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La haine engendre la haine

Sans vouloir sembler alarmiste (même si ça l'est), le réchauffement planétaire n'est pas le principal enjeu de ce 21e siècle qui commence très mal.

17/08/2017 06:00 EDT
Getty Images/iStockphoto
Est-elle plus forte ou moins forte qu'avant? Bonne question, dont la réponse est sans importance.

« La haine est une hostilité très profonde, une exécration et une aversion intense envers quelqu'un ou quelque chose.» Le philosophe espagnol José Ortega y Gasset définit la nature de la haine : « Haïr, c'est tuer virtuellement, détruire en intention, supprimer le droit de vivre. Haïr quelqu'un, c'est ressentir de l'irritation du seul fait de son existence, c'est vouloir sa disparition radicale. »

C'est aussi le titre d'un film-culte des années 90, un classique qui m'a marqué en tant qu'individu pour sa description du côté obscur des citées françaises, d'où le groupe IAM a tiré ses plus grandes chansons. « Le plus dur, c'est pas la chute, c'est l'atterrissage. » Cette phrase m'a suivie toute ma jeunesse, et parfois lorsque la vie se charge si bien de vous crisser des coups de marteau en pleine poire, elle me revient en tête. J'écrivais déjà sur le sujet en 2005, lors des émeutes dans les cités françaises, en utilisant encore ce film comme référence. Force est d'admettre que plus d'une décennie plus tard, rien ne change à ce sujet. En fait, il faut appeler un chat un chat : tout cela empire, à vue d'œil, tous les jours, et partout. Sans vouloir sembler alarmiste (même si ça l'est), le réchauffement planétaire n'est pas le principal enjeu de ce 21e siècle qui commence très mal. S'il est définitivement probable que notre planète soit sur ses derniers milles si le cap n'est pas redressé, cela ne saurait arriver assez vite pour une raison bien simple : entre les peuples, entre les religions, entre les classes parfois, dépendamment de l'endroit, on ne s'aime pas, on ne se respecte pas, on se hait énormément...

Bien sûr, vous me direz que la haine n'est pas nouvelle, qu'elle a toujours été présente, inscrite à l'encre rouge dans les annales de l'Humanité, et vous auriez raison sans l'ombre d'un doute. Est-elle plus forte ou moins forte qu'avant? Bonne question, dont la réponse est sans importance. Par contre, les mouvements migratoires en provenance de l'Amérique centrale, du Sud, du Moyen-Orient, de l'Afrique, sont sans précédent. Il y a bien sûr eu des vagues d'immigration massives par le passé, venant majoritairement d'Europe, mais cette immigration massive (des Irlandais, des Polonais, des Italiens, etc.) avait deux points communs rendant l'acceptation beaucoup plus simple : une religion commune avec le pays d'accueil, et la même couleur de peau...

«No one is born hating another person because of the color of his skin or his background or his religion...» Cette phrase de Nelson Mandela a été tweetée récemment par l'ex-président des États-Unis Barack Obama. En quelques instants, il est devenu le tweet le plus partagé de l'histoire du tweet . Comment s'y opposer? La haine est une création humaine, créée par la peur de l'Autre, par le rejet, par le fait de mettre l'accent sur les différences plutôt que sur les ressemblances. Et la haine engendre la haine, créant ainsi une roue qui jamais ne s'arrête...

Ce sentiment se colle ensuite aux différences physiques, culturelles, et finit par coller à tous les nouveaux arrivants.

