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Je regarde <em>Occupation double</em> donc je suis stupide

04/10/2013 12:55 EDT | Actualisé 03/12/2013 05:12 EST

Le titre de mon billet aura peut-être de quoi en faire sourciller plusieurs. C'est pourtant une analogie de nature aussi logique que le célèbre « Je pense, donc je suis » de Descartes que les bien-pensants du « je-ne-regarde-pas-Occupation-double-et-vous-devriez-tous-faire-comme-moi-sans-quoi-l'humanité-est-perdue » sous-tendent dans leur discours. Ça a de quoi titiller ! C'est pourquoi je crois qu'une petite mise au point s'impose pour ceux qui se reconnaîtraient dans cette catégorie...

La superficialité est bien entendu omniprésente dans les émissions du type d'Occupation double. Cependant, les individus qui y prennent part, à savoir les participants, le font en parfaite connaissance de cause : cela fait tout de même 10 ans que ce rendez-vous télévisuel réunit les Québécois à l'antenne de la chaîne TVA. C'est tout le contraire de la récente controverse autour des concours de mini-miss, notamment. Les petites participantes n'ont dans ce cas pas conscience de la nature de tels concours, elles sont trop jeunes pour porter un jugement sur ces derniers et sont le plus souvent poussées par leurs parents, ce qui n'est pas le cas des participants d'OD, qui sont tous des adultes majeurs et vaccinés. Et permettez-moi de douter que ce soient leurs parents qui les encouragent à prendre part à cette aventure. Les téléspectateurs sont aussi tout à fait conscients de la superficialité de la chose : personne ne prétend ici regarder Découverte.

La question se poserait donc comme suit : doit-on bannir tout ce qui est superficiel de la société? Ou, encore, est-ce que le fait de s'amuser du superficiel de temps à autre doit être dénigré en soi? Cela ne doit évidemment pas être valorisé en tout temps et en tout lieu. Mais, à mon sens, on ne doit pas rayer de la carte toutes ces formes de divertissement. Sans compter qu'une téléréalité comme Occupation double est de bien meilleur goût que la grande majorité des téléréalités américaines du même type.

Certains, dans la campagne de dénigrement d'Occupation double, soutiennent leur point en fonction de la case horaire qu'a traditionnellement occupé l'émission, soit au même moment que le tout aussi populaire rendez-vous télévisuel Tout le monde en parle le dimanche soir. Il faut toutefois comprendre que ce n'est pas parce qu'on choisit l'une au détriment de l'autre que celle-ci ne nous intéresse pas. Depuis plusieurs années, grâce à la magie de la technologie, il est possible d'enregistrer directement sur le disque dur, ce qui rend la manœuvre désormais plus accessible que celle effectuée sur le bon vieux VHS. Il ne faudrait pas non plus oublier les nouveaux moyens que sont la télévision sur demande de type Illico ou encore des plateformes comme Tou.tv qui viennent dépénaliser le consommateur quant à ses choix lors des cases horaires prévues. Bref, on peut aujourd'hui facilement accéder à toutes les émissions que l'on désire regarder, peu importe qu'on l'ait manquée le jour de sa première diffusion.

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Qui plus est, même si un Québécois ne regarde pas Tout le monde en parle, il peut regarder bon nombre d'autres productions à contenu intellectuel plus élevé que celui des téléréalités : ce n'est pas l'offre qui manque, heureusement. Maintenant, la responsabilité est entre les mains de chaque individu. On ne peut pas non plus forcer les gens à s'informer s'ils n'en ont pas envie. Mais l'association entre l'un (le fait de regarder Occupation double) et l'autre (être superficiel et dénué de connaissances générales, ou stupide tout court) est fortement fallacieuse. Oui, mesdames messieurs, on peut regarder Occupation double ET avoir de la culture!

À la défense des téléspectateurs d'Occupation double, dont je fais évidemment partie - vous l'aurez deviné sans trop de mal -, voici donc en rafale quelques bienfaits de l'émission :

  • Un divertissement léger, permettant de décrocher du sérieux du quotidien;
  • Une expérience sociologique non négligeable pour comprendre certains aspects des rapports hommes-femmes dans notre société, ainsi que les comportements de la jeunesse en général;
  • La découverte d'attraits culturels et touristiques de nombreux pays du monde, connus comme moins connus et donc, l'encouragement au voyage;
  • La prise de connaissance de la faible maîtrise du français parlé (les « euh », « là », « genre », « comme » qui ponctuent ici et là le discours oral de bien des participants) qui peut se répercuter dans une attention accrue à son propre niveau langagier.

Je tire bien sûr ces exemples de ma propre expérience de téléspectatrice assidue et totalement assumée d'Occupation double, mais ils ne sont pas exclusifs ni exhaustifs. Je vous invite à cet effet à exprimer les vôtres dans la section commentaires!

Sur ce, j'ai bien hâte de voir quelle prochaine crise éclatera dans la maison des filles. Et si le Congrès américain finira par dénouer l'impasse dans laquelle il a plongé le pays depuis mardi.

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