratégie du pyromane pompier. Une approche très efficace auprès des personnes vulnérables ou xénophobes.
Au Québec, terreau fertile de l'anti-intellectualisme triomphant, ce sont les étudiants qui jouent à merveille le rôle de l'Autre. Eux qui - quelle aubaine! - arborent en plus un symbole rouge habilement amalgamé à l'arnacho-communisme, synonyme de chaos. Il fallait compter ensuite sur le premier ministre pour habilement entretenir le climat de confrontation, notamment par la répression, les offres dérisoires et le mépris tactique.
Il semble opportun de rappeler qu'il existe un lien direct entre Sarkozy et Charest, qui se nomme Paul Desmarais. En effet, le PDG de Power Corporation du Canada est en partie responsable du retour en politique du premier et du passage de la scène fédérale à la scène provinciale du second.
Discours
Si sa stratégie de la wedge issue emprunte au populisme de droite (elle est également fort prisée par l'extrême droite tel le Front national en France), Jean Charest puise également dans les valeurs conservatrices traditionnelles.
Déjà, mardi dernier, à son assemblée d'investiture, il employait les mots « bon père de famille » et parlait de la « juste part » que chacun des cinq enfants de sa famille devait fournir lorsqu'il était gamin, comme de rapporter son assiette à la fin du repas. Ce qui, on en conviendra, est une volonté de séduire l'électorat plus âgé par les valeurs que sont le travail et la famille. Même chose pour l'association systématique de Pauline Marois à... la rue. Un effet de sens puissant, qui n'est pas sans évoquer l'image de la femme de petite vertu dans l'inconscient collectif. Ce qui peut signifier également, pour un certain électorat, les syndicats dans la rue, le trouble, etc.
Mais cette campagne conservatrice qui s'amorce, idée « grotesque » disait le Premier ministre il y a encore quelques semaines, a véritablement commencée avec l'adoption de la Loi 78 (devenue loi 12).
Dénoncée de toutes parts, notamment par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse parce qu'elle ne respecte pas les libertés individuelles, cette loi répressive qui sert aussi à baliser les déplacements du chef du PLQ pendant l'actuelle campagne n'est certainement pas une loi libérale dans son essence, mais plutôt une loi crypto-réactionnaire que l'on peut, encore une fois, associée davantage à la droite qu'au centre.
Et si la droite joue habituellement la carte de l'identité nationale et des symboles qui rappellent l'ordre et la tradition (on n'a qu'à penser aux tableaux de la reine de Harper), Charest, qui a absolument besoin de l'électorat anglophone et allophone, ne peut instrumentaliser à son avantage lesdits symboles dans leurs déclinaisons québécoises.
Qu'à cela ne tienne, il s'emploiera, comme il a d'ailleurs commencé à le faire, à se vautrer dans la légitimité de l'État afin d'éviter le discrédit et l'opprobre inhérents à son bilan désastreux. Cet État, arbitre du bien et du mal qui transcende les luttes partisanes, en guise de vernis moral. « Je représentais la loi et l'ordre face au bruit et à la fureur de la foule assoiffée de sang », nous dira-t-il en substance entre deux recours à la prosopopée. C'est-à-dire cette figure rhétorique, cette manière de parler au nom de la personne absente, morte ou disparue. En la présente, c'est la prétendue « majorité silencieuse » qui permet de susciter un consensus en empruntant à l'alchimie de l'oracle (lire, de l'ecclésiastique), soit celui qui parle au nom de tous en sa qualité de représentant de l'universel.
Finalement, le dévoilement de trois nouveaux candidats libéraux, le 29 juillet dernier, qui sont en fait d'anciens élus de l'ADQ du raz-de-marée de 2007, vient ajouter à cette forte tendance droitiste sans compter la présence de trois policiers parmi les candidats. Law and order...
