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Je suis députée et je souffre de dépression

21/09/2016 12:13 EDT | Actualisé 21/09/2016 12:26 EDT

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En janvier et février 2015, après avoir perdu une élection fédérale partielle, je refusais de sortir du lit. Seulement que très rarement, je prenais ma douche, me lavais les cheveux, me brossais les dents. J'évitais de quitter la maison.

En janvier et février 2016, c'était une autre paire de manches. J'avais un emploi. J'étais membre du Parlement, députée de Whitby (en Ontario) et secrétaire parlementaire du premier ministre, après tout! Je devais sortir du lit, prendre ma douche, laver mes cheveux, brosser mes dents et sortir de la maison...

Tout ça me demandait beaucoup. Tellement qu'un matin, fin février, j'ai dû quitter une réunion du caucus abruptement. Après une visite à l'urgence, à Ottawa, j'ai pris le train en direction de Whitby.

celina caesarchavannes La députée de Whitby, Celina Caesar-Chavannes, disctute avec le premier ministre Justin Trudeau. (Photo : Cabinet du premier ministre)

Pendant tout le trajet, je ne pouvais arrêter de pleurer. Le maquillage coulait sur mon visage et j'utilisais ma robe comme mouchoir. Ce n'était pas beau à voir.

En 2015, on m'a diagnostiqué une dépression. Mais cette fois, c'était différent. Je sentais que je m'enfonçais et je ne savais pas quoi faire. J'étais assise dans ce train et je me disais : «Est-ce que quelqu'un va m'aider? Est-ce que les autres voient ma douleur?»

Je me sentais complètement perdue. Ma vie me glissait entre les doigts.

Après avoir passé quelques coups de téléphone - ici je tiens à remercier Don Stuss, qui a été mon «ami au bout du fil» -, je me suis retrouvée à l'hôpital Sunnybrook, sous le nom de Lisa May, assise pendant six heures à côté d'un homme qui avait besoin de bien plus d'aide que moi et d'une femme qui avait besoin d'encore plus d'aide que lui.

Quand j'ai finalement rencontré le médecin - qui voyait bien que je devais être hospitalisée - on m'a dit qu'il n'y avait plus de lits. C'est, hélas, le paradoxe d'être un patient aux prises avec des problèmes de santé mentale dans notre système.

«Je sentais que je ne pouvais pas me sortir de ce trou noir. Peu importe ce que je tentais, le trou devenait plus profond. Il n'y avait pas d'issue.»

Les semaines et les mois suivants ont été guidés par une série de comportements erratiques, incluant des courriels mesquins à des collègues et des disputes avec mon mari - sans compter quelques appels à un avocat spécialisé en divorce. J'évitais les rassemblements et je jouais au yo-yo avec la médication.

Il y avait les médicaments pour régler mon humeur, les médicaments censés me motiver et ceux qui devaient m'aider à dormir. Certains m'ont fait gagner du poids, d'autres m'ont donné la nausée alors que certains ne fonctionnaient tout simplement pas.

Ma vie était devenue un épisode perpétuel de Bordelville. La seule question qui me venait à l'esprit était «Pourquoi maintenant?» Pourquoi tout ça m'arrive aujourd'hui? Pourquoi ma vie s'écroule maintenant?

celina caesar chavennes

Celina Caesar-Chavannes prend un égoportrait à Washington, avec, en arrière-plan, les premières dames Sophie Grégoire et Michelle Obama. (Photo : Facebook/Celina Caesar-Chavannes)

J'aurais pourtant dû me sentir au sommet, non? J'avais un bon emploi, un mari, des enfants, des gens autour de moi. Pourquoi ça m'arrivait à moi? Je sentais que je ne pouvais pas me sortir de ce trou noir. Peu importe ce que je tentais, le trou devenait plus profond. J'en serais prisonnière à jamais. Il n'y avait pas d'issue.

Et puis, un petit miracle est survenu... Mon œil! Eh non, il n'y a pas eu de miracle. Pas de formule magique. Un bon matin, je ne pouvais sortir du lit et je me flagellais d'être aussi paresseuse. Quand je me suis enfin dit qu'il fallait que je me lève, j'étais si fatiguée de toute cette autostigmatisation, que j'ai dû me remettre au lit!

Ce jour-là, je me suis dit: «C'est correct, Celina. C'est correct de se reposer un peu. C'est correct d'avoir des mauvais jours. C'est correct de ne pas tout pouvoir abattre. Celina, ma chérie, c'est correct!»

Ce jour-là, j'ai souri. Pour la première fois depuis longtemps, je sentais que ma dépression ne me contrôlait pas, mais qu'elle faisait simplement partie de moi. Et, ça aussi, c'était correct.

Reconnaître ma dépression est ma thérapie. En parler, à mon avis, donne aux autres la permission de parler de santé mentale à leur tour.

Je ne vous dis pas que je n'ai pas encore du mal à vivre avec la médication, la méditation, le yoga, l'exercice et tout le reste qui doit faire en sorte d'aider mes problèmes de santé mentale. Chaque jour est un combat. Mais ce message - «C'est correct» - m'a rappelé ma vulnérabilité... et mes forces.

Je crois que raconter son histoire - et y croire - est un puissant outil. Reconnaître ma dépression est ma thérapie. En parler, à mon avis, donne aux autres la permission de parler de santé mentale à leur tour. Ce n'est pas tout le monde qui arrive à se livrer, à montrer sa vulnérabilité. J'en suis capable, alors je le fais fièrement.

Comprendre sa maladie mentale est un cadeau qui permet un répit. Un cadeau qui nous permet de prendre le temps de souffler. Je suis bien consciente que quelques commentaires sous cet article ne me plairont pas. Je sais aussi que ce texte fera vivre à certains lecteurs des choses pas trop agréables.

La vie n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Il y a aussi des tempêtes. Et parfois, on dirait même que c'est l'apocalypse. Mais je veux que vous sachiez une chose : la Terre va continuer de tourner. Et ça va être correct.

Avec amour,

Celina.

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Tête à têtes est une nouvelle série de blogues lancée conjointement par le Huffington Post Québec et le Huffington Post Canada. Inspirée par le projet Maddie, cette série met l'accent sur les adolescents et la santé mentale. Elle a pour but de sensibiliser et de susciter des conversations en s'adressant directement aux adolescents qui traversent un moment difficile ainsi qu'à leurs familles, aux enseignants et aux dirigeants communautaires. Nous voulons nous assurer que les adolescents qui sont aux prises avec une maladie mentale reçoivent l'aide, le soutien et la compassion dont ils ont besoin. Si vous souhaitez contribuer à cette série, envoyez-nous un courriel à cette adresse : nouvelles@huffingtonpost.com.

Ce texte initialement publié sur le Huffington Post Canada a été traduit de l'anglais.

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