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S.O.S. économie: les indépendantistes au pouvoir

16/10/2013 11:54 EDT | Actualisé 16/12/2013 05:12 EST

En sciences économiques, on apprend très rapidement que l'économie est largement basée sur les perceptions qu'on a d'elle. Que chaque déclaration émise par un personnage important a une incidence sur celle-ci. Ce n'est pas pour rien que durant le State of the Nation aux États-Unis, tous les grands financiers américains sont particulièrement alertes durant le discours du président. Il suffit qu'un mot de trop soit prononcé pour enclencher une panique généralisée sur les marchés. En ce sens, en criant à tous crins que l'économie va mal, il y a de grands risques qu'effectivement, elle finisse par aller mal.

Pourtant, dans le cas québécois, rien n'est plus faux actuellement. On a beau colporter la « nouvelle » ici et là dans les médias, ce n'est pas parce que le déficit zéro ne sera vraisemblablement pas atteint cette année contrairement à l'objectif initial du gouvernement que l'économie va globalement mal pour autant. Prenons par exemple la croissance du PIB par habitant, qui correspond à la croissance de l'économie totale divisée par le nombre d'habitants. À lui seul, le Québec a connu une croissance nette plus forte sur dix ans, entre 2001 et 2011, que tous les pays du G7, exception faite de l'Allemagne (voir le dernier ouvrage de Jean-François Lisée, Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments p.23 à cet effet).

Si l'on se rapporte plus récemment, c'est-à-dire depuis l'élection du gouvernement du Parti québécois de Pauline Marois en septembre 2012, on se rend compte que cette croissance continue de plus belle. En effet, les projets d'investissements privés ne cessent de croître. Au premier trimestre de 2013, ce sont 226 M$ en investissement, soit 49% du total canadien*, ainsi que des milliers d'emplois créés qui ont été annoncés par des corporations telles que Van Houtte, Ericsson, Loblaw, Framestore, Cadillac Fairview, Aimia, Jean Coutu, Valeant, Sanofi Canada, La Capitale Groupe financier, et j'en passe. Cela est sans compter les nouveaux sièges sociaux qui se pointeront le bout du nez très bientôt à Montréal*.

En outre, les actions québécoises font excellente figure sur les cours boursiers. Toujours au premier trimestre de 2013, le rendement obtenu sur les titres québécois était nettement supérieur à celui obtenu sur la majorité des titres de la Bourse canadienne dans son ensemble*. Le dynamisme des entreprises québécoises est, de surcroît, de plus en plus relevé par les experts de la finance*.

Finalement, la diversité de l'économie du Québec constitue un autre point qui sera à notre avantage pour les prochaines années. En effet, contrairement à l'Alberta par exemple, dont l'économie repose presque entièrement sur les prix volatils des matières premières, en cas de crise économique, le Québec se trouve protégé. Ainsi, sur un horizon à long terme, il est plus probable que l'Alberta, et même l'Ontario fassent défaut de paiements que le Québec*. L'avenir est en ce sens rassurant.

S'il est vrai que le Québec a connu de solides pertes d'emplois en juillet, il faut faire la part des choses: le gouvernement et ses actions ne sont pas nécessairement liés à chacune de ces pertes d'emplois. Le gouvernement doit veiller à la stabilisation macroéconomique de l'État, mais il n'y a pas lieu de mettre tant d'emphase sur sa responsabilité directe dans tous les cas. Dans plusieurs de ceux-ci, il s'agit d'une simple décision d'investissement, les investisseurs cherchant toujours davantage de profits, même si l'entreprise qu'ils possèdent est rentable. C'est notamment le cas de l'hôtel Delta Centre-ville dont les portes fermeront à la fin octobre pour qu'il soit reconverti en résidences étudiantes de luxe. Cela distinguera davantage les investisseurs de la concurrence en offrant un produit actuellement limité sur le marché. Et s'il est certes question de conjoncture en ce qui a trait à la perte de certains emplois (ou du gain de certains autres), il va sans dire que les neuf ans de pouvoir du gouvernement libéral tiennent une part beaucoup plus large de responsabilité dans la conjoncture actuelle qu'une seule année de pouvoir du gouvernement péquiste.

Il ne faut pas s'enfouir la tête dans le sable. À chaque élection du Parti québécois, dont le but premier est de réaliser l'indépendance (du moins sur le papier), on tente de faire peur aux Québécois avec l'économie. La raison est fort simple : plus les Québécois vont se sentir dépendants, moins ils auront envie d'être indépendants. C'est mathématique. Et cela, les fédéralistes l'ont compris depuis longtemps.

Rappelons-nous notamment du célèbre coup de la Brink's en avril 1970, lorsque deux jours avant l'élection qui portera pour la première fois des députés indépendantistes à l'Assemblée nationale, on avait dépêché neuf fourgons blindés et sous haute surveillance armée pour transporter tout le matériel du bureau de la Royal Trust de Montréal à Toronto, sous l'œil avisé des photographes des grands médias montréalais. La nouvelle avait fait la Une de tous les grands journaux le jour suivant. Cela avait freiné plus d'un Québécois à appuyer un candidat du PQ, craignant la fuite de capitaux que le coup de la Brink's laissait présager. On a par la suite établi des liens entre cet événement et des directives émanant du bureau du premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau. Et ce n'était que le début...

En somme, on doit retenir que dans une économie mondialisée comme la nôtre, le Québec n'est évidemment pas à l'abri des crises financières. Compte tenu du contexte d'impasse budgétaire qui sévit actuellement aux États-Unis, il est malheureusement fort possible que nous en subissions des conséquences néfastes. Mais en ce qui a trait à la gestion économique du Parti québécois, il n'y a aucunement lieu de s'inquiéter outre mesure comme voudraient le faire croire certains financiers copains et alliés historiques du Parti libéral. L'enthousiasme des différentes chambres de commerce révélé par la présentation sommaire du nouveau plan économique du gouvernement de Pauline Marois en est par ailleurs garant.

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