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Les enfants c'est que du bonheur, ah oui, vraiment ?

On devrait toujours avoir le droit de dire comme c'est dur et éprouvant de prendre soin de ces êtres en devenir qu'on ne peut pas dompter, qui veulent explorer et se définir.

05/07/2017 09:00 EDT | Actualisé 05/07/2017 09:00 EDT
Chloé Boehme
Les enfants ce n'est pas que du bonheur, c'est du bonheur par touche, entre deux tempêtes, c'est des sourires, des rires et de la candeur, mais aussi beaucoup de difficultés, de peines et de tracas.

C'est qui, qui l'a inventée cette phrase toute faite, que je lui explique deux ou trois choses? Comment fait le parent qui n'y arrive pas, malgré sa bonne volonté, son énergie et tout l'amour qu'il déploie, il ne trouve pas que c'est que du bonheur, fluide et immaculé. Il s'isole donc, se sent diminué et marginalisé, il se demande ce qu'il fait de travers et doute, culpabilise toujours plus fort.

Il n'aurait pas alors sa place, son élan de frustration les jours où c'est juste l'enfer de passer dix minutes sans cri, où rien ne fonctionne simplement. Elle demeure là, la colère, dans cette impossibilité de déposer et de montrer du doigt le réel, car les enfants c'est un sujet qu'on n'a pas le droit de toucher, c'est un sujet qu'on murmure.

On devrait toujours avoir le droit de dire comme c'est dur et éprouvant de prendre soin de ces êtres en devenir qu'on ne peut pas dompter, qui veulent explorer et se définir. Il n'est pas question d'amour, avoir envie de fuir certains jours c'est juste humain. On ne les aime pas moins, on a juste besoin de répit, de recul, d'un peu de calme. Si on a toujours peur d'être jugé de ne pas être à la hauteur, si on doit faire semblant que tout va bien, si on expose juste ce qu'il y a de bon on perd son authenticité, sa spontanéité et l'essence même de soi. La dualité est naturelle et cela ne coule pas de source d'être un parent. Ce n'est pas inné, cela s'apprend, et nous confronte à nos valeurs, nos besoins, nos peurs, nos impératifs.

Les enfants ce n'est pas que du bonheur, c'est du bonheur par touche, entre deux tempêtes, c'est des sourires, des rires et de la candeur, mais aussi beaucoup de difficultés, de peines et de tracas.

Alors non! Les enfants ce n'est pas que du bonheur, c'est du bonheur par touche, entre deux tempêtes, c'est des sourires, des rires et de la candeur, mais aussi beaucoup de difficultés, de peines et de tracas. C'est une immense responsabilité bien plus grosse que nous. C'est écrasant, c'est essoufflant. On pensait que ce serait plus doux, plus évident, plus stable, mais nous sommes toujours chamboulés à devoir marcher sur des œufs et brusquer notre rythme. C'est une grosse claque de ne pas pouvoir réaliser ses rêves. C'est si décevant de réaliser que l'amour ne suffit pas, qu'il ne fait pas tout, ne panse pas nos doutes, ne règle pas les conflits, n'atténue pas le trop-plein. La parentalité est un chemin complexe, mais la magie réside dans le fait que chaque jour nous essayons avec force, vigueur et détermination de nous améliorer et de donner encore la meilleure partie de nous, une partie souvent négligée, une part si réaliste qu'elle manque de légèreté trop souvent.

Alors quand je sens l'ingratitude monter je me rappelle comme je suis forte et pleine d'amour d'essayer chaque matin de leur épargner mes propres blessures et comme je veux à tout prix qu'ils puissent s'épanouir et se fabriquer leurs souvenirs. Ils se rendent compte de peu de choses, mais moi je sais à quel point ils sont choyés d'être entourés par autant de volonté. Il y a des jours où on les aime moins, mais la vraie leçon de vie est de diminuer nos attentes pour être ouvert et recevoir parfois un moment de grâce, un goût sucré pour nos efforts, un rappel à l'essentiel: les guider, cela nous fait grandir.

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