Il faut bien le dire, le problème majeur dans cette crise majeure, c'est l'Islam. Pas la religion en tant que telle, mais l'interprétation radicale qu'en font ses militants les plus extrémistes. Je ne m'étendrai pas là-dessus, mais chose certaine, plusieurs composantes de l'Islam radical choquent les valeurs judéo-chrétiennes du monde occidental. Et cela crée une fermeture à la différence, et engendre la haine. Une haine qui fait monter au front tous les groupuscules d'extrême droite à la PEGIDA et autres mouvements du même acabit, et qui se manifeste par un sentiment de plus en plus répandu qu'il faut fermer les frontières aux nouveaux arrivants, qu'il faut sélectionner, exclure, ne plus accueillir. Ce sentiment se colle ensuite aux différences physiques, culturelles, et finit par coller à tous les nouveaux arrivants. Et la plupart des gouvernements des pays d'accueil ayant fait un travail exécrable au niveau de l'intégration des nouveaux arrivants et des composantes de la mixité sociale, il n'y a pas lieu de s'étonner de ce sentiment grandissant de peur, de haine, envers l'immigration...

La haine grandit en Europe, parce que les réfugiés par millions tentent d'y entrer. Chez eux, c'est la guerre, la famine, c'est un avenir bouché par un manque de perspectives qui pousse des familles entières sur des routes d'où l'on ne revient pas. Ils sont prêts à tout pour donner un avenir meilleur à leurs enfants, et franchement, vous feriez pareil dans les mêmes circonstances!

La haine grandit en Amérique du Nord, parce qu'on vient de se rendre compte qu'on ne pourra pas gérer les nouvelles vagues d'immigration (ce que l'Europe sait depuis très longtemps déjà). Nous avons toujours été « sauvés » par cet océan qui nous sépare. Mais depuis que les gens par milliers remontent par le bas de l'Amérique, le long des trains de marchandises, par les déserts et les forêts, on sent la peur augmenter; depuis que les gens réalisent qu'ils essaieront par tous les moyens de venir, de partout, et que leur nombre ne fera qu'augmenter d'année en année, la haine gagne du terrain. L'élection de Donald Trump, loin d'être un accident de parcours ou un cas isolé, est un message fort lancé aux quatre coins du monde : « Vous n'êtes pas les bienvenus. En fait, vous ne l'avez jamais été. Démerdez-vous avec vos problèmes, ils ne nous concernent pas... »

Le résultat, c'est que la haine est aussi extrêmement ancrée chez eux, et pousse un nombre impossible à chiffrer de gens qui n'ont rien plus à perdre dans les bras de ceux qui veulent tout détruire...

Et c'est là qu'on s'est planté, qu'on se plante et qu'on se plantera encore parce que l'apprentissage d'une espèce se fait sur plusieurs siècles, voire des millénaires : leurs problèmes ayant été causés en quasi-totalité par nos actions passées et présentes, c'est notre responsabilité de les aider à s'aider (car il faut aussi l'admettre, dans bien des cas ils ne s'aident pas beaucoup). Et on ne le fait pas, ou on le fait très mal. Le résultat, c'est que la haine est aussi extrêmement ancrée chez eux, et pousse un nombre impossible à chiffrer de gens qui n'ont rien plus à perdre dans les bras de ceux qui veulent tout détruire...

Conflits armés interminables et ultra-violents, foyers de violence latente ne demandant qu'à exploser, mouvements migratoires tels des tsunamis, fermetures des frontières, conditions de vie misérables, haine à double tranchant se développant à la vitesse « Grand V »...Je vous laisse deviner la suite si cette roue continue à tourner, sans que rien ne soit fait, concrètement, en grande collaboration et à grande échelle, parce que je me refuse à prononcer ce que je lis dans cet avenir qui nous attend au détour.

Et quand je vois des petits cons de mon pays prétendre que Trudeau fait un « génocide » sur l'identité canadienne, ça me fait capoter de voir l'étendue de leur manque de compréhension des enjeux et des mots; et quand je les entends encore prétendre que l'égalité entre les sexes est une « construction sociale fantaisiste établie par la gauche », j'ai soudainement envie de vomir de honte. Si on n'est pas capable d'éduquer nos gens mieux que ça, peut-être qu'après tout, on mérite ce qui va nous arriver : what goes around comes around...

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