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Monsieur Poilièvre, la fin ne justifie pas les moyens

01/05/2013 05:04 EDT | Actualisé 01/07/2013 05:12 EDT
CP

Cher Monsieur Poilièvre,

J'ai pris connaissance de votre courte déclaration du 30 avril à la Chambre des communes au sujet de la conférence de presse que les sénateurs libéraux et les organisations syndicales ont donné pour s'opposer au projet de loi C-377 de votre gouvernement conservateur.

Personne n'ignore le peu d'empathie que votre gouvernement et vous-même portez envers les syndicats. En réalité, le projet de loi C-377 est votre attaque contre la liberté d'association des travailleurs. Sous couvert de ce que vous appelez hypocritement la « transparence », vous allez exiger que les organisations ouvrières rendent publique une montagne d'informations souvent personnelles, violant la Charte des droits et libertés et créant une usine à gaz chez Revenu Canada qui coutera cher au contribuable.

La déclaration de Pierre Poilièvre


Monsieur le Président, chaque année, les employés syndiqués, qui travaillent dur pour gagner leur vie, doivent verser des milliards de dollars en cotisations syndicales sans savoir où va cet argent. Les contribuables sont obligés d'accepter que ces milliards de dollars ne sont pas imposables. Les contribuables et les travailleurs méritent qu'on leur rende des comptes à ce sujet. C'est pourquoi un député conservateur a présenté un projet de loi d'initiative parlementaire à cette fin. Nous nous attendions à ce que les députés néo-démocrates s'y opposent. Bien entendu, ils ont déjà été achetés par les syndicats, dont ils ont accepté des centaines de milliers de dollars en dons illégaux.

Nous avons cependant appris aujourd'hui que des sénateurs libéraux, non élus et non tenus de rendre des comptes, se sont rangés du côté du NPD et des dirigeants syndicaux pour priver les travailleurs et les contribuables de cette transparence.

De ce côté-ci de la Chambre, nous nous prononçons en faveur des travailleurs, des contribuables et de la transparence. Pourquoi les sénateurs libéraux ne nous emboîtent-ils pas le pas?

Sur la transparence, Monsieur Poilièvre, nous n'avons pas de leçon à recevoir du Parti conservateur du Canada. Ne s'agit-il pas de votre gouvernement que le Directeur parlementaire du budget attaque en justice pour ne pas lui transmettre les informations dont il est pourtant en droit d'obtenir de par la loi? Ne s'agit-il pas de Stephen Harper qui, en 2010, a reçu le Prix de la Noirceur par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec?

Et voilà que vous seriez devenu le grand défenseur des travailleurs! Mais n'est-ce pas votre gouvernement qui propose la réforme de l'assurance-emploi, véritable attaque envers les travailleurs saisonniers? N'est-ce pas votre gouvernement qui incite les enquêteurs de Service Canada à espionner ces travailleurs jusque dans leur voiture, leur maison? N'est-ce pas votre gouvernement qui a enlevé le droit de grève aux travailleurs de Poste Canada et d'Air Canada en adoptant des lois spéciales?

Comme Sénateur, je n'ai pas de leçon à recevoir de quelqu'un qui ne voulait pas du registre des armes à feu alors que vous êtes en train de créer un registre des déclarations syndicales. Vous nous disiez ne pas vouloir de la version longue du questionnaire de recensement obligatoire, parce qu'il empiétait trop sur la vie privée des gens, et vous exigez la divulgation d'informations personnelles de tous ceux qui recevraient, d'un syndicat, un salaire, une contribution, un paiement de facture.

Enfin, Monsieur Poilièvre, vous vous gaussez d'être élu et trouvez insupportable que des sénateurs puissent s'opposer à ce projet de loi. Or, quand on voit le scandale des appels téléphoniques automatisés, véritable tentative de manipulation de l'élection de 2011, le stratagème du « in and out » pour contourner la loi sur les dépenses électorales, dont le Parti conservateur a reconnu avoir participé, vous devriez vous réjouir qu'il y ait des parlementaires au Canada qui, s'ils ne sont pas élus, puissent protéger nos institutions.

Alors non, Monsieur Poilièvre, la fin ne justifie pas les moyens.

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