Christophe Bagot

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Christophe Bagot
 

Le paradoxe de l'émotion au travail

Publication: 27/06/2013 11:00

Les émotions gouvernent le monde mais l'entreprise veut se convaincre qu'elles n'existent pas. C'est seulement du bout des lèvres que les responsables RH en reconnurent l'existence par l'émergence de la notion d'"intelligence émotionnelle". L'intelligence rationnelle se mesurait grâce au QI, on évaluera donc l'intelligence émotionnelle grâce au QE. Ce quotient est actuellement doté de toutes les vertus, un score élevé donnant la promesse d'une belle carrière. Cette inflexion sera-t-elle suffisante pour voir nos dirigeants changer leur style managérial ? On peut en douter : les épreuves d'intégration de leurs écoles y restent insensibles : les énarques de demain garderont leur froideur rationnelle.

Le monde du travail demande au salarié de domestiquer ses émotions selon des exigences paradoxales. Tout en les "contrôlant", il doit disposer d'une sensibilité intuitive assez aiguë pour le guider dans ses relations sociales et ses décisions (définition de l'intelligence émotionnelle). Mais comment allier l'impassibilité du légionnaire à la sensibilité de l'artiste ?

Dans le quotidien des entreprises mieux vaut être impassible : laisser transparaître une émotion est interprété comme un signe de faiblesse. D'ailleurs le "quotient émotionnel" se focalise sur les émotions "utiles". La colère, la frustration, la tristesse ou la peur restent officiellement bannies du monde des affaires. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer les réactions étonnées des directions devant les violences de salariés licenciés : comment osent-ils ?!

Les conséquences de ce blindage émotionnel sont aussi bien psychologiques (pics d'anxiété et déprimes), que comportementales (tabagisme et autres dépendances) ou physiques (impact cardiaque, digestif etc...). Au quotidien, le salarié se protège en étant moins impliqué et sa productivité s'émousse.

Alors, comment résoudre ce paradoxe aussi dommageable pour le salarié que pour l'entreprise ? Voici quelques pistes de réflexion...

  1. Intégrer une épreuve artistique à fort coefficient pour l'admission aux écoles d'ingénieurs ou de commerce. Quand verra-t-on un concours de poésie pour l'admission à l'école Polytechnique ?

  2. Considérer l'émotion et son expression comme un signe de santé. Créer des moments de partage de l'émotion en entreprise pour établir des liens relationnels de qualité. Laissons l'art rentrer au bureau, les départements comptabilité et marketing s'extasier sur la même musique !

  3. Créer une culture d'entreprise permettant à chacun d'exprimer aussi ses émotions négatives. Elles sont douées d'une grande force créatrice : c'est la tristesse éperdue d'un souverain moghol qui nous a valu le Taj Mahal.

"Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don". Comme cet excellent violoniste que fut Albert Einstein, n'oublions pas que c'est dans le mental émotionnel que résident les sources du dynamisme et de la créativité!

AUSSI SUR LE HUFFPOST:

Loading Slideshow...
  • 1. La faim

    À moins de travailler dans la restauration, il est probable que vous ayez des fringales au bureau. Or, manger est une source de distraction majeure. Les collations entraînent l’accoutumance et sont l’équivalent comestible des réseaux sociaux. Bien entendu, il faut manger pour vivre, mais vous n’avez aucune raison d’emplir vos bajoues comme des écureuils à l’approche de l’hiver dans le seul but de rompre la monotonie. Il se peut que votre tendance au grignotage soit directement proportionnelle à votre niveau de stress. Dans ce cas, consommez des aliments sains qui ont un effet relaxant. Les amandes, les bleuets, le cantaloup et les crudités vous calmeront les nerfs en plus de couper votre faim.

  • 2. Les amis

    Nous aimons tous être contactés à l’improviste par un ou une amie. N’est-il pas agréable de recevoir un texto disant: «On prend l’apéro à cinq heures?» Mais attention de ne pas utiliser ce prétexte pour perdre du temps en bavardage ou en clavardage inutile. Dites-vous qu’il n’est pas nécessaire de répondre sur-le-champ. Vous ne deviendrez pas une mauvaise fréquentation parce que vous avez attendu la fin de la réunion pour lire un long courriel ou rendre un appel. Vous pouvez tout simplement accuser réception du message puis continuer de vaquer à vos occupations. S’il y a urgence, on vous le fera savoir. Et si jamais vous devez refuser une invitation, vous aurez toujours l’occasion de vous reprendre.

  • 3. Les problèmes affectifs

    Fréquenter l’élu(e) de son cœur n’est pas toujours facile. Nous souhaitons tous vivre avec une princesse ou un prince charmant; or cela implique d’accepter tous ses défauts. Si cette dure réalité vous rattrape, dites-vous que vous n’êtes pas la seule personne dans cette situation. Hé oui: même les gens vivant en couple stable depuis plusieurs années peuvent être irrités par celui ou celle qu’ils retrouveront à la maison le soir venu. Si vos tracas sentimentaux vous déconcentrent, profitez de la pause du midi pour vider votre sac et rire des manies de votre tendre moitié en compagnie d’un ou une collègue. Partager vos frustrations et faire preuve de compassion mutuelle est une excellente thérapie à condition de ne pas en abuser.

  • 4. Les vacances

    «Quand vais-je enfin déguerpir?» est le genre de question qui revient hanter périodiquement les travailleurs. Partir en vacances dans une autre ville ou sur un autre continent est une excellente idée. Cependant, cette idée peut mener à une perte de concentration. Qu’un voyage soit prévu ou non n’y change absolument rien; que l’on adore ou déteste son travail non plus. Autrement dit, l’envie d’avoir du temps libre correspond à un besoin fondamental. Pour réconcilier votre vie professionnelle et vos désirs d’évasion, faites comme moi et fixez-vous un objectif. Accumuler des heures supplémentaires équivaut à mettre du temps en banque. Un travail bien fait maintenant vous vaudra des vacances bien méritées plus tard

  • 5. Les questions existentielles (et autres monologues intérieurs qui nous font douter de nous-mêmes)

    Traitez-moi d’adolescent attardé si vous voulez, mais le fait est que JE VEUX TOUT, TOUT DE SUITE ! Je souhaite avoir une vie excitante et enrichissante sur le plan humain. Je veux que mon emploi soit une source de valorisation constante et me fasse devenir riche comme Crésus sans jamais être monotone. Nul besoin d’un QI élevé pour vous rendre compte que cette affirmation est une sottise. Dans la vraie vie, le succès requiert un travail assidu. Les gens que l’on voit en page couverture des magazines ont passé plus de temps à travailler qu’à échafauder des scénarios irréalistes. Rêver en couleurs mène à une certaine paresse et à l’illusion que l’on mérite quelque chose sans l’avoir dûment gagné. Pour connaître le succès professionnel, concentrez-vous sur votre travail une journée à la fois, sans vous inquiéter de ce qui arrivera demain ou l’an prochain. Puis interrogez des parents ou des amis qui ont réussi, afin de tirer de leurs expériences des leçons qui pourront contribuer à votre bonheur. Le temps passe vite et le changement sera toujours au rendez-vous. Alors rien ne sert de broyer du noir si votre emploi actuel ne vous convient pas. Faites de votre mieux et travaillez fort de manière à pouvoir accueillir les bienfaits du changement au moment opportun.

 

Suivre Christophe Bagot sur Twitter: www.twitter.com/drbagot

Suivre Le HuffPost Québec