Et nous n'avons pas parlé ici, ce sera pour une prochaine fois, des politiques économiques idéologiquement de droite appliquées par le gouvernement Charest, dont celle de l'utilisateur/payeur qu'il tente tant bien que mal de faire avaliser par la population québécoise.
Qu'on se le dise une fois pour toutes : un vote pour le PLQ sera de facto un vote pour un parti confisqué par un irréductible conservateur plus sensible aux idées libertariennes qui prônent un retrait de l'État dans l'économie que de celles des interventionnistes à la Adam Smith ou John Maynard Keynes. Des grands penseurs qui ont construit les fondements du véritable libéralisme.
Vous avez dit imposture?
Francine Pelletier: Les chefs et leur style
http://www.ledevoir.com/politique/elections-2012/356606/charest-et-legault-sur-les-traces-de-harper?fb_action_ids=10151167526333086&fb_action_types=og.recommends&fb_source=other_multiline&action_object_map=%7B%2210151167526333086%22%3A10151090923900742%7D&action_type_map=%7B%2210151167526333086%22%3A%22og.recommends%22%7D&action_ref_map=[]
Une fois que les mentalités se sont habitués à ce climat de dénigrement processus de ressentiment chacun peut y aller de ses récriminations contre l'Autre. Nous avons une belle équipe (maire + radio) à Québec pour détester Montréal et n'avoir de cesse de faire monter les enchères en exigeant toujours plus de bébelles ou en dénonçant la dépravation et le laxisme qui règne dans la métropole.
Le citoyen en région finit par croire que c'est dangereux de visiter Montréal. En faisant ainsi le PLQ s'assure d'une clientèle plus large en région traditionnellement plus réticente à appuyer le PLQ
Il aura fallu la crise étudiante pour que le PQ sorte (un peu) du paradigme de "Québec Inc." Je comprend que votre texte était centré sur l'évolution du parti libéral provincial, mais il faut se rappeler que cette évolution s'inscrit dans un mouvement plus large qui a vu la création de l'ADQ-CAQ et le glissement vers la droite du PQ.
Quant à ceux qui disent que Charest n'est pas un "vrai" conservateur parce qu'il a augmenté le déficit sans vraiment réduire l'importance de l'appareil d'État, je leur rappelle que les conservateurs de Harper nous ont donné nos plus gros déficits de l'histoire, notamment parce qu'ils ont réduit les revenus du gouvernement par leurs généreuses baisses d'impôt pour les plus riches et les corporations. Tandis qu'au États-Unis, ils ont réussi à mettre l'économie américaine quasiment à genoux par une augmentation sans précédent des dépenses militaires couplées à des baisses d'impôts pour les plus riches qui ont amputé le budget américain de milliers de milliards de dollars.
La crise étudiante actuelle me laisse bien songeur. C'est plutôt difficile de comprendre comment un groupe de notre société en arrive à faire autant de «troubles et dégâts» pour une simple augmentation de tarifs qui de toutes façons doivent l'être comme bien d'autres services gouvernementaux. Qu'est-ce qu'il y a en dessous de ce dossier? Qui sont aussi derrières les étudiants pour les pousser à autant de désobéissance?
L'avenir au Québec et du Québec commence à faire peur et on arrive pas voir poindre à l'horizon des gens forts qui pourraient remettre le Québec dans un meilleur état de fonctionnement comme on le ferait pour un véhicule d'un certain âge qui aurait besoin d'une bonne mise au point.
Gilles Pelletier, Québec
Dans ce cas...
Pouvez-vous expliquer pourquoi les libéraux de Charest ont augmenté la pauvreté des Québécois de 2,4 $ milliards l'an, par l'augmentation de la TVQ de 2 %, de 7.5% à 9.5% ?...
Au lieu d'augmenter l'épargne des Québécois de 2,4 $ milliards, comme l'a fait Stephen Harper en baissant la TPS de 2 %, de 7% à 5%.
Est-ce ça, la succursale du PCC ?
