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Pour qui travaille Régine Laurent?

Quelle surprise de lire la présidente sortante de la FIQ enjoindre le mouvement syndical de cesser de recourir à la grève comme moyen de pression.

12/11/2017 08:00 EST
La Presse canadienne
Régine Laurent, la présidente sortante de la FIQ.

Quelle surprise de lire la présidente sortante de la FIQ (Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec) enjoindre le mouvement syndical de cesser de recourir à la grève comme moyen de pression. Un tel discours venant d'une ancienne leader syndicale n'est pas anodin, surtout à l'aune de son départ pour d'autres horizons professionnels. Quand on voit le premier ministre encenser ces propos, on peut se demander à qui sert ce discours.

On ne fait pas la grève pour être populaire

Exercer le droit de grève (lié intimement au droit de négocier collectivement ses conditions de travail) n'est pas quelque chose que les travailleuses et les travailleurs font à la légère. Régine Laurent le sait, puisqu'elle admet avoir elle-même participé à deux grèves au cours de sa carrière syndicale.

Pour les infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes, la grève n'est pas un jeu.

Pour les infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes, la grève n'est pas un jeu. Il s'agit d'un moyen de créer un rapport de force et faire pression sur son employeur afin de faire avancer la négociation. Avec un ministre aussi intransigeant et opiniâtre que Gaétan Barrette et un gouvernement aussi pingre que celui de Philippe Couillard, il serait impossible d'obtenir des résultats autrement.

La population est assez intelligente pour faire la part des choses

Lors de la dernière ronde de négociations du secteur public, les membres du Front commun ont exercé leur droit de grève. Or, cela ne s'est pas fait automatiquement. Cette décision a été mûrement réfléchie par les membres en tenant compte du contexte de la négociation. Et savez-vous quoi? La population appuyait ces moyens de pression, parce qu'elle savait que les demandes des travailleuses et des travailleurs des services publics étaient légitimes. Les Québécoises et les Québécois savaient que ces demandes affectaient directement la qualité des services qui leur sont offerts.

Et c'est ce qu'on peut observer partout au Québec lorsqu'il y a des conflits de travail, tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Par ailleurs, j'aimerais rappeler à la collègue syndicaliste que l'écrasante majorité des renouvellements de conventions collectives au Québec se font sans que les travailleuses et les travailleurs exercent leur droit de grève. La plupart des conflits de travail (à l'exception des grèves du secteur public et de la construction) entraînant des pertes de jours de travail, lors des dernières années, furent des lockouts décrétés par des employeurs qui ne souhaitaient pas réellement négocier avec leurs employés.

La grève au cœur de l'action syndicale

Les gains que les travailleuses et les travailleurs du Québec ont faits depuis toujours sont intimement liés à la grève. De Madeleine Parent à Louise Chabot, les leaders syndicaux ont compris que les employeurs n'ont jamais fait de cadeaux à leurs salariés. Ils ne leur accorderont pas de meilleures conditions de travail par magie. Aux tables de négociation, il arrive trop souvent que nos employeurs manquent d'écoute.

Dans à peine trois ans, les travailleuses et les travailleurs de la santé et de l'ensemble du secteur public seront à nouveau en négociation et il importe de rappeler que de tout temps, pour gagner, il a fallu lutter. Un conflit de travail, ce n'est pas un concours de popularité.

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