Christine Kelly

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De la responsabilité journalistique en temps de crise

Publication: 17/05/2013 22:58

"Our republic and its press will rise or fall together" Joseph Pulitzer.

Je m'exprime aujourd'hui en tant que journaliste sur l'évolution récente de notre profession. Exercer le journalisme et assurer la liberté de l'information n'est jamais aussi vital pour une démocratie que lorsqu'elle est secouée par la crise. L'incertitude économique, le chômage qui explose, et le populisme qui rôde sont autant de raisons d'informer au mieux les concitoyens.

Être ou paraître journaliste?

La puissance du journaliste se déploie à travers son devoir d'informer. Informer avant tout. Ne pas céder aux pressions externes de toutes sortes, c'est ne pas se laisser barrer le chemin, de la vérité. En tant que journaliste, cela n'a pas toujours été facile à appliquer. Rapidité devait rimer avec précaution, information devait rimer avec méfiance, et immédiateté résonnait parfois avec erreur. L'avenir me donnant parfois tort. Ma vérité du moment n'était pas toujours la vérité. Le temps m'a souvent permis d'éviter des pièges, le temps d'écrire un livre, d'enquêter, mais l'information est en plusieurs temps. Et on n'a pas toujours le temps. Est-il possible alors d'informer avec précision et rigueur, sans céder aux sirènes du buzz? Sans céder aux sirènes de l'instantanéité et plus précisément de ses travers? Aujourd'hui, tout média fait de l'info en continu. Radio, télé, presse hebdomadaire, quotidienne, grâce à leur site Internet et bien sûr les réseaux sociaux comme twitter.

Crise et devoir envers nos concitoyens

Les grands maîtres du journalisme ont pour la plupart privilégié la réflexion et l'enquête à l'air du temps et au gout du sang. Mais aujourd'hui beaucoup d'articles ou reportages semblent être en compétition avec les tweets. De longs tweets. Quand une crise d'une telle gravité touche un pays ne serait-il pas capital que tous fassent des efforts pour assurer le bien commun? N'est-ce pas le moment de s'assurer encore plus de la qualité de ce qui est diffusé? Le raccourci, la rumeur, l'anathème, voire le mensonge parfois en de tels temps peuvent avoir des conséquences imprévisibles. Qu'il s'agisse d'un individu ou d'une institution, ceux qui sont exposés se retrouvent immédiatement plongés dans un tourbillon. Tourbillon aux résonances décuplées depuis l'avènement des réseaux sociaux. Une fois jetés dans cette machine à broyer les réputations, il est difficile, pour ne pas dire impossible de faire entendre sa voix.

Findus incarnant la crise de la viande de cheval

Prenons l'exemple de l'affaire de la viande de cheval en France. Cette crise agroalimentaire majeure a été limitée dans les médias et réseaux sociaux à la seule entreprise Findus. L'entreprise a incarné médiatiquement cette crise, parce qu'elle en avait été le "whistle-blower". Findus découvre et révèle qu'elle a été victime d'escroquerie sur la viande, saisi alors les pouvoirs publics, la presse et ses consommateurs pour les avertir. Plutôt louable. Plutôt responsable. Paradoxalement, elle se retrouve alors doublement victime. Si l'escroquerie touche une filiale entière, reportage après reportage, tweet après tweet, seule Findus est mentionnée. On parlait même de "l'Affaire Findus". La double peine. La victime passe pour coupable.

Comment en est-on arrivé à ces raccourcis faciles? Derrière les articles relayant le dernier frémissement d'aile de papillon sur la toile, il y a une entreprise et surtout des emplois.

Vers la décrédibilisation

Sans effort, les journalistes peuvent citer de nombreux exemples. Des images de Madagascar pour illustrer les Antilles? Des images des États-Unis pour illustrer des faits en Europe? Des images fournies par des partis politiques sans en indiquer la source? La démission d'un chef d'État alors qu'il n'en est rien? L'annonce d'un décès alors que l'intéressé lit l'information? La photo de Ben Laden mort qui tout compte fait n'était qu'un "fake"? Si la confiance des élites s'effrite en temps de crise, les journalistes doivent se protéger avec le bouclier de la vérification des faits. En temps de crise, l'opinion s'accroche aux médias, à l'information.

Problème global

Cette tension sur l'information est le lot commun de la presse mondiale. L'exemple le plus récent est probablement celui de l'attentat au marathon de Boston qui a déclenché une hystérie médiatique et un déluge de suppositions et rumeurs présentées comme des faits avérés. L'enquête du FBI en a indubitablement pâti. La retenue est aujourd'hui une vertu cardinale pour un bon journaliste. Face à la pression d'une opinion habituée à l'information en temps réel, il faut un courage déontologique, un courage économique, pour risquer de passer à côté d'un scoop par respect pour la fiabilité de l'information.

Pas de compromis dans la vérification des faits

Pas question pour un journaliste de se censurer en anticipant d'éventuelles conséquences sur l'emploi ou la vie privée, mais ne faire aucun compromis dans la vérification des faits, des sources et de leur juste qualification. On peut pécher par son silence. On peut pécher par ses propos. Mais cette noble cause que ce devoir d'informer au plus juste, où est-elle? Qui aujourd'hui a cette force, cette capacité à freiner lorsqu'il le faut? À aller à contre-courant lorsqu'il le faut? Qui se lèvera pour braver ces nouvelles pressions? À l'heure où tout le monde fait de l'info, à l'heure où tout le monde fait de l'info en continu, à l'heure où tout le monde fait comme tout le monde, qui se lèvera? En temps de crise, c'est l'opportunité. L'opportunité des responsabilités.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST
10 scandales journalistiques aux États-Unis (en anglais)

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  • Bush Administration Paid Journalists

    A 2005 USA Today investigative report revealed that the <a href="http://www.usatoday.com/news/washington/2005-01-06-williams-whitehouse_x.htm" target="_hplink">Bush administration paid columnists</a> hundreds of thousands of dollars in public funds to promote the administration's policies. Armstrong Williams, Maggie Gallagher and Michael McManus were among those who received money to support No Child Left Behind and Bush's marriage initiative in their pieces.

  • Boston Globe Published Fake Porn Pics

    In 2004, the <a href="http://www.boston.com/news/globe/editorial_opinion/oped/articles/2004/05/14/a_series_of_errors_on_lewd_images/" target="_hplink">Boston Globe printed pictures</a> from a porn website called "Sex in War" that it claimed depicted U.S. soldiers raping Iraqi women. Other news sources <a href="http://www.wnd.com/?pageId=24597" target="_hplink">exposed the photos as fakes</a> a week before the Boston Globe published them, and critics alleged that a simple Google search would've shown as much.

  • WaPo Journalist Fabricated Child Heroin Addict Story

    In 1980, Washington Post reporter Janet Cooke penned <a href="http://www.uncp.edu/home/canada/work/markport/lit/litjour/spg2002/cooke.htm" target="_hplink">"Jimmy's World,"</a> about an 8-year old heroin addict, sparking an all-out police search for the boy that turned up nothing. Days after her article won the Pulitzer Prize, her editors confronted her about inconsistencies in her resume and she confessed that Jimmy didn't exist.

  • Rathergate at CBS

    In 2004, a 60 Minutes II report alleged that George W. Bush failed to fulfill his service to the National Guard, relying on documents that were <a href="http://www.nytimes.com/2004/09/20/politics/campaign/20guard.html" target="_hplink">revealed to be forged</a>. CBS News producer Mary Mapes got the infamous documents from a former U.S. Army National Guard officer who later admitted to lying about their source. The scandal resulted in Mapes's termination, the resignation of other news execs and, some speculate, anchor Dan Rather's retirement a year earlier than planned.

  • CNN Knew About Human Rights Abuses in Iraq

    In 2003, CNN news chief Eason Jordan revealed that <a href="http://www.nytimes.com/2003/04/11/opinion/the-news-we-kept-to-ourselves.html?src=pm" target="_hplink">the network had known about Saddam Hussein's human rights abuses</a> since 1990, but didn't report them to keep the Baghdad bureau open and protect the safety of its employees and sources.

  • Jayson Blair at the New York Times

    27-year-old Jayson Blair was an emerging force at the New York Times in 2003 when it was discovered that he had plagiarized and fabricated facts in at least 36 articles for the paper. An ensuing investigation revealed that Blair made up names, quotes and scenes for high-profile stories on Jessica Lynch, the families of other soldiers in Iraq and the 2002 sniper attacks. Then-executive editor Howell Raines and managing editor Gerald Boyd resigned in the fallout of the scandal, which the Times called "<a href="http://www.nytimes.com/2003/05/11/us/correcting-the-record-times-reporter-who-resigned-leaves-long-trail-of-deception.html" target="_hplink">a low point in the 152-year history of the newspaper</a>."

  • Packwood Scandal at the Oregonian

    The Oregonian failed to investigate evidence that <a href="http://www.ajr.org/Article.asp?id=2101" target="_hplink">Sen. Robert Packwood had sexually harassed several women</a>, even though he had kissed one of the paper's own reporters after an interview. The Washington Post broke the story in 1992, creating a serious lack of trust that the Oregonian would take on the state's power brokers, which was only compounded in 2004 when the paper <a href="http://www.ajr.org/Article.asp?id=3706 " target="_hplink">underreported former Gov. Neil Goldschmidt's statuatory rape</a> of a 14-year old girl as an "affair."

  • Fox News Faked Kerry Manicure Report

    Weeks before the 2004 presidential election, Fox News political reporter Carl Cameron claimed in an <a href="http://www.nytimes.com/2004/10/03/politics/campaign/03fox.html" target="_hplink">article</a> that candidate John Kerry received a pre-debate manicure and gloated about it. Cameron attributed fabricated quotes to Kerry, including "Didn't my nails and cuticles look great? What a good debate!" and "Women should like me! I do manicures." Fox retracted the piece and apologized, blaming its publication on "bad judgment and fatigue."

  • NBC Staged Explosion On-Air

    A 1992 Dateline NBC segment showed a General Motors truck exploding after a low-speed crash with another car. GM later sued the network when the explosion was <a href="http://www.ew.com/ew/article/0,,305709,00.html" target="_hplink">revealed to have been staged</a> with remote-controlled devices, and NBC News President Michael Gartner was forced to resign.

  • Tribune CEO Accused of Pervasive Sex Talk

    Randy Michaels resigned as the Tribune Company's CEO in 2010 after allegations that his leadership transformed the company, which owns the Chicago Tribune and the Los Angeles Times, into "<a href="http://www.nytimes.com/2010/10/06/business/media/06tribune.html" target="_hplink">a frat house, complete with poker parties, juke boxes and pervasive sex talk</a>." Michaels allegedly discussed the sexual suitability of co-workers, and told a waitress he would give her $100 to show him her breasts in front of his co-workers.

 
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