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Pénurie de profs à la CSDM: pour une poignée de dollars?

L'invalidité, l'anxiété et l'épuisement affectent de plus en plus d'enseignantes et enseignants de la CSDM.

08/02/2018 09:00 EST | Actualisé 08/02/2018 09:00 EST
maroke via Getty Images

La pénurie d'enseignantes et enseignants commence à devenir grave dans plusieurs régions du Québec. Ce manque d'effectifs est encore plus criant sur l'île de Montréal et particulièrement troublant à la Commission scolaire de Montréal. Par exemple, lors de la dernière rentrée scolaire, les élèves de 70 classes du primaire n'avaient pas de prof titulaire.

La toute nouvelle solution avancée publiquement par la présidente de la CSDM d'offrir des primes aux profs acceptant des postes dans les écoles défavorisées ne réglera certainement pas la situation, car elle n'attaque pas le fond du problème de pénurie et n'offre pas de solutions durables qui amélioreront ses capacités de rétention et d'attraction de personnel.

Ce qui alourdit la tâche des enseignantes et enseignants depuis plusieurs années et qui complexifie l'attraction et la rétention du personnel enseignant est en partie liée à la difficulté de travailler en milieu défavorisé, mais aussi à plusieurs autres facteurs combinés. On n'a qu'à penser au nombre d'élèves ne maîtrisant pas ou maîtrisant très peu le français ou en difficulté d'apprentissage qui n'ont pas les services nécessaires et qui sont intégrés prématurément en classes ordinaires. À ces facteurs s'ajoutent également la mauvaise qualité de l'air, la vétusté et le manque de locaux des bâtiments. La promiscuité est telle qu'elle fait en sorte que trop d'élèves passent la journée dans la même classe et que trop de profs n'ont plus de local pour préparer leurs prochains cours puisque leurs classes servent aussi de local de musique, d'anglais, d'arts plastiques ou même de local pour le service de garde.

Y aura-t-il aussi des primes pour celles et ceux qui mettent en péril leur santé dans les écoles aux prises avec la moisissure ?

Tous ces autres facteurs sévissent partout à la CSDM, non seulement en milieu défavorisé. Y aura-t-il aussi des primes pour celles et ceux qui mettent en péril leur santé dans les écoles aux prises avec la moisissure ?

La tâche est lourde dans toutes les écoles et tous les centres de la CSDM. L'invalidité, l'anxiété et l'épuisement affectent de plus en plus d'enseignantes et enseignants de la CSDM. Certains qui ne sont pas encore malades songent à aller enseigner ailleurs qu'à la CSDM et d'autres à quitter carrément l'enseignement ou prendre leur retraite de façon anticipée provoquant ainsi une perte d'expertise considérable.

La présidente de la CSDM comme la direction générale devront comprendre que les profs réclament d'abord et avant tout qu'on leur donne des conditions d'enseignement qui leur permettront de sortir la tête au-dessus de l'eau. Dans les écoles, les profs me disent souvent « Je choisirai toujours qu'on respecte le ratio prof/élèves plutôt qu'on me donne une prime monétaire en cas de dépassement du nombre d'élèves dans ma classe. » La santé au travail, ça n'a pas de prix !

Les dirigeants de la CSDM sont aussi déconnectés de la réalité quand ils avancent d'autres suggestions, dont celle de compter sur les universités pour aménager autrement les horaires de leurs étudiantes et étudiants. En effet, la Commission scolaire réclame que les futurs profs soient libérés pendant les heures de classe au primaire, secondaire et aux adultes afin qu'ils soient disponibles pour faire de la suppléance et ainsi atténuer les impacts de la pénurie. Cela implique effectivement que ces futurs enseignantes et enseignants devront suivre leurs cours les soirs et les fins de semaine. La CSDM veut-elle les mener à l'épuisement avant même de leur accorder leur premier contrat ? D'ailleurs, c'est ce qui se passe actuellement avec les profs en poste qui sont constamment sollicités pour du remplacement d'urgence (RU). Est-ce le rythme qu'elle veut imposer à son personnel enseignant du début à la fin de leur carrière ?

Ce sont toutes des « solutions » à l'emporte-pièce qui manquent de réalisme et d'humanité, des « solutions » semblables à celles de faire disparaître les cônes orange, d'offrir une carte des transports en commun pour éviter la congestion ou de demander aux profs de se taire pour ne pas faire fuir les nouveaux ! Il n'y a pas de solution miracle au problème de pénurie. Il faut que la CSDM prenne le taureau par les cornes et qu'elle offre aux profs, tout en revendiquant auprès du gouvernement, de meilleures conditions d'exercice de notre profession. C'est la meilleure façon de valoriser son personnel et le meilleur argument afin qu'enseigner à la CSDM soit plus attractif que répulsif.

Quand on prend le taureau par la queue plutôt que par les cornes, il y a plus de risque de tourner en rond et de se faire encorner.

Quand on prend le taureau par la queue plutôt que par les cornes, il y a plus de risque de tourner en rond et de se faire encorner. Ça peut donner un beau spectacle de corrida, mais ça ne règle rien !

On n'attire pas des mouches avec du vinaigre dit bien le vieil adage. Les profs n'échangeront pas leur santé contre une poignée de dollars non plus.

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