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Ce qui se cache derrière les coupures libérales (ou comment le ballon va nous péter en pleine gueule)

30/10/2014 10:58 EDT | Actualisé 03/03/2015 11:13 EST

Je n'arrive plus à croire tout ce que je lis dans ma revue de presse quotidienne, tant les annonces du gouvernement Couillard se suivent et se ressemblent. Les Conférences régionales des élus (CRÉ), pourtant créées par Jean Charest en 2004 et porteuses d'un mandat de concertation, de développement et d'innovation, seront réduites à néant; les Centres locaux de développement (CLD), responsables dans plusieurs régions du développement entrepreneurial, seront pratiquement abolis ; les Carrefours jeunesse-emploi (CJE), qui réinsèrent autant de jeunes que faire se peut dans le réseau scolaire et le marché du travail, sont aussi dans la ligne de mire des Libéraux.

Il y a lieu de se demander quel est l'objectif derrière ces coupes qui semblent planifiées, mais qui n'offrent aucune solution de rechange. Ces trois structures représentaient une bonne partie du développement régional au Québec, donc l'aide à la réinsertion sociale, à la création et à la consolidation d'entreprises, au financement de projets particuliers, etc., en plus d'embaucher des centaines d'employés à travers la province. Mais on nous dit que l'argent économisé restera sur la table pour le développement des régions! Les libéraux pensent assurément créer une nouvelle superstructure de développement régional qui rassemblerait tout ce que faisaient les autres, avec des orientations qui prendraient plus en compte des exigences économiques que socio-économiques. Plus cynique que ça, tu meurs.

Est-ce que Philippe Couillard veut vraiment nous faire croire que ces organisations ne remplissaient absolument pas leur mandat? Qu'elles ne servaient à rien, qu'elles n'aidaient personne, qu'elles coûtaient trop cher à faire rouler? Parce que créer une mégastructure de développement régional qui ne ferait que favoriser le développement économique au détriment de l'acquisition de compétences (parce que tsé, ça ne se quantifie pas très bien, l'acquisition de compétences), ça ne va sûrement pas créer des entités trop lourdes, qui n'auront d'autre choix que de se surstructurer pour réussir à couvrir leur mandat d'être quand même proche des citoyens, et au final, ce ne sera même pas des « économies de bout de chandelle », comme une de mes partenaires de travail l'a bien dit, mais ça coûterait une autre chandelle. Le même constat peut être fait dans le projet de Loi 10 du ministre Gaétan Barrette, qui n'a rien compris à l'importance de la proximité des services pour les citoyens, et dont les nouveaux CISSS (Centre intégré de santé et services sociaux) seront tellement obèses que...bref, j'arrête là, sinon je vais devenir vulgaire. À lui seul, le nouveau CISSS de la Montérégie (car oui, il n'y en aura qu'un seul) intègrera près de 50 000 employés!! Mais ça, ça ne va évidemment pas créer des dizaines de paliers de gestionnaires pour faire fonctionner la machine, n'est-ce pas?

En discutant de la situation actuelle et politiquement nauséabonde avec des collègues, je dois avouer que la stratégie du PLQ m'échappe, ou au contraire, elle est très claire. Il n'y a pas trente-six solutions, comme dirait l'autre.

A)Le gouvernement Couillard est somme toute de bonne foi, et pense réellement qu'en regroupant les structures en superstructures il est possible de réaliser des économies. Bon, l'échec récent de la fusion des CSSS (Centres de santé et services sociaux) dans l'optique de faire diminuer la bureaucratie et le nombre de cadres aurait peut-être dû leur mettre la puce à l'oreille, mais laissons la chance au coureur. En analysant l'ensemble des secteurs où des coupures seraient nécessaires, il prend des décisions difficiles pour un avenir meilleur pour l'ensemble des Québécois, comme le démontrent les récentes coupures dans le financement des écoles privées et dans les crédits d'impôt aux entreprises (on va rendre le peu qui revient à César, à César.)

B)Le gouvernement Couillard veut réduire à son plus simple appareil les services financés par l'État, pour donner la part du lion au secteur privé, le reste aux organismes communautaires dans le cadre d'ententes de services, dénaturant ainsi une partie du tissu communautaire. L'universalité de l'accès aux soins et la gratuité des services au Québec sont une aberration pour le PLQ, qui veut se tourner résolument, pensant en avoir le mandat électoral, vers le principe de l'utilisateur-payeur pour financer des services déjà financés par des impôts élevés. Ce qui n'est pas rentable puisque non quantifiable (acquisition de compétences, programmes universitaires tournés vers les sciences humaines et la formation de citoyens éclairés, aide aux personnes handicapées et/ou atteintes de problèmes de santé mentale, mais n'ayant qu'une faible chance de réintégrer le marché du travail, aux itinérants, etc.) ne sera plus financé, laissant toute la place à des formations menant directement sur le marché du travail, mais n'aidant aucunement le citoyen à réfléchir son avenir et sa province. Bref, on se fout bien de créer de l'innovation, de la réflexion et de l'intelligence chez les citoyens, on veut créer des machines qui travaillent sans se poser de questions, et qui paient leurs impôts sans discuter.

Et tout cela, encore une fois, sur les mêmes bases comparatives qu'on tente par tous les moyens de nous faire avaler : « (...) On insiste sur la nécessité pour le Québec d'harmoniser ses pratiques à celles de l'Ontario: Québec économiserait 17 milliards s'il se contentait d'offrir à ses citoyens le même panier de services que sa voisine. »

Cette citation, remise à l'ordre du jour par la Commission permanente de révision de programmes (celle qui doit aller chercher 3,2 milliards de dollars pour nous ramener à l'équilibre budgétaire), invite à un rappel à nos chers dirigeants :

  • Le Québec n'est pas, et ne sera jamais, l'Ontario.
  • Les impôts sont plus élevés chez nous, parce qu'on offre plus de services. Ne jamais dissocier le panier de services des impôts payés par les citoyens et les entreprises.
  • La culture anglo-saxonne et la culture française sont aux antipodes l'une de l'autre en ce qui concerne le développement local et la prise en charge communautaire. Si vous pensez que ce changement de culture s'opérera spontanément chez les Québécois, vos urgences en mode berserk grâce à vos coupes dans les services aux plus démunis vous ramèneront à la réalité.

M. Couillard, le secteur privé existe pour faire du profit, et non pas pour aider qui que ce soit, tandis que le secteur public et le filet social existent pour s'occuper de tout le monde, indistinctement de leur statut social. Vouloir donner au premier les responsabilités du second, c'est s'exposer à créer plus encore une société à deux vitesses, où ceux qui en ont les moyens pourront faire toujours plus d'argent, tandis que l'immense majorité des Québécois, devenus membres du second groupe, ne feront que s'appauvrir, forçant encore plus le gouvernement à couper dans les services offerts.

Mais j'y pense...au final, c'est ce que vous voulez, non? Continuer de donner des moyens de s'enrichir aux gens qui le sont déjà? Ayez au moins le courage de l'affirmer, bande de lavettes...

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