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L'appui au projet de loi 14, une question de principe

30/04/2013 06:13 EDT | Actualisé 30/06/2013 05:12 EDT
CP

Mardi dernier, Philippe Couillard et Marc Tanguay, respectivement chef du PLQ et porte-parole de l'opposition officielle pour la Charte de la langue française, ont fait paraître sur le Huffington Post Québecun texte qui expliquait leur opposition «par principe» au projet de loi 14, soit les raisons pour lesquelles ils voteront contre celui-ci. Puisque je ne peux les laisser sans réplique, j'entends affirmer sans détour l'appui inconditionnel que je confère à ce projet de loi.

C'est une question de principe, car bien qu'on tente de nous faire croire le contraire, la politique linguistique est une normalité dans de nombreux États du monde. Plus de 85 États souverains et une trentaine d'États non souverains, comme la Catalogne ou Porto Rico, ont une législation comparable à celle du Québec pour faire respecter leurs droits linguistiques. Et ce nombre ne tarit point. Pourtant, est-ce que ces nations sont exclusives, xénophobes? Seraient-ce des Allemagne nazies en devenir ? Rien n'est plus ridicule qu'un tel point Godwin, auquel on a malheureusement recours trop souvent ici.

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C'est une question de principe, car contrairement à ce que messieurs Couillard et Tanguay sous-entendent, le PQ ne s'attaque pas au bilinguisme individuel avec le projet de loi 14. Au contraire, les défenseurs de la langue française, dont je fais partie, s'entendent pour dire qu'il s'agit d'une richesse immense pour les individus. Toutefois, Philippe Couillard et Marc Tanguay insinuent qu'on priverait les jeunes Québécois francophones, de par cette loi, des «outils» qui leur permettraient de devenir bilingues (alors que ceux de la grande région de Montréal le sont déjà dans de fortes proportions), car le projet de loi 14 entend prioriser les anglophones à l'admission aux établissements collégiaux de langue anglaise. Rien de plus normal pour leur favoriser l'accès aux institutions financées en leur nom, non? C'est même Michelle Courchesne, ancienne ministre libérale, qui avait proposé une telle mesure en premier l'an dernier! Assez ironique, donc.

C'est une question de principe, car le bilinguisme institutionnel - et j'insiste avec véhémence sur ce mot - n'est pas une option pour le Québec. Les langues sont en lutte perpétuelle, et cette réalité est d'autant plus pesante ici puisque nous gravitons autour d'une mer -- que dis-je ! d'un océan - anglophone. Il n'y a en effet aucun État où deux langues arrivent à cohabiter à la perfection: l'une finit toujours par l'emporter sur l'autre. La seule exception notable est la Belgique, mais les institutions sont territorialisées en fonction de la langue, ce qui fait que dans la partie wallonne, absolument tout se passe en français, alors que dans la partie flamande, absolument tout se passe en néerlandais. Si le bilinguisme institutionnel français-anglais devenait la norme au Québec, alors les nouveaux arrivants, malgré les bonnes intentions de ceux qui prônent la «promotion» du français au lieu de lois qui l'encadrent, migreraient pour la plupart sans hésitation vers l'anglais. C'est normal, ils sont beaucoup à venir s'installer ici sans vraiment savoir que le Québec est différent du Canada au plan linguistique (le fédéral contrôle 40 % de notre immigration). Ils le font déjà dans des proportions de 50 % [1] ! À raison de près de 50 000 nouveaux arrivants par année, et de par le faible taux de natalité des Québécois, la lutte, dans ces circonstances, ne serait pas bien longue.

C'est une question de principe, car «l'équilibre» qui vous préoccupe tant reste respecté dans le projet de loi 14. Un tel branlement de combat pour des mesures somme toute très modérées m'apparaît d'ailleurs fortement exagéré, voire instrumentalisé. Au contraire, le bon sens même dit que l'esprit de vivre ensemble sera renforcé après quelques années de l'application de cette loi, si les anglophones sont davantage à l'aise dans la langue de Molière et donc, plus à même de l'utiliser dans l'espace public. En effet, c'est ce que visent les mesures qui affectent directement les anglophones dans le projet de loi, comme l'instauration d'activités de familiarisation au français dans les CPE non francophones ou celle d'un examen de français avant l'obtention du DEC dans les établissements collégiaux de langue anglaise, par exemple. Lors du passage de Beryl Wajsman et de Colin Standish à Tout le monde en parle le 24 février dernier, une autre invitée, Tanya St-Arnauld, évoquait d'ailleurs qu'elle aurait aimé être meilleure en français au terme de ses études, elle qui a étudié en anglais, étant issue d'une famille anglophone. Ces mesures ne peuvent donc qu'être bénéfiques.

C'est une question de principe, car vous-mêmes reconnaissez les bienfaits de la Charte de la langue française. Que serait devenue Montréal sans celle-ci? Quel serait le charme de notre métropole? Elle serait une pâle copie des grandes villes américaines sans âme véritable, telles que Saint-Louis ou Minneapolis. Comme quoi les lois peuvent avoir des impacts positifs indéniables. Et leur remise à neuf, plus de quarante ans après leur adoption, est en ce sens justifiée. C'est ce que vise le projet de loi 14.

C'est bien beau défendre le consensus, faire appel à la «confiance», à la «fierté». C'est vendeur, ça fait gagner des votes. Néanmoins, dans certaines circonstances, une société organisée et démocratique a besoin de coercition, même si celle-ci est beaucoup moins populaire, politiquement parlant. Il faut faire preuve de courage. Car vivre dans un monde où tout se règle par coup de baguette magique, ce serait bien, je l'avoue, mais en attendant, nous sommes soumis au diktat de la réalité. Et c'est cette réalité qui nous interpelle à grands cris dans le cas du projet de loi 14.

J'ai toujours appris que « la liberté des uns s'arrête là où celle des autres commence ». Il serait temps que quelqu'un glisse ce dicton à l'oreille du PLQ.

[1] Marmen, Louise et Jean-Pierre Corbeil, Nouvelles perspectives canadiennes. Les langues au Canada Recensement de 2001, ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux, 2004; Statistique Canada, Recensement 2006 : 97-555-XIF au catalogue.

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