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Commotions cérébrales dans la LNH: entre vulnérabilité et ignorance

26/03/2014 01:11 EDT | Actualisé 25/05/2014 05:12 EDT

Les crises de demain résultent toujours des ignorances d'aujourd'hui. Et si cela était le cas pour la LNH ? Après les conclusions de la dernière réunion des directeurs généraux il y a près de 10 jours, la question mérite d'être posée. Sur le dossier des commotions cérébrales, Gary Bettman a fait une annonce laconique sur la baisse de leur nombre en précisant toutefois qu'il ne livrerait pas les chiffres. Si cette tendance était réelle, ce serait une première depuis de longues années et le commissaire devrait s'empresser d'apporter des données pertinentes.

Ce déclin peut cependant difficilement être attribué à des mesures particulières. Des études scientifiques montrent non seulement que le nombre de commotions continue d'augmenter, mais aussi que la réglementation sur les coups à la tête n'a eu aucun effet de décroissance.

Inadéquation des mesures de sécurité, menace d'un recours collectif, enjeux financiers, propos rassurants de la LNH, autant d'arguments en faveur d'une possible crise. En réalité si nous n'y sommes pas encore, les ingrédients sont pourtant en place tant une crise se construit sur deux processus qui dans ce cas sont plutôt remarquables: un processus d'accumulation de vulnérabilités associé à un processus d'ignorance par lequel les vulnérabilités sont minimisées jusqu'à l'irruption de la crise.

Personne ne peut nier que les commotions cérébrales sont devenues un phénomène préoccupant dans la LNH. D'une part leur nombre ne cesse d'augmenter. Une étude publiée en 2011 par des médecins de l'Université de Calgary évalue leur nombre dans la LNH à 559 entre 1997 et 2004 et cette tendance ne date pas d'hier. D'autre part des menaces financières pèsent sur les joueurs et la ligue. Une étude du Docteur Camisano du St Michael Hospital de Toronto estime les pertes à 43 millions de dollars en salaire. Les commanditaires font pression sur la LNH pour corriger le problème et les compagnies d'assurance expriment des résistances à couvrir les pertes de salaire si des mesures ne sont pas prises pour réduire ce risque. Sans présager du montant d'un recours collectif, les conséquences sanitaires à long terme des commotions sont aussi réelles : dépression, tentative de suicide, etc. Quant aux futures générations de joueurs, la ligue devrait se questionner sur la proportion des parents qui découragent leurs enfants d'aller jouer au hockey (31%).

Pourtant les réactions de la LNH sont encore très en deçà de la situation. Nombreux sont ceux qui lui reprochent de ne pas suffisamment en faire pour protéger les joueurs. Mais savoir n'est pas forcément agir et la connaissance des signes avant-coureurs d'un déséquilibre n'entraîne pas forcément leur correction. Lorsqu'une organisation laisse des vulnérabilités s'accumuler ainsi, c'est qu'une forme d'ignorance leur permet de s'installer.

La première ignorance consiste à attribuer un déséquilibre dérangeant à une source extérieure sur laquelle on n'a peu de contrôle. Par exemple le règlement 48 sur l'interdiction des coups à la tête laisse une large part à l'interprétation des arbitres. La LNH continue de dire que la grande majorité des commotions ne sont pas le fait de coups illégaux et laisse ainsi la responsabilité aux arbitres des troubles à la tête occasionnés lors des contacts violents dont ils sont seuls juges. La deuxième ignorance consiste à rationaliser une aberration en trouvant les arguments qui la rendent normale. Le raisonnement selon lequel le jeu physique et la violence sont des arguments de vente pour le hockey, et donc des inducteurs de revenu, relève d'une telle logique. En cherchant à associer à ces comportements un profit économique, on rationalise un jeu violent et des combats organisés tout en favorisant la probabilité de commotions dont on sait que plusieurs d'entre elles sont liées à ces pratiques. On comprend alors que la LNH soit contre toute restriction sur les contacts agressifs des joueurs. Dernier mécanisme, lorsque les données sur les fragilités deviennent si prégnantes que les raisonnements précédents n'y résistent plus, il reste le déni de réalité. La déclaration du commissaire sur le déclin des commotions pourrait peut-être faire partie de ce jeu-là. Mais en l'absence de statistique officielle fournie par la LNH, elle reste en dehors de toute suspicion sur cet aspect du problème.

Dans ces conditions, y aura-t-il une crise à la LNH ? Difficile à prédire. Le terrain est devenu fragile cependant et l'ignorance ne couvre les vulnérabilités que pendant un temps seulement. Il faut attendre un événement particulier pour mettre soudainement le feu aux poudres et dévoiler l'ampleur du problème. Peut-être l'intervention d'un joueur star qui se rangerait du côté du recours collectif ?

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