Claude Andre

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État critique

Publication: 09/05/2012 00:00

On ne peut porter un jugement sur le travail des autres sans qu'il en coûte.

Récemment, je relisais une entrevue que j'ai réalisée en 2000 avec Serge Robert alias Mononc' Serge. Un ex Coloc's qui n'y a pas toujours été avec «le dos de la main morte» en matière de critique sociale pour reprendre un perronisme.

Monon'c me rappelait à l'époque ce qu'un critique, l'excellent Sylvain Cormier, a un jour écrit dans Le Devoir au sujet de Luc Plamondon : «Au fond, le seul talent de Luc Plamondon c'est de s'entourer de gens qui, eux, en ont !».

Puis, le timide fort en gueule poursuivait : «Imagine, il voulait poursuivre le journal. Je pense que n'importe quel critique a le droit de dire que quelqu'un fait des mauvais textes. Plein de gens pensent la même chose des miens. Chaque auditeur est un critique au fond de lui-même. On aime ou pas et on tente de comprendre pourquoi.»

Hélas, malgré la mondanité apparente des choses, le critique, comme le syndicaliste ou le politicien doit apprendre à vivre dans l'adversité et l'ingratitude permanente. Voire la haine parfois : « La critique, c'est le bagne à perpétuité » disait Aragon...

Au nom de quelle légitimité? De quelle justice immanente ont-ils le droit de se prononcer, d'oser déclamer une sentence sur le travail d'un artiste? Voilà le sempiternel reproche.

Mais, paradoxalement, aucune requête n'a jamais, à ce jour, été formulée dans le cas contraire.

Z'avez déjà vu un artiste geindre à l'endroit d'une critique trop élogieuse même injustifiée?

Humilité?

J'ai eu le privilège de rencontrer des artistes qui portaient un jugement plus sévère à l'égard de leur dernière œuvre que ne l'avait été la critique.

Mais cela demande de l'humilité et du courage. De la foi en sa destinée, oserai-je dire si je n'avais pas croisé ces pauvres malheureux qui attendent un destin qui, hélas, ne sera jamais le leur.

Vous savez, ces éternelles victimes qui s'inventent des complots. Ces incompris qui râlent contre les journaleux, ceux-là mêmes qui n'accorderont une quelconque crédibilité aux critiques que le jour où ces derniers parleront d'eux et, par le fait même, leur accorderont une existence médiatique.

Et encore, l'article se devra d'être élogieux, il va sans dire. Voyez-vous, c'est parfois pénible de porter la destruction d'une chimère. Heureusement, il y a aussi des gens touchés par la grâce. Ceux dont les critiqueux ont envie de parler. Ces artistes sur lesquelles sont fondés tant d'espoirs. Ceux-là, pas de quartier. Car un commentaire qui semble assassin à court terme peut, malgré les larmes et les remises en question, s'avérer être l'élément catalyseur à plus longue échéance.

Légitimité?

Et la légitimité dans tout ça, dites- vous?

Une seule : la passion. Véhémente. «Une honnêteté critique n'a pas de sens ; ce qu'il faut, c'est la passion sans contrainte, feu pour feu », l'a si justement balancé l'écrivain Henry Miller.

Il n'y a pas de codes. De règles. Nous connaissons tous des chanteurs qui faussent, d'autres qui balbutient. Des films tout croches et pourtant formidoubles. La question n'est pas là. Nous parlent-ils?

Voilà ce qui importe.

D'ailleurs, au fil des ans les critiques et ce, sans consultation et malgré leurs différences, énoncent la plupart du temps un propos similaire à l'égard des œuvres -hormis les spectacles - auxquelles ils s'attardent.

Mais de quel droit, dites-vous encore, ont-ils la légitimité de porter un jugement sur un métier qu'ils n'exercent pas?

On pourrait causer de démocratie, de liberté d'expression. Dire qu'ils sont les derniers remparts à la pensée unique, mais nous ne retiendrons que ce superbe mot de l'italien Max Favarelli qui un jour répondit à un jeune auteur qui s'étonnait de le voir chaque semaine juger les pièces des autres alors que lui n'en avait jamais écrit une seule :

«Mon jeune ami, je n'ai jamais non plus pondu un œuf de ma vie. Et pourtant je m'estime mieux qualifié qu'une poule pour juger de la qualité d'une omelette ! »

 
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