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L'épuisement ou l'illusion de pouvoir toujours tout porter

On a beau nous dire, nous montrer qu'on fonce tout droit vers un mur de béton, notre mécanique est plus forte que la logique objective.

27/08/2017 08:00 EDT
Getty Images
C'est devenu «normal» pour elle ou lui, d'être épuisé et il faudra que la Vie monte le ton pour que cette personne s'arrête.

Les bons gestionnaires le savent: ce sont rarement les employés «moyens» qui s'épuisent, mais au contraire, ce sont les plus performants! Ce sont ceux dont les attentes sont les plus élevées à l'égard d'eux-mêmes. Leur capacité à atteindre leurs objectifs les mène d'ailleurs à de grandes réalisations; et quand on a l'habitude de réussir, il est difficile d'imaginer que notre façon de nous pousser peut nous être un jour nuisible.

On peut vivre beaucoup d'impuissance quand on est face à une personne qui nie ses symptômes d'épuisement. On la voit se pousser à accomplir les mêmes actions jour après jour, sans tenir compte d'elle-même ni de la fatigue qui l'accable.

Il arrive que les situations professionnelles et familiales ne nous donnent pas de répit. La personne épuisée continue alors de prendre soin de son conjoint, d'un enfant ou d'un parent malade tout en poursuivant l'atteinte des résultats escomptés à son travail. Parfois, les soucis financiers s'ajoutent aux difficultés, l'empêchant même de prendre des vacances plus que méritées !

C'est devenu «normal» pour elle ou lui, d'être épuisé et il faudra que la Vie monte le ton pour que cette personne s'arrête.

Pour quiconque est situé à l'extérieur d'une telle situation, il est évident que cette personne se bouscule sans tenir compte de sa fatigue. Elle est prise au coeur d'un engrenage quotidien qui, croit-elle, dépend entièrement de la poursuite de ses activités. Elle est incapable d'imaginer que les choses peuvent être autrement. C'est d'ailleurs pourquoi elle se maintient dans cette posture qui n'est rien de moins qu'une contorsion malsaine. Les mois passent et ce régime continue de mettre de la pression sur cette personne qui, pour correspondre à ce qu'elle interprète comme étant les attentes de son environnement, en est à se traiter de façon inhumaine. C'est devenu «normal» pour elle ou lui, d'être épuisé et il faudra que la Vie monte le ton pour que cette personne s'arrête. Parfois, ce sera la maladie ou un accident qui servira de frein d'urgence, à d'autres moments, ce sera un choc émotionnel suffisamment fort pour être entendu.

En fait, le bât blesse au coeur de notre difficulté à nous prioriser et à choisir notre propre bien-être aux dépens de ce que nous interprétons comme étant les attentes et les besoins des autres. Et c'est souvent, j'en conviens, plus facile à dire qu'à faire ! Si les gens qui nous entourent étaient vraiment conscients de ce que nous vivons dans notre for intérieur, ils seraient les premiers à nous dire de nous arrêter. Mais ils ne savent que peu de choses de nos motivations profondes et des projections que nous leur faisons porter. Il en va ultimement de notre responsabilité de changer notre modus operandi.

On a beau nous dire, nous montrer qu'on fonce tout droit vers un mur de béton, notre mécanique est plus forte que la logique objective.

On a beau nous dire, nous montrer qu'on fonce tout droit vers un mur de béton, notre mécanique est plus forte que la logique objective. On poursuit inlassablement nos efforts malsains au même rythme effréné, rêvant secrètement d'être à l'épreuve de notre fatigue et banalisant à outrance ce qui, tôt ou tard, aura raison de nous.

Tenir compte de soi demande beaucoup d'objectivité et d'amour. Si on y regarde de près, on constate qu'on manque de bienveillance envers nous-mêmes et qu'on est, finalement, bien maladroit quand il s'agit de prendre soin de soi.

Ce qui peut aider:

  • Consulter un médecin, un psychologue et/ou un thérapeute qualifié

  • Exprimer nos émotions

  • Se sentir entendu et compris

  • Être patient avec soi

  • Se souvenir qu'on est humain et faillible

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