SP
C'est tout de même gentil de nous dire quel est le pékiste qui vous a convaincu du contraire de la réalité. Alias « dredesch ».
Voici un bout de citation très intéressante…
« les conservateurs de Harper nous ont donné nos plus gros déficits de l'histoire, notamment parce qu'ils ont réduit les revenus du gouvernement par leurs généreuses baisses d'impôt pour les plus riches et les corporations. «dredesch» »
Ce qui est étonnant ici, c'est qu'il ne fait pas la démonstration que les revenus du gouvernement Harper ont baissés, à cause des baisses d'impôt pour les plus riches et de combien. Une arnaque typique des socialistes du PQ.
Mais le plus étonnant, est que... Charest et les libéraux ont fait exactement le contraire de Harper et du PCC. Hé oui !... Ils n'ont pas accordé de baisses d'impôt aux riches et aux corporations. Ils ont plutôt augmenté les revenus de la taxe de vente de 2,4 G$ l'an et les revenus d'une nouvelle taxe santé de 1,1 $ l'an.
Pourtant... Charest et les libéraux sont incapables de résorber le déficit budgétaire du Québec de 3,3 G$ l'an et plus, malgré toutes les hausses imposées, depuis 2008. Curieux, non ?...
SP
Éloquent, bien informé et intéressant.
Bravo et surtout, encore !
Et pour donner une idée a quelque point Charest ne se situe pas du tout au centre droit mais bien au centre gauche, la fonction publique sous sa gouverne est passé de 512,00 fonctionnaires a quelques 560,000….
Je déteste le Parti Libéral provincial et tous ses agissements.
"...sous Jean Charest, ancien ministre conservateur au fédéral, le Parti libéral du Québec est devenu depuis quelques années une succursale non officielle du parti de conservateur canadien et de son chef Stephen Harper sur le plan idéologique."
Ceci sont de pures conneries. Le parti Libéral est un horrible parti; le comparer aux conservateur serait de la pure folie.
pas Charest, Il a reculé sur l'essentiel c.a.d, la diminution de la taille de l'état. La hausse des frais de scolarité. L'abolition du no fault , la reingénérie de l'état. liste est est enre plus longue.
Lorsque vous mentionnez le lien qui existe entre Sarkozy et Charest, à savoir le PDG de Power Corp, j'aimerais ajouter à votre brochette le tandem Sirois-Legault.
Je n'ai jamais eu d'intérêt pour les Libéraux, mais je pense qu'il est pertinent de mentionner qu'il existe toujours au sein de ce parti un joyau oublié qui pourrait redonner au PLQ ses lettres de noblesse, en les éloignant de la dérive conservatrice de Charest. J'ai nommé Pierre Paradis. Mine de rien, cet homme n'a jamais cessé de croire aux valeurs libérales, ce qui lui a valu d'être relégué à l'arrière-banc par le chef conservateur. C'est regrettable, car je me souviens de lui comme d'un excellent Ministre de l'environnement. S'il succédait à Charest, il serait un adversaire politique redoutable, car il a la sympathie de la population, y compris la mienne, même si je fais partie du camp adverse.
- Les Péquistes comme une assembles de cuisine, avec tout ce que celas comporte. J'aime les party de cuisine, tout le monde peut s'exprimer.
Quand on est la marionnette de tout le monde, on est la marionnette de personne.
Le libéralisme n'est pas connu, Charest est habile avec ces dangereux glissement sémantiques.
Les Québecois semble bien un petit peuple quand il exprime aussi bien son manque d'éducation-
La polarisation que le PLQ fait avec son slogan est des plus abominables- L'électorat libérale est interpellé avec les vieux classiques la peur, l'ignorance mais plus que jamais, la désinformation.
Dans le royaume des aveugles, les borgnes sont rois.
On le lit si bien dans les commentaires :)
Chapeau Mr André
Il y a t-il une déclaration de Harper sur ces évenement d'alleurs?
Les silences, qq fois, en dise bien long