Cedric Lizotte

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«Freak show»

Publication: 19/02/2013 12:54

Au Parc du peuple, au centre de Chengdu en Chine, et ce tous les dimanches, un freak show incompréhensible se déroule. Un spectacle à faire tourner la tête.

Au centre du parc, sur une place ronde bordée d'arbres, un groupe de femmes sur un tapis rouge déambulent dans leur accoutrement de tous les jours, comme pour ridiculiser les défilés de mode.
À quelques pas de ce spectacle d'ironie, une quarantaine de femmes - et une poignée d'hommes - de tous âges dansent une danse en ligne ressemblant à un mélange de tai-chi hyper rapide et de set carré à la Renée Martel. Le tout dansé au rythme de chansons traditionnelles chinoises couplées à un rythme dance.

Partout autour du centre du parc, sur les bords d'une route circulaire, et au son distordu et feedbacké de systèmes de son poussés au maximum et évidemment défoncés, divers spectacles sont présentés côte à côte, dans une cacophonie agressante et incompréhensible. Le niveau de décibels est très, très élevé.

Ici, un spectacle où un groupe entier avec un chanteur participe à une pièce de théâtre nationaliste expliquant les gloires du communisme chinois. À deux pas de là, un spectacle d'humour: la voix de l'humoriste est totalement enterrée par le spectacle d'à côté et la voix horriblement «faussement crooner» du chanteur communiste envahit la scène voisine.

À peine un mètre de là et délimité seulement par une toile mal attachée, un groupe de musiciens et trois chanteurs dans leur cinquantaine crient à tue-tête dans un bordel ambiant absolument horrible. Les hommes s'époumonent dans leur microphone et le son est relayé par un système audio aussi fatigué que Normand Brathwaite à Belle et Bum. Les chanteurs faussent et personne n'entend le groupe, qui peine à jouer sur le même rythme.

Juste à côté, une femme parle dans un microphone qui émet surtout un feedback tellement agressant qu'il force les gens qui passent devant elle à se couvrir les oreilles. Elle parle seule, sans audience - parce que les autres spectacles ont des dizaines de spectateurs - et ne semble aucunement préoccupée par le son strident et hyper fort qu'elle produit.

Le parc est pourtant relativement grand: passé une allée de bouffe de rue, un étang est rempli de familles sur des petites barques louées; les familles pagaient, poussent la barque du voisin, pagaient de plus belle, puis se font pousser par le voisin, ce qui les fait dévier de leur trajectoire originale; le tout au son sporadique du feedback de la dame seule, du rythme dance des danseurs d'hypertaichi et d'effluves de son d'une chanteuse d'opéra burlesque chinois qui vient de débuter une représentation.

Un jeune homme, seul au milieu d'un chemin liant les spectacles à un petit pont, fume une pipe en dansant le robot et en faisant des grimaces aux passants.

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Puis, un peu plus loin, plusieurs maisons de thé offrent des tables à l'extérieur. L'atmosphère y est un peu plus calme, mais des familles et des couples y mangent et jettent leurs déchets par terre. Des monticules d'écailles de graines de tournesol, de pelures de mandarines et de mangoustines, de sacs de plastique et de brochettes en bois sales jonchent le sol de chacune des terrasses. Quelques hommes font sonner une pince de métal qui ressemble à une pince à cils géante: ils offrent des massages d'oreille, performés à l'aide de bâtonnets de métal couverts de plumes et autres morceaux de coton.

Pour sortir du parc, pas d'issue. Il faut absolument repasser devant les spectacles immondes. Ça semble empirer! Cette fois, il est impossible de passer devant sans se couvrir les oreilles. Une femme chante avec une voix de fausset tout en se donnant un trémolo incontrôlable; fausse et criarde, sa voix tordue est entrecoupée de feedback et de musique préenregistrée, et est poussée au maximum au travers de pauvres petits haut-parleurs qui saignent... et un batteur - avec une vraie batterie, en plein air dans le parc - semble jouer avec entrain, mais on ne l'entend que lorsqu'il frappe sur sa grosse cymbale.

Pourtant, une vingtaine de personnes l'écoute avidement. Supposons simplement qu'il s'agit d'une différence culturelle...

Ce n'est pas tout: des dizaines de joueurs de badminton sans filet; une dizaine de karaokés publics en plein air; un petit par d'attractions; des hommes qui écrivent en chinois traditionnel sur des tuiles avec de l'eau et un pinceau géant... et bien sûr, puisqu'on est en Chine, deux immenses chantiers de construction ne sont pas loin: le son des bétonnières et des marteaux-piqueurs se fait entendre dès qu'on sort du centre du parc.

Bienvenue en Chine...

 

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