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Le <em>bashing </em>du mâle québécois: ça suffit!

06/08/2013 01:02 EDT | Actualisé 01/01/2014 01:01 EST

Attention, mesdames et messieurs, un grave danger nous guette! Al Qaïda? Oui, mais non. Gabriel Nadeau-Dubois? Vous êtes à côté de la track. Les syndicats alors? Mais non, ça c'est pour la clique populiste à Duhaime. Non, mesdames, messieurs, j'ai nommé les sifflements des gars de la construction! On ne rit plus.

Une journaliste publiait la semaine dernière dans Urbania un billet qui a fait pas mal de bruit et dans lequel elle stipulait qu'elle ne peut plus porter sa «petite robe blanche» de crainte de se «faire violer du regard (avec la langue qui sort un peu de la bouche)» ou de recevoir des compliments déplacés, qui ont pour effet de scraper sa journée!

Qu'une journaliste confonde sa petite émotion et l'intérêt public n'a rien de grave en soi. C'est même devenu une marque de commerce dans certains cas. Mais que la radio d'État saisisse l'occasion pour demander ensuite, dans une formule table ronde, quelle est la frontière entre le harcèlement et le compliment a de quoi laisser pantois (ou «pantoite», si vous êtes Line Beauchamp).

Moi, si je puis me permettre ma petite émotion personnelle, je ne décolère pas depuis que j'ai lu ce billet provocateur (good job, Judith). Ras le pompon de tout ce mépris à l'endroit du mâle québécois. Y'a basta!

Amalgame abusif

Dénoncer les propos d'un dinosaure comme Guy Fournier - qui avait commis quelques jours plus tôt un texte antédiluvien au sujet de la jupe de Pénélope McQuade - et les sifflements de quelques douchebags sur les chantiers de construction, sans préciser qu'il s'agit de cas isolés, était déjà malhonnête.

Mais parler aussi de «viol du regard», ce n'est plus seulement du mépris, mais, comme dirait Bourdieu, de la violence symbolique. D'abord, on fait ça comment un viol du regard? N'y a-t-il pas simplement moyen de tourner le dos quand une personne vous scrute trop longtemps? La femme possède le pouvoir d'ignorer le regard qui lui déplait: la femme violée n'a pas ce pouvoir.

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Parler de «viol du regard», c'est non seulement faire preuve d'un manque total d'empathie envers les femmes qui se sont vraiment faites violer, elles qui ne pouvaient pas se détourner de leurs agresseurs, mais aussi d'un mépris total à l'égard des hommes québécois en général puisque, par un amalgame cognitif abusif, on les associe tous à des violeurs potentiels.

Déjà que les hommes de ma génération étaient parfois perçus comme des assassins possibles, après les événements de Polytechnique commis par un meurtrier nommé Marc Lépine, faudrait pas non plus que l'on fasse maintenant des Québécois des éventuels violeurs en puissance parce qu'ils répondent - parfois maladroitement, je n'en disconviens pas -, à une impulsion séductrice. Impulsion qui est aussi le moteur de l'humanité et la base des rapports de séduction.

Varger sur les hommes

Oui, il existe des problèmes de harcèlement sur les lieux de travail et oui, il existe encore, triple hélas, de la violence commise par certains hommes à l'endroit de femmes. Mais il faudrait faire la part des choses. Moi, si mes copines ont vécu du harcèlement de la part d'employeurs, il ne s'en trouve encore aucune dans mon entourage pour se plaindre de la chose dans les lieux publics du Québec.

Mais c'est bien connu, on peut varger sur les hommes d'ici à coup de 2 par 4 et ça va toujours passer!

On n'a qu'à regarder les pubs: Hôtels Jaro, Desjardins (la protection sur mesure), Les Fromages d'ici ou les téléromans, comme Virginie et les Invincibles pour ne nommer que ceux-là.

Alors que je demandais sur Facebook si les hommes québécois étaient représentés comme des cons finis à la télé et dans la pub au Québec, la publicitaire Geneviève Jannelle répondait: «En tant que publicitaire, je peux te dire deux choses à ce sujet qu'on appelle le syndrome de l'homme cornichon. D'abord qu'au Québec, en publicité, on n'a le droit de rire de personne, sauf de l'homme blanc d'âge moyen. Ça complique drôlement les tentatives d'humour. Ensuite, on ne peut pas rire des femmes, ni des ainés, ni des handicapés, ni des minorités ethniques... Alors, on prend ce qu'il reste». Puis elle ajoutait: « La publicité n'invente rien, elle récupère. Si l'homme est dépeint un peu en niaiseux en pub, c'est parce qu'ailleurs c'est déjà le cas. Je te renvoie aux Invincibles, entre autres, où tous les personnages étaient des loosers finis. Ça se reflète dans la pub, cette situation. En ce moment, tout le monde en parle: l'homme ne sait plus sur quel pied danser: il est soit macho ou mou et dominé par la femme...»

On me rétorquera que l'image des femmes en publicité n'est guère plus édifiante. Je suis entièrement d'accord. Mais si la pub peut encore véhiculer l'idée que les femmes sont des objets sexuels, la parole autorisée publiquement ne le permet plus et c'est fort heureux. Cependant, il est encore permis de casser des kilos de sucre (pub et paroles) à l'endroit des hommes sur la place publique et cela semble même encouragé.

Dans une société en perte de repères qui a trop longtemps affiché un des plus hauts taux de suicide au monde, et dont 80 % sont encore commis par des hommes, il serait peut-être temps de revaloriser l'image de l'homo quebecensis plutôt que de tenter de le disqualifier en le taxant de masculiniste.

Je compatis évidemment avec les femmes victimes de violence ou de harcèlement, mais, comme bien d'autres, j'en ai plus que marre de me sentir comme si j'étais un Allemand qui doit répondre des crimes de ses grands-parents ou de l'extrême-droite.

Et ce n'est pas non plus en balançant des sornettes sur le Net du genre «les compliments mènent au viol» et en créant des faux débats que l'on changera positivement le cours des choses. Bien au contraire.

MISE AU POINT

Je crois avoir touché une corde sensible qui me dépasse. Je ne suis porte-parole d'aucun mouvement Je ne parle qu'en mon nom. Soulever un problème ne veut pas dire vouloir occulter les autres. Je demeure un progressiste et j'appuie fermement le mouvement féministe qui a fait, je crois, de moi et de nombreux de mes amis, des hommes meilleurs. Évitons les amalgames manichéens. Merci.


Écouter l'entrevue de Claude André sur Radio-Mauricie

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