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Emmanuel Macron et le lit du pauvre africain

Les récentes sorties de Macron sur l'Afrique ont suscité des réactions aussi amusées que médusées.

14/07/2017 09:00 EDT
Hannibal Hanschke / Reuters
Selon Macron, l'aide économique ne sert à rien, car l'une des causes du sous-développement de l'Afrique est d'ordre démographique.

Les récentes sorties de Macron sur l'Afrique ont suscité des réactions aussi amusées que médusées. En effet, lors d'une conférence de presse en marge du récent Sommet du G20 en Allemagne, le président français a livré à bâtons rompus sa vision du sous-développement de l'Afrique. Selon lui, l'aide économique ne sert à rien, car l'une des causes du sous-développement de l'Afrique est d'ordre démographique. Ne dit-on pas couramment que «le lit du pauvre est fécond»? Pour Macron en tout cas, cela participe du défi civilisationnel auquel est confrontée l'Afrique depuis des lustres. Eurêka. Rien de moins.

Comment cette évidence nous a-t-elle échappée collectivement, et ce, au point où sa quête aujourd'hui encore, n'a de cesse de féconder de nombreuses recherches et plans stratégiques à travers le monde ? En tout cas, plus d'excuses, nous savons maintenant quelle est la source du problème. Abstenons-nous. (Sarcasme)

Le fait d'effacer ou de passer sous silence les responsabilités de l'ordre économique mondial dans la situation passée et actuelle de l'Afrique, revêt un caractère fort spécieux.

En réalité, il est évident que la soutenabilité du monde n'est pas compatible avec le niveau sans cesse grandissant de la population mondiale. Ce constat vaut d'ailleurs pour tous les continents. De plus, que Macron renvoie les Africains à leurs responsabilités (États faillis, les transitions démocratiques complexes, etc.) m'apparait tout à fait justifié. Qui s'opposerait à une telle rhétorique au café du commerce ? Personne. En revanche, le fait d'effacer ou de passer sous silence les responsabilités de l'ordre économique mondial dans la situation passée et actuelle de l'Afrique, revêt un caractère fort spécieux.

En effet, là où cette macronite (entendez : sortie) devient suspecte, c'est lorsqu'on se rend attentif au processus par lequel elle transforme subrepticement la conséquence... en source du problème. Hypothétiquement, on pourrait avancer que c'est précisément parce que le pauvre est pauvre que son lit est fécond et non parce que son lit est fécond qu'il est pauvre.

Comme le rappelle fort opportunément la politologue Françoise Vergès dans son livre Le ventre des femmes (2017): « On rend les femmes du tiers-monde responsables du sous-développement. En réalité, on inverse la causalité : la plupart des études prouvent aujourd'hui que c'est le sous-développement qui entraîne la surpopulation».

C'est bien connu : «La charité a toujours soulagé la conscience des riches, bien avant de soulager l'estomac du pauvre».

À défaut d'être motivée par une ignorance «sincère», la sortie de Macron est au moins une habile façon de masquer les enjeux de pouvoir, les logiques de domination, les "lois d'airain" de l'économie et les ramifications géopolitiques qui participent ou génèrent au bout du compte des situations de pauvreté à l'échelle mondiale. On remarquera également que ces situations de pauvreté, voire de misère nue, auxquelles fait référence Macron justifient à leur tour l'aide (mortelle) au développement, laquelle en retour, détourne ou dépolitise le regard sur ce qui la rend précisément nécessaire. Ainsi va le cercle vicieux. C'est bien connu : «La charité a toujours soulagé la conscience des riches, bien avant de soulager l'estomac du pauvre».

Nonobstant ce qui vient d'être dit, l'intérêt d'une telle sortie devrait rappeler si nécessaire encore aux Africains en particulier et aux tiers-mondistes en général que tout dépend d'eux.

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