Cedric Lizotte

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Havre-Saint-Pierre l'honnête

Publication: 13/05/2013 16:55

Si la petite ville de Havre-Saint-Pierre pouvait être représentée et identifiée par ses restaurants, on y verrait immédiatement toute la saveur des gens du coin.

Il n'y a que deux "restaurants" à Havre-Saint-Pierre. Il y a bien quelques casse-croûte - dont le Casse-croûte au Capayou et le Casse-croûte Mille-Sabords - mais pour un repas complet avec un verre de vin ou une bière, on n'a que deux options: Chez Julie et la Promenade.

Et on n'a qu'à demander aux gens qui habitent la place pour savoir que Chez Julie, bien que ça soit un brin plus dispendieux, en offre beaucoup plus.

Oh, avec seulement deux options, un voyageur de passage à Havre-Saint-Pierre n'aura aucune difficulté à essayer tous les endroits - et nous l'avons fait, et la Promenade se vaut bien -, mais le souper, nous a-t-on dit, doit se prendre Chez Julie.

À notre arrivée, une file d'attente s'étire jusque sur le porche.

Puis, une fois à l'intérieur, on se trouve dans un restaurant sans prétention, où les travailleurs sont attablés et semblent commander, sans gêne, bouteille par-dessus bouteille, homard par-dessus homard.

Une grande majorité d'hommes, et en grande majorité entre le début de la trentaine et la fin de la cinquantaine, mangent avidement, boivent sans cesse, parlent fort et semblent se sentir à la maison.

L'atmosphère de bonhomie y est prenante, et présentés de menus, on demande, simplement, à la serveuse ce qu'ils font de mieux. Évidemment, Havre-Saint-Pierre est en bordure de mer - en bordure de golfe, plus précisément - et les fruits de mer sont à l'honneur.

Le choix s'arrête sur l'«assiette du pêcheur»: un homard entier, des pétoncles, des crevettes, un filet de flétan, un filet de morue, du crabe. En fait, ce plat n'est, selon le menu, que pour une personne... et ne coûte que 60 dollars! Que dire de plus?

Le tout est cuit dans la plus grande simplicité. Le homard est bouilli, les filets et les pétoncles sont sautés dans le beurre, les crevettes sont à peine blanchies... un vrai délice.

Des produits locaux à saveur locale. Quand cette «idée révolutionnaire» prendra-t-elle dans les autres régions du Québec?

Rivière Manitou la cachottière

La route s'étire sur des kilomètres. Rien devant, rien derrière. Aucune montagne, aucun relief. Aucune voiture, aucun passant. Des animaux? Ils se terrent, cachés, invisibles à l'œil, qui, lui, est de toute manière concentré sur la route.

Dans les haut-parleurs, du Jimmy Hunt. Lunettes fumées, fenêtres baissées, guitare sèche et harmonica. Puis, une petite pancarte en bois, illisible au loin, semble afficher un quelconque refuge.

Le billet se poursuit après la galerie

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Une fois l'affiche passée, un immeuble se dresse. Mais en une fraction de seconde, celui-ci est également au loin, comme toutes les épinettes noires et le lichen qui se trouvent en bordure de route, sur des centaines de kilomètres, visibles seulement dans le rétroviseur.

Ensuite, environ à mi-chemin entre Havre-Saint-Pierre et Sept-Îles, une rivière. "Rivière Manitou", nous informe le panneau. Prenons une chance, arrêtons la voiture.

Nous sommes seuls. Personne. Rien. Seulement, devant nous, quelques marches d'escalier en bois descendent vers un sentier pédestre, et une route vide, interminable, brisée seulement par l'horizon.

Puis, après seulement quelques pas, une magnifique chute d'eau. Celle-ci semble tomber dans l'infini. Trop intrigués, nous passons le fil de fer qui sert de garde-fou. Un simple faux pas, une simple glissade sur la roche lisse et humide, et c'est la mort assurée. On voit maintenant où cette chute mène: à quelques dizaines de mètres plus bas, l'eau échoue dans ce qui semble être un lac. Nous y descendons.

Regardons autour une fois... deux fois... Toujours personne? Tout le monde tout nu. À l'eau!

Le spectacle est impressionnant: une chute, un lac, de l'eau limpide, fraîche, d'une odeur de pureté saisissante. Après une quinzaine de minutes dans l'eau, on y sort, on renaît, émerillonné. Et le sentier, lui, continue plus bas. Allons-y, voir!

Encore une surprise: ce qu'on croyait être un lac est plutôt un réservoir pour une deuxième chute, celle-ci encore plus grandiose.

Puis, on refuse que le moment s'achève. On refuse de quitter. Ce n'est qu'après une heure de solitude dans un endroit magique, imprenable, flabbergastant, qu'on rencontre - enfin et malheureusement - d'autres personnes, visitant eux aussi l'endroit, ayant l'effet immédiat de nous chasser de là. Vite, remontons retrouver cette solitude, imparable, sur l'autoroute.

 

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