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Interculturalisme et multiculturalisme, le diable est dans les détails

17/03/2015 09:50 EDT | Actualisé 16/10/2015 12:46 EDT

Vaste sujet qui, plus que jamais, semble déchaîner les passions et alimenter les dissensions tant nous arrivons au cœur même de l'esprit d'un pays, d'une nation. La réalité si spécifique du Québec implique de se pencher avec tact et une honnêteté non partisane pour tenter de mettre en perspective un sujet brûlant qui touche aux différentes strates de la société. Le défi est grand pour ne pas succomber à la caricature, aux stéréotypes ou à tout manichéisme ce qui serait vain et dommageable!

Brève mise en contexte historique

De nos jours, deux modèles distincts (interculturel et multiculturel) sont généralement reconnus pour la gestion de la diversité culturelle : le multiculturalisme anglo-saxon, qui offre à tout individu d'appartenir à une communauté différente de celle de l'État-Nation et d'autre part l'interculturalisme, d'inspiration francophone, qui semble plus flou, sans prises de position officielles ou législatives, ni en politique, ni en éducation, qui représente cependant au Québec une réalité face à la tendance multiculturelle du Canada.

Il semble que le concept même de multiculturalisme soit apparu aux États-Unis dans les années 1960 pour faire face aux problèmes que pouvaient engendrer les différentes vagues d'immigration au sein du pays. Mais, dès 1970, le multiculturalisme désigne aussi au Canada comme en Australie les politiques publiques dont le but était de valoriser la diversité culturelle.

L'interculturel au Québec est apparu face au positionnement très clair et législatif du multiculturalisme canadien et a été soutenu par les gouvernements québécois successifs. En effet, dès 1971, le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau faisait adopter la politique du multiculturalisme. L'année 1982 fut marquée par l'inscription du multiculturalisme dans la Charte canadienne des droits et libertés (art. 27) où il est stipulé que la Charte doit être interprétée afin de promouvoir le multiculturalisme.

A l'inverse du multiculturalisme, l'interculturalisme ne se retrouve dans aucun texte officiel, laissant place à l'interprétation et ce dans un certain flou, chacun s'accordant la paternité de l'interprétation pertinente.

Les définitions de l'interculturalisme et du multiculturalisme par les commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor

«Interculturalisme: Politique ou modèle préconisant des rapports harmonieux entre cultures, fondés sur l'échange intensif et axés sur un mode d'intégration qui ne cherche pas à abolir les différences, tout en favorisant la formation d'une identité commune.

Multiculturalisme: Dans son acception la plus courante, système axé sur le respect et la promotion de la diversité ethnique dans une société. Peut conduire à l'idée que l'identité commune d'une société se définit exclusivement par référence à des principes politiques plutôt qu'à une culture, une ethnicité ou une histoire.»

Les différences ne résident pas tant dans l'approche que dans les intérêts politiques et culturels défendus par le gouvernement du Canada et par celui du Québec.

Le multiculturalisme donne une vision «mosaïque» face à l'interculturalisme qui tente de construire des ponts avec une culture commune en partage. Cependant, si on lit attentivement la définition que présente la Loi canadienne sur le multiculturalisme, il est clair que l'aspect d'interaction et d'échange que l'on dit être propre à l'interculturalisme y est présent. Alors que le rapprochement entre les cultures, fortement encouragé par l'interculturalisme est ignoré par le multiculturalisme.

Alors, quid de la spécificité québécoise et de l'interculturel ?

Pour conclure, nous constatons que l'interculturalisme et le multiculturalisme se rejoignent sur la représentation d'une citoyenneté ouverte à l'hétérogénéité. Cependant, l'interculturalisme est davantage soucieux de la spécificité québécoise, notamment par l'affirmation de la langue française, de la culture commune. Prônant la langue comme avantage manifeste et garant d'une certaine cohésion sociale.

Il n'en demeure pas moins que le manichéisme n'est pas de mise et que nombreux sont les sujets de discorde. Pour les immigrants, comme pour les québécois de plus longue date, les enjeux sont grands et bâtir ensemble une société juste pour chacun demeure un défi constant. Car le monde, ici comme ailleurs est en pleine évolution. La célérité avec laquelle le monde change nous oblige à une capacité d'adaptation extraordinaire, pour se réinventer avec les nouvelles réalités. Le Québec est une terre d'accueil où le potentiel de chacun vient enrichir la société. À nous d'en écrire le futur.

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