Cedric Lizotte

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Vientiane sereine

Publication: 12/03/2013 15:57

Dans un parc à quelques dizaines de minutes de route du centre-ville de Vientiane, capitale du Laos, Bouddha se dresse. Puis un autre, puis un autre. Des immenses sculptures de béton, d'un air parfois bizarre, parfois exagéré, parfois éclectique. Elles sont géantes, impressionnantes, et dérangeantes. Des visages, parfois tout-petits, parfois hauts de plusieurs mètres, regardent dans l'abysse. Et les sculptures donnent l'impression d'être vieilles de quelques centaines d'années, avec des drôles de colorations et parfois des végétaux poussant sur leurs têtes, leurs épaules, leurs cous.

Les sculptures, les plus anciennes datant de 1958, représentent, en grande majorité, Bouddha. Cependant, Luang Pu Bunleua Sulilat, l'artiste créateur de ce « parc de Bouddhas », croyait en un amalgame spirituel qui combinait Hindouisme et Bouddhisme. Cet homme a quitté le Laos à la fin de la guerre civile, lorsque les communistes ont pris le pouvoir. Et cette collaboration précaire entre plusieurs religions, les autorités, le communisme et les différents groupes ethniques laos représente bien la capitale du pays.

Vientiane est une petite ville en bordure de la rivière Mékong, à quelques mètres seulement de la Thaïlande.

Les capitales du Sud-est asiatique, telles Bangkok et Hanoi sont reconnues comme étant excitantes, trépidantes, peut-être même accablantes. Et c'est à Vientiane qu'on retrouve un peu de tranquillité. Son centre-ville est relativement développé, mais dès qu'on s'aventure à l'extérieur des quelques coins de rue pavés, on comprend que Vientiane est aussi la capitale d'un pays très pauvre, avec environ un tiers de sa population sous le seuil de la pauvreté. En fait, l'agriculture représente le moteur principal de l'économie.

Le Laos continue aussi de subir les contrecoups de la guerre du Vietnam : avec plus de 500 attaques aériennes par mois durant neuf ans, les champs - outil économique incontournable - sont toujours couverts de mines. Environ 80 millions de bombes prêtes à exploser à tout moment jonchent aujourd'hui les champs agricoles et les victimes se comptent par milliers. En prenant en considération l'importance de l'agriculture dans l'économie lao, penser à l'omniprésence de ces mines donne des frissons dans le dos.
L'influence des pays avoisinants est bien palpable: Tuk tuks et ladyboys, comme en Thaïlande; sandwichs à la française comme au Vietnam; fumeurs d'opium partout, comme au Myanmar; stir-frys de toutes sortes comme en Chine; pra hoc (pâte de poisson fermenté) dans pratiquement tous les plats comme au Cambodge.

Le billet de Cédric Lizotte se poursuit après la galerie

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  • Une femme déambule au centre-ville de Vientiane

  • Une pagode ancienne

  • Le transport en commun

  • Une route de terre à une dizaine de kilomètres du centre-ville

  • Un bonze est perché dans une tour près d'une statue

  • Le parc de bouddhas

  • Une statue de bouddha à contre-jour

  • Le lac sur lequel le restaurant est perché

  • Dans le marché de Vientiane

  • En tuk-tuk

Intéressante aberration: malgré le fait que le pays soit communiste depuis 1975 lorsque le roi, la reine et le prince furent assassinés, sur la route, les indications et le nom des rues sont inscrites en Lao - avec son propre alphabet dérivé du Siam ancien - et en français, langue du dernier pays colonisateur. Les Laos, cependant, ne parlent pas un mot de français.

Et toute la sérénité, relativement nouvelle, que ce pays offre, peut être trouvée à une dizaine de kilomètres au nord de Vientiane.

Perdu sur une route secondaire, évidemment non pavée, on trouve un stationnement et une grande affiche, annonçant un restaurant. Mais la bâtisse la plus évidente semble vide. Et derrière cette bâtisse, une dizaine de petites huttes sont installées et tiennent sur des pilotis sortant d'un lac. Un réseau de passerelles fragiles permet aux gens de passer d'une hutte à l'autre. Un groupe de Laotiens jouent à un jeu de cartes, crient et boivent du lao-lao - l'alcool de riz distillé local. Et au bout de cette chaîne de ponceaux, le ciel bleu et clair reflète sur le lac et dévoile un endroit parfaitement calme.

Au loin, des femmes pêchent à l'aide de filets triangulaires, les deux pieds dans le lac, submergées jusqu'au cou, avec leurs petits chapeaux de bambou. D'autres femmes, sur la terre ferme, s'affairent à rassembler un troupeau de buffles. Et la vie ne semble pas avoir changé d'un iota depuis des années.

La bouffe est quelconque, mais qui s'en soucie? La vie est arrêtée. Personne ne vieillit. Rien ne peut plus être inquiétant. Tout est éteint. La Beer Lao reste froide. Et le Laos, parmi ses voisins de l'Asie du Sud-Est, reste l'oublié des touristes.

 

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