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Performer, oui mais à quel prix?

29/04/2017 10:39 EDT | Actualisé 29/04/2017 10:40 EDT

Nous vivons à l'époque du politically correct à outrance. Les codes et les règles sociales de la performance règnent sur nous, et sur lesquels nous semblons généralement n'avoir que très peu de pouvoir. Se distinguer n'est pas une option et nous vivotons d'un effort à l'autre, en cherchant l'approbation dans un monde centré sur l'égo. Nous sommes épuisées sans même en être conscientes tellement nous sommes coupées de nous-mêmes et étourdies par la performance. Cette compétitivité nous dicte les objectifs à atteindre pour déterminer notre valeur intrinsèque.

Meilleures notes, meilleur emploi, meilleures conditions, meilleur rendement, meilleure implication, la liste est sans fin. On doit performer dans nos études; dans notre emploi; dans nos relations à nos parents, amis, amoureux, enfants, clients; par nos activités, notre énergie, notre bonne humeur, notre apparence, notre alimentation, et j'en passe! C'est que, si on ne performe pas selon les attentes, nos autorités ne seront pas contentes de nous. Et c'est là que le bât blesse!

Si on y regarde de près, il devient difficile de trouver un secteur qui soit laissé pour compte dans cette course-réflexe de la performance, dans l'espoir d'atteindre un idéal de soi qui n'est, en fait, qu'une confirmation du refus de soi-même, tel qu'on est, ici et maintenant. Si on vise cette performance, on est certain de correspondre aux attentes que la société a de nous. On ne voit même plus que cette course vers le haut nous nivèle vers le bas; égalisant les distinctions qui naturellement, soulignent notre unicité. C'est que la comparaison avec l'idéal de soi-même que nous projettent les médias est toujours là, présente dans notre esprit, prête à nous juger et à nous taper dessus si par malheur on déroge à la soi-disant perfection attendue de nous.

Bombardées de choses et d'états à désirer, nous ne savons plus ce dont nous avons tout simplement besoin.

Bombardées de choses et d'états à désirer, nous ne savons plus ce dont nous avons tout simplement besoin. Nous sommes devenues parfaitement étourdies, endormies et inconscientes. Nous sommes semblables à des grenouilles qui, une fois dans le chaudron, se laissent tranquillement engourdir par la chaleur pour être, éventuellement et à leur insu, parfaitement cuites!

Le pire, c'est que quand on craque, personne ne nous comprend! «Mais tu as pourtant un bon emploi! Un chum qui t'aime! Des amis! Tu n'es pas malade! Comment se fait-il que tu sois malheureuse?» Comme si ces éléments et le fait de réussir à y «cadrer» suffisaient à produire le bonheur et... la performance! Quelle vision étriquée nous avons de nous-mêmes, de nos relations et de la vie! Ces relations, à nos études, emplois, amours et surtout, nos relations aux exigences que nous nous y faisons vivre, sont précisément ce qui nous use, nous épuise et nous rend malades. La vérité, c'est que la poursuite de nos efforts pour correspondre à l'idéal social est exactement ce qui nous ronge et nous détourne de nous-mêmes. On ne sait plus s'arrêter, s'asseoir et écouter. Profiter d'un instant, cette douceur avec soi-même pour accueillir ce qui est là; quoi que ce soit.

Il faut beaucoup de courage pour oser reconnaître le malaise. Ça, c'est la première étape et la plupart du temps, elle nous tombe dessus bien malgré nous. Au bout d'un moment, les plus sensibles suffoquent et ne s'expliquent que difficilement leur souffrance. Mais tôt ou tard, nous y venons tous, par des chemins plus ou moins douloureux.

Comment se fait-il que je dépende autant de l'approbation des autres? Faire des choix différents est couteux sur le plan relationnel (quand nos proches désapprouvent), mais nous permet de nous positionner différemment face à la «sacro-sainte performance». Soulignons que tout, dans notre société consumériste est conçu pour nous aliéner notre confiance en nous-mêmes. Si nous avions confiance en nous, nous n'aurions pas à consommer des biens et services participants à nous rendre semblable à l'idéal que nous renvoient les médias. Le grand défi est de parvenir à s'assumer dans sa différence et à oser sortir du lot; prendre le risque de se faire confiance et cesser de se conformer aux politically correct. Malgré l'exigence du geste, il s'agit comme le dit si bien le philosophe et écrivain Fabrice Midal, d'enfin «se foutre la paix!» Les grands artistes, politiciens et penseurs de ce monde ont toujours assumé leur différence et n'ont pas craint de se distinguer. À nous d'oser!

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