Cherie Blair Headshot

Réflexion sur Davos: les femmes ne sont pas les seules à œuvrer pour l'égalité des sexes

Publication: Mis à jour:

La semaine dernière, j'ai assisté à ma sixième réunion annuelle du Forum Economique Mondial à Davos, en Suisse. J'ai assisté à beaucoup de séances au sein du forum, ainsi qu'à l'extérieur, et cela ne manquait pas de femmes. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Beaucoup de femmes étaient présentes non en tant que déléguées, mais en tant que membres du personnel du forum ou épouses de délégués. Malheureusement cette année, parmi les 2500 déléguées, seulement 16% étaient des femmes, contre 17% en 2013 - année record. Pourtant, malgré cela, l'on pouvait vraiment ressentir qu'il était temps de prendre au sérieux la nécessité de répartir équitablement les ressources mondiales, c'est-à-dire que la moitié de la population mondiale reçoive sa part du gâteau. Sheryl Sandberg, la directrice des opérations de Facebook, a eu l'impression qu'il y avait une certaine impatience à propos de ce qui a et ce qui n'a pas été accompli.

Le manque de femmes déléguées s'explique simplement: Davos reflète tout bonnement la réalité de la place des femmes dans le monde, que ce soit en économie ou en politique. Après tout, le rapport annuel mondial sur les écarts entre les hommes et les femmes du Forum Economique Mondial, publié en novembre 2013, montre que, tandis que les inégalités en matière de santé et d'éducation ont été réduites de plus de 90%, les inégalités économiques entre les sexes et les inégalités en terme de participation politique ont été respectivement réduites de seulement 60% et 21%. Comme l'a expliqué Saadia Zahidi, la responsable du groupe Femmes dirigeantes et Parité hommes-femmes, "Nous reflétons le monde extérieur, en ce qui concerne les femmes dirigeantes au sein des gouvernements, des entreprises et de la société."

Il est vrai que le Forum Economique Mondial de 2014 renvoie au problème systémique du manque de femmes dirigeantes dans toutes les économies du monde, que ce soit des pays développés ou émergents, mais comme l'on peut s'y attendre avec ce groupe d'intellectuels, l'impatience grandit autant chez les hommes que chez les femmes déléguées, tous estimant que cette situation de déséquilibre ne peut plus durer, que ce soit à Davos ou dans le monde extérieur.

Nous devons travailler avec des hommes tels que Muhtar Kent, le PDG de Coca-Cola, pour rompre avec le statu quo. Il est célèbre pour les programmes qu'il a mis en place dans le but d'intégrer plus de femmes chefs d'entreprises dans la chaîne logistique de Coca-Cola. Muhtar a compris que si les femmes avaient plus de pouvoir, les communautés n'en seraient que plus fortes ; il prévoit même de dépasser les progrès déjà réalisés.

Ou prenez par exemple Nikesh Arora, le vice-président senior de Google - c'est grâce à lui que ma fondation possède un programme de mentorat en ligne très réussi. Il nous a aidés à nous associer avec Google pour que l'on se mette enfin à la technologie et que l'on puisse ainsi mettre des centaines de femmes entrepreneurs en relation avec des mentors du monde entier. Nous sommes associés à des entreprises telles que la Bank of America, qui recrutent des dirigeants en herbe au sein de leur organisation pour en faire des mentors. Non seulement cela profite aux femmes entrepreneurs qui font partie de notre programme, mais c'est aussi un moyen pour la banque de faire de la formation professionnelle et de conserver ses meilleurs éléments. Le programme de mentorat met désormais en relation des femmes du programme web de Google avec des mentors : la boucle est bouclée, c'est fantastique.

Ce progrès ne se cantonne pas aux États-Unis. Aux Émirats Arabes Unis, Badr Jafar, le PDG de Crescent Entreprises et l'un des membres du groupe des Jeunes dirigeants mondiaux du Forum Economique Mondial, prévoit de donner plus de pouvoir aux femmes du Moyen-Orient. Il travaille avec ma fondation pour développer nos programmes de formation professionnelle dans la région.

J'ai parlé de certaines des initiatives de ma fondation lors d'un déjeuner organisé par le programme 10 000 Women de Goldman Sachs ; le sujet de conversation était de savoir ce qui pouvait réellement donner du pouvoir aux femmes. J'ai entendu Arne Sorenson, le PDG de Marriott International, parler de l'importance d'intégrer les femmes dans les projets de développement des entreprises. Marriott ouvre un hôtel au Rwanda et prend des mesures pour s'assurer que cela profitera aux femmes, tant dans la chaîne logistique que dans les nouvelles opportunités d'emploi que l'ouverture de l'hôtel va créer. Et Luis Alberto Moreno, le président de la banque interaméricaine de développement, a expliqué qu'investir dans les femmes est "fondamental pour la croissance économique des pays en développement", tout en signalant que l'Amérique du Sud avait désormais trois femmes chefs de gouvernement.

Lors de ma dernière soirée à Davos, j'ai rencontré Carlos Brito de Anheuser Busch InBev. En tant que PDG du plus grand brasseur au monde, ses décisions ont potentiellement un impact sur des centaines de milliers de personnes dans le monde, et c'est vraiment agréable d'entendre qu'il pense que les femmes sont des éléments critiques de son activité commerciale.

À la réception organisée par Ernst&Young en hommage aux femmes de Davos, les délégués ont applaudi Uschi Schreiber, la directrice du centre mondiale de EY, quand elle a déclaré "Plus jamais de panels exclusivement masculins !" C'est un slogan qui devrait s'appliquer de manière générale, pas uniquement à Davos, mais dans toutes les conférences mondiales. La composition d'un panel a un impact sur les sujets discutés et sur les opinions qui sont représentées, et la discussion est restreinte si un seul sexe est présent.

Cela s'applique de la même manière aux réunions sur les femmes qui sont réservées aux femmes. Le risque, c'est de créer des ghettos pour femmes dans le monde des affaires. Je ne dis pas que le soutien des femmes à la cause des femmes est un concept négatif en soi. C'est absolument vital que les femmes aient des modèles à suivre et qu'elles se supportent les unes les autres. Mais il faut que la conversation soit bilatérale. Nous devons reconnaître que certains hommes puissants agissent pour la cause et travailler ensemble pour faire avancer le débat.

Il y a eu six discussions spécifiquement relatives à l'égalité entre les hommes et les femmes à Davos, certaines étaient mises en évidence, et la question a été soulevée indirectement dans beaucoup d'autres séances, à la fois dans le centre de conférence, mais aussi à l'extérieur. C'est parce que les personnes vraiment intelligentes de ce monde comprennent qu'il est inacceptable qu'au 21e siècle les femmes soient mises à l'écart et ne soient encore que des observatrices. Car c'est seulement en faisant travailler les hommes et les femmes ensemble que nous atteindrons la croissance durable dont le monde a désespérément besoin pour assurer le futur de nos enfants.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Close
Forbes, les 100 femmes les plus puissantes du monde, selon Forbes
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée
Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.


Comment connecter son compte HuffPost à Facebook pour pouvoir commenter?