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Comment cela se fait-il qu’en 2017, on responsabilise une victime pour l’agression qu’elle a vécue?

Un peu plus de 48 heures après le meurtre et la tentative de meurtre qui ont eu lieu à Montréal-Nord voici ce dont on parle dans les médias et ce qu’enregistrent Madame et Monsieur Tout-le-Monde : la victime aurait dû quitter son logement pour se mettre en sécurité!

27/07/2017 09:00 EDT | Actualisé 27/07/2017 10:23 EDT
Getty Images/iStockphoto
Qu’est-ce que ça va prendre pour condamner, socialement, le geste d’un agresseur?

Un peu plus de 48 heures après le meurtre et la tentative de meurtre qui ont eu lieu à Montréal-Nord voici ce dont on parle dans les médias et ce qu'enregistrent Madame et Monsieur Tout-le-Monde : la victime aurait dû quitter son logement pour se mettre en sécurité!

Comment cela se fait-il qu'en 2017, on responsabilise une victime pour l'agression qu'elle a vécue? Comment se fait-il qu'on ne conteste pas le fait qu'un homme a décidé d'entrer chez quelqu'un et poignarder cette personne (en l'occurrence sa conjointe, mère de ses enfants et enceinte de huit mois)? N'est-ce pourtant pas là la véritable question qu'il faudrait se poser? Alors qu'est-ce que ça va prendre pour condamner, socialement, le geste d'un agresseur?

Petit examen de conscience aujourd'hui:

Réfléchissez à ceci...

La personne que vous aimez, l'autre parent de vos enfants, vous semble dangereuse. Vous avez cette impression, vous le ressentez. La solution ? Tout quitter immédiatement, sans savoir où aller, ni vivre (vos connaissances étant des connaissances communes, y aller ne serait pas sécuritaire ni pour vous, ni pour ces personnes), sans savoir avec quoi vous allez vivre et si seulement un jour vous pourrez revenir chez vous (et dans quel état sera votre chez vous et vos souvenirs, vos objets de valeurs). Alors voilà, vous devez tout laisser derrière vous, votre maison, votre emploi, votre école (et/ou celle de vos enfants), votre réseau social... et tout cela en quelques minutes. Une décision de quelques minutes versus des années de vie (même si elles ont été déjà été parsemées et empreintes de violence)...

Qui partirait comme ça, d'un claquement de doigts, même s'il sent que le danger est là ?

Encore une fois, on s'imagine qu'une victime de violence conjugale n'a qu'à quitter la relation pour que la violence cesse.

Encore une fois, on s'imagine qu'une victime de violence conjugale n'a qu'à quitter la relation pour que la violence cesse. Ce n'est pas le cas! La réalité, bien au contraire, est que la séparation est un déclencheur pour un agresseur. Lors d'une séparation, le conjoint violent va tenter des solutions inadaptées: il va augmenter le contrôle en menaçant ou en harcelant. Il veut à tout prix éviter d'être quitté. Il va tenter par tous les moyens possibles de reprendre le contrôle, le moyen ultime étant l'homicide conjugal.

Ce n'est pas un « drame conjugal » ou une « chicane de couple », mais bel et bien un meurtre. C'est le terme à utiliser lorsqu'une personne en tue une autre. Même lorsque la victime et le présumé agresseur étaient en couple. Arrêtons de minimiser le geste et utilisons le bon vocabulaire. Cela aiderait Madame et Monsieur Tout-le-Monde à bien saisir la réalité qu'est la violence conjugale.

La violence conjugale c'est lorsqu'une des personnes du couple cherche à tout prix à contrôler l'autre. Ce n'est pas une perte de contrôle. C'est une prise de décision! C'est un geste prémédité.

La violence conjugale cessera enfin lorsque le doigt sera tourné vers le coupable et que c'est son geste, son agression, son meurtre qu'on dénoncera et non pas le fait que la victime ne voulait pas, en quelques minutes, quitter toute sa vie